Le bois d’une maison arrive habituellement sous forme de produit. Une essence, une section, une quantité, un prix. Pour la Maison de l’Orée, In Sinu raconte une séquence plus étrange : l’agence a acheté des arbres sur une parcelle voisine avant de les faire entrer dans le projet.13

Le geste est petit à l’échelle d’un bâtiment, mais il change la façon de raconter sa matière. Le bois n’est plus seulement « local » parce qu’une fiche technique lui attribue une origine raisonnablement proche. Il appartient au paysage immédiat du chantier, puis réapparaît dans la construction et le mobilier.1

Vue extérieure de la Maison de l’Orée dans son environnement boisé
Le projet cherche moins à poser un objet autonome qu’à prolonger les ressources et les traces déjà présentes sur le site.In Sinu

Dessiner avec ce qui est déjà là

In Sinu présente sa pratique comme attentive aux ressources, aux savoir-faire et aux histoires des lieux.2 La Maison de l’Orée pousse cette méthode assez loin pour qu’elle devienne visible. Le site n’est pas le fond neutre sur lequel on dépose une forme. Il fournit des contraintes, des matériaux et une partie du vocabulaire du projet.1

Cette approche évite un piège courant du mot « contexte ». En architecture, il peut finir par signifier qu’une façade reprend vaguement une couleur du voisinage. Ici, la relation est plus matérielle. Elle passe par ce qu’on peut récupérer, transformer, conserver ou faire fabriquer à proximité.

Wallpaper*, qui a retenu In Sinu dans son Architects’ Directory 2026, insiste justement sur cette continuité entre architecture, intérieur et objets.3 Le mobilier n’arrive pas à la fin comme une couche de décoration. Il permet d’utiliser les mêmes ressources et les mêmes décisions à une autre échelle.

La provenance devient une décision de dessin

Dire qu’un matériau est local ne suffit évidemment pas à rendre un bâtiment vertueux. Une provenance courte ne raconte ni l’énergie de transformation, ni les traitements, ni la durée de vie. Le projet est plus intéressant quand on ne lui demande pas ce slogan.

Ce qu’il montre concrètement, c’est qu’une chaîne d’approvisionnement peut entrer avant le dessin final. Si certains arbres sont disponibles à côté, leurs dimensions, leur quantité et leurs qualités deviennent des données. Le projet doit composer avec un stock réel plutôt qu’avec un catalogue théorique.

Cela rapproche l’architecture d’un atelier. On regarde d’abord ce qu’il y a sur l’établi, puis on décide ce que la matière permet. La contrainte peut produire des détails moins interchangeables, parce qu’ils répondent à une ressource particulière plutôt qu’à un produit standard disponible partout.

Le passage jusqu’au mobilier rend cette logique encore plus nette. Un reste trop petit pour une pièce structurelle peut conserver une valeur à l’échelle d’une table, d’une assise ou d’un aménagement. Le changement d’échelle ouvre une seconde destination au matériau.

La Maison de l’Orée n’invente donc pas l’architecture locale, ni le bois de proximité. Son intérêt est plus précis : elle rend la provenance suffisamment concrète pour qu’elle modifie le processus. Le paysage n’est plus seulement ce qu’on voit depuis la fenêtre. Une partie de lui devient littéralement ce avec quoi la maison est dessinée.13