Une peluche jetée a déjà perdu sa première fonction. Sungho Bae ne cherche pas vraiment à la réparer.

Dans Apotropaia, son exposition actuelle à 4th Ward Project Space à Chicago, il récupère des animaux en peluche dans des sites de traitement des déchets, les démonte et les reconstruit autour d’armatures.1

Il ajoute cuir de récupération, plumes, yeux de taxidermie, argile et matériaux liés à des pratiques rituelles. Le résultat garde assez du jouet pour être reconnaissable, mais plus assez pour rester rassurant.1

Réassembler plutôt que restaurer

La méthode prolonge une pratique que Bae développe depuis plusieurs années : collecter, démonter, recomposer.2

Dans Homo Derelictus Retextus, il utilisait déjà des morceaux de peluches et des répliques de crânes récupérés ou reconstruits à partir du flux de déchets. Son portfolio montre aussi les animaux abandonnés collectés dans un centre de recyclage de déchets de construction à Philadelphie.3

La différence avec une réparation classique est importante. Bae ne cherche pas à retrouver l’objet d’origine. Il utilise sa destruction comme matière de départ.

Le rebut garde sa mémoire

Les œuvres empruntent au modèle anatomique : squelette, muscles, peau, yeux. Mais chaque couche vient d’un endroit différent. La galerie décrit ces assemblages comme des substituts devenus gardiens du monde qui les a jetés.1

C’est une manière assez littérale de parler de réemploi. Le matériau n’est pas nettoyé de son histoire pour devenir une nouvelle surface neutre. On doit encore voir qu’il a été aimé, abandonné, ouvert puis recousu autrement.

Pour un maker, c’est presque l’inverse de l’upcycling propre et invisible. La transformation devient intéressante précisément parce que l’ancien objet refuse de disparaître complètement.