Suzanne Jongmans n’imite pas la soie avec un textile moins cher. Elle prend la mousse qui protégeait un colis, la coud, la plie et la sculpte jusqu’à ce qu’elle se comporte presque comme un vêtement peint au XVIe siècle.

Puis elle laisse parfois le symbole de recyclage visible.

Cette petite contradiction porte une bonne partie de son travail. Ses portraits reprennent la frontalité, les coiffes et les poses des maîtres anciens, mais leurs costumes sont fabriqués avec de la mousse, du plastique, des filets à fruits ou d’autres matières destinées à être jetées.12

Le matériau ne sert pas seulement de message écologique. Il change la manière de construire le costume.

Elle ne coud pas la mousse comme du tissu

Jongmans est à la fois couturière, sculptrice, costumière et photographe. Son site raconte un accident de fabrication assez décisif : en 2007, pendant un test de costume, elle manque de tissu et récupère les fines feuilles de mousse utilisées pour protéger ses œuvres.1

Une fois cousue, la matière reste debout. Au lieu de tomber comme un textile, elle forme immédiatement un volume.

Jongmans commence alors à sculpter ses vêtements. La mousse peut produire une coiffe rigide, une collerette ou un drapé qui tient sans la construction habituelle d’un vêtement. Elle la décrit comme douce sur la peau, presque semblable à de la soie, mais aussi comme une couche protectrice autour du modèle.1

C’est ce qui rend le procédé transférable comme idée : le substitut n’a pas besoin de reproduire le comportement du matériau original. Son défaut peut devenir la nouvelle technique.

Les inscriptions restent dans le portrait

Les portraits renvoient à Rembrandt, Holbein le Jeune, Rogier van der Weyden et à d’autres traditions picturales des XVe, XVIe et XVIIe siècles.1

Mais Jongmans ne transforme pas entièrement l’emballage en illusion historique. Les lettres, symboles de recyclage et marquages industriels peuvent rester visibles. Son site les relie explicitement au réemploi et à la consommation de masse.1

Dans ses travaux récents, Colossal relève aussi l’usage de filets protégeant les fruits, de bobines de cuivre récupérées dans des moteurs d’appareils domestiques et de fusibles.2

Le portrait fonctionne alors sur deux échelles. À distance, on voit une image ancienne. De près, le matériau moderne recommence à parler.

Photographier termine la transformation

Le vêtement n’est qu’une étape. Jongmans construit un objet tridimensionnel, habille le modèle, puis ramène l’ensemble sur le plan de la photographie.1

Le cadrage sombre et les poses calmes rapprochent encore l’image des portraits historiques. Son site explique aussi que certaines œuvres passent par des centaines de photographies de détail et un long travail de post-production, utilisé comme une succession de couches comparable à celles de la peinture.1

Le recyclage est donc presque le mauvais mot pour décrire le geste. Il ne s’agit pas seulement de sauver une matière de la poubelle. Il faut comprendre sa rigidité, sa transparence, ses traces, puis construire autour de ce qu’elle sait faire.

La mousse devait protéger un objet pendant son transport. Jongmans garde précisément cette capacité à envelopper et protéger, puis la pousse jusqu’à en faire une coiffe vieille de cinq siècles.