L'objectif acheté 20 $ sur eBay devait être un C-mount. À la réception, Mason Mirabito a trouvé un filetage de 32 mm de diamètre et une optique conçue pour un projecteur Super 8. Son adaptateur imprimé la veille ne convenait plus : il a tout redessiné, plus large.1

Mirabito raconte cette mésaventure sur son blog, entre deux projets de photographie argentique et de programmation.5 Elle commence par une envie simple : monter des objectifs C-mount sur la petite caméra vidéo achetée chez Kmart — un enregistreur Anko JLR-80051, la marque maison de la chaîne. Il le sait dès le départ, le capteur n'y gagnera rien. Il le dit lui-même : « a shitty 1/6" 720p mess ». Un capteur qui ne deviendra jamais bon. L'image ne l'intéresse pas vraiment : c'est l'épreuve du montage qui l'attire.2

Mesurer ce qui existe

L'appareil s'ouvre facilement. L'optique d'origine est un petit module fileté, à peu près au format M5, noyé dans de l'époxy : elle part après quelques coups portés au joint. Le capteur, lui, est relié par une nappe directement à la carte principale, sans module de traitement séparé.2

À l'avant, un cache amovible percé d'un pinhole décalé laisse passer la lumière. Mirabito le démonte avec un tournevis, sort son pied à coulisse et relève la position des trous de vis et du rebord. Toute la suite repose sur ces mesures-là.2

Caméra Kmart ouverte montrant le capteur relié par une nappe à la carte principale
La caméra ouverte : la lentille d'origine retirée, le capteur apparaît au bout de sa nappe, directement relié à la carte.Mason Mirabito

Trop long, volontairement

Le cœur du projet vient ensuite, et la recette est plus fine que prévu. Plutôt que de définir la longueur exacte de l'adaptateur sur le papier, Mirabito en imprime un volontairement trop long, un tube de 15 mm, avec une distance de bride estimée entre 20 et 23 mm alors que la norme C-mount fixe cette cote à 17,526 mm.2

L'idée est assumée : imprimer trop long, puis limer et découper par petites passes, en testant à chaque fois, jusqu'à ce que la mise au point revienne. Le fichier CAD, publié sur Onshape, est corrigé au fur et à mesure des mesures.6 Pour qui voudrait reproduire, il ajoute deux consignes : imprimer à la résolution la plus haute, et à l'envers, pour que le support n'abîme pas le rebord qui doit s'appuyer contre l'appareil.2

La méthode a un nom dans les ateliers : qualifier au lieu de calculer. On fabrique une pièce assez longue, on la rapproche du bon réglage par soustraction, et la pièce réelle devient sa propre gabarit. Ça ne remplace pas une vraie métrologie, mais ça apprend le système plus vite qu'une feuille de calcul.

Pied à coulisse et relevés des cotes du cache avant de la caméra Kmart
Le pied à coulisse sorti dès la partie 1 : les cotes des trous de vis et du rebord du cache avant, avant de dessiner le premier adaptateur.Mason Mirabito

Le mauvais objectif

Puis arrive le colis. Le filetage n'est pas un C-mount standard : 32 mm de diamètre, un pas qu'il qualifie de « vraiment bizarre ». L'adaptateur redessiné gagne beaucoup de diamètre, et le filetage imprimé ne s'emboîte que parce qu'il l'a limé, patiemment, jusqu'à ce qu'il tombe juste.1

Deuxième vue de l'adaptateur imprimé, filetage usé à la lime pour s'ajuster
Le filetage du nouvel adaptateur, limé pour s'ajuster au pas inhabituel de l'optique de projecteur Super 8.Mason Mirabito

L'optique monte, elle fait de la lumière, mais elle ne fait pas la mise au point à l'infini. Et le blocage est révélateur.

Une optique de prise de vue suit une distance de bride normalisée : la distance entre la face de montage et le plan de netteté. Le C-mount la fixe à 17,526 mm. Une optique de projection, elle, n'a pas de bride ni de norme : seule compte la distance entre l'élément arrière et la fenêtre de film, une cote propre à chaque modèle et souvent très courte, la pellicule passant à quelques millimètres de la lentille arrière.3

Conséquence directe : le plan de netteté de cette optique de Super 8 devrait se trouver presque collé à son arrière. Le capteur de la Kmart, lui, loge plusieurs millimètres plus loin, derrière l'adaptateur et le châssis. L'image se forme donc trop loin du plan du capteur pour jamais atteindre l'infini. Pour corriger, il faudrait rapprocher le capteur de l'objectif.1

Du côté du capteur

Sauf que l'adaptateur est déjà plaqué, à fond, contre le châssis. Il ne reste plus de longueur à rogner : la seule pièce qui peut encore bouger, c'est le capteur.1

Mirabito a essayé des cale-papier sous la carte du capteur, sans changer la mise au point de façon nette. Sa liste de tâches, pour la suite, est d'une honnêteté rare : trouver un moyen de déplacer physiquement le capteur plus près de l'objectif.1

C'est là que ce petit projet dépasse le simple bricolage. Le mod a été pensé pour que la géométrie se découvre au toucher — imprimer plus long, limer, tester — jusqu'au moment où la marge change de camp : l'adaptateur ne raccourcira plus, et la position du capteur reste à reconcevoir. Une leçon générale pour les systèmes optiques fermés, où les cotes publiées ne suffisent jamais parce que chaque pièce réelle ajoute sa tolérance : l'épaisseur de l'époxy, le coulissement du filetage imprimé, la hauteur du châssis. Et quand on achète le « mauvais » objectif, le standard s'efface : il faut alors mesurer sa géométrie à lui.

L'épisode, posté par l'auteur lui-même sur Hacker News, a récolté une vingtaine de points.4 Pas de quoi faire un exploit. Mais pour une caméra bon marché dont le capteur ne sera jamais bon, c'est exactement le bon résultat : un carnet de bord où les blocages comptent autant que les réussites, et la preuve qu'on apprend beaucoup d'un système en le limant.