Réparer un meuble signifie normalement connaître son état d’origine. Chez Fumiaki Aono, c’est justement la partie facultative.
L’artiste japonais travaille depuis les années 1990 autour du verbe « réparer ». À partir de 1996, il commence à récupérer des fragments et objets abandonnés puis à compléter leurs parties manquantes. Mais son objectif n’est pas de retrouver fidèlement leur forme ou leur fonction précédente.1
Sa série Mending, Extension part au contraire de ce que le fragment suggère. Une forme, un angle ou un motif devient une instruction. Aono prolonge ce détail avec du plâtre, du papier, de la peinture ou un autre objet. Dans d’autres travaux, deux fragments sont rapprochés parce qu’ils partagent une géométrie : une surface, un coin, une forme de boîte.1
Cette méthode explique ses assemblages plus récents de meubles récupérés. Commodes, étagères et objets domestiques cessent d’être des unités à restaurer. Ils deviennent une matière déjà chargée d’usure, d’usages et de mémoire. LOKO Gallery documente dans son travail des œuvres faites de meubles, livres et objets collectés, combinés puis transformés.2
C’est une définition de la réparation assez utile hors de l’art. Le réflexe habituel consiste à demander : comment remettre cet objet comme avant ? Aono pose une autre question : qu’est-ce que la cassure permet maintenant ?
Le défaut n’est donc plus seulement une information sur ce qui manque. Il devient une contrainte de conception. Une fissure donne une direction. Un morceau incomplet fournit une géométrie. Deux objets incompatibles peuvent trouver un point commun dans un angle ou une dimension.
On parle beaucoup de réemploi comme d’un problème de matière : éviter de jeter du bois, du plastique ou du métal. Aono rappelle que réemployer peut aussi vouloir dire conserver l’histoire visible de l’objet, puis construire à partir d’elle au lieu de l’effacer.
