Le bâtiment a ouvert le 20 septembre 2025 à Kraaiennest, dans Amsterdam-Zuidoost. Il contient une bibliothèque, un makerspace, des activités autour de la robotique, de la musique, des projections, un café, la Roots Library et des programmes pour les jeunes.12 On peut donc le visiter comme n'importe quel équipement public neuf, regarder la façade en bois, monter sur la grande colline centrale et oublier assez facilement son détail le plus important : ce bâtiment n'est pas censé rester là.

L'OBA Next Lab est l'étape temporaire qui précède la future grande OBA Next. La bibliothèque indique aujourd'hui une ouverture du bâtiment permanent en 2030.1 Les équipes du Lab parlent, elles, d'un horizon d'environ sept ans avant démontage et relocalisation.38 Les deux calendriers ne se superposent pas parfaitement et aucune des sources publiques examinées n'identifie encore le deuxième terrain. C'est justement ce qui rend le projet intéressant : la circularité n'est pas ici une décoration morale ajoutée à un bâtiment destiné à rester cent ans. Le programme lui-même force l'architecture à répondre à une question embarrassante.

Que vaut la promesse de réemploi quand le bâtiment doit réellement quitter son adresse ?

Les architectes Matter Makers, AWR et BA-Z Studio, avec Vink Bouw, IMd et AtelierBouwkunde, ont pris la contrainte au sérieux. La structure se divise en 24 unités préfabriquées, les connexions sont conçues à sec, les réseaux restent visibles, des finitions sont vissées plutôt que collées ou maçonnées, le sol évite une couche de nivellement coulée et plusieurs éléments proviennent déjà d'autres bâtiments.3568 Tout cela prépare une construction en sens inverse.

Préparer le démontage ne prouve pourtant ni le démontage lui-même ni le réemploi qui doit suivre, et le carbone stocké dans le bois pendant cette première vie ne suffit pas davantage à régler le bilan des vies suivantes.

Sept ans

Le caractère temporaire change la manière de lire l'édifice. Dans un projet classique, la démolition est si éloignée qu'elle devient facilement le problème abstrait d'un propriétaire futur. Ici, le démontage est assez proche pour concerner encore les équipes, les fabricants, les documents numériques et les choix faits aujourd'hui.

L'OBA décrit le Lab comme un lieu d'expérimentation pour la future bibliothèque de Kraaiennest.1 Ce statut permet de tester des usages, mais il impose aussi une échéance matérielle. Dezeen rapporte une durée prévue d'environ sept ans avant démontage et déplacement.8 Vink Bouw parle également d'une construction temporaire qui pourra être remontée ailleurs.3 Ce futur lieu n'est pas encore public dans les sources consultées.

La nuance devient vite concrète : un bâtiment peut être techniquement démontable et ne jamais trouver de deuxième site, ou en trouver un dont les dimensions, les règles incendie, l'isolation et le programme rendent une partie des composants inutilisables. La conception réversible ouvre des options matérielles ; l'économie, le droit et le besoin futur décideront encore lesquelles valent la peine d'être prises.

Cette distinction est précisément ce que le calendrier court rend visible. Dans trente ans, on pourrait excuser presque n'importe quel changement de norme. Dans sept ans, il devient plus difficile de traiter la seconde vie comme une histoire théorique racontée par la plaquette d'ouverture.

Façade de l'OBA Next Lab montrant le bardage bois et l'entrée du bâtiment temporaire
Le bâtiment fonctionne aujourd'hui comme une vraie bibliothèque de quartier. Son statut temporaire oblige pourtant à considérer l'entrée comme le début d'une première vie, pas comme un état définitif.Vink Bouw

Vingt-quatre modules

Le Lab développe 1 175 m² autour d'un espace central. Les sources décrivent 24 unités préfabriquées et transportables disposées autour de cette zone commune.68 Elles sont réalisées à partir d'éléments bois et biosourcés, avec une structure conçue pour pouvoir être séparée à nouveau.

Le nombre compte moins que la logique, car un bâtiment démontable n'est pas simplement un bâtiment découpé en grosses boîtes : les modules doivent encore sortir du site, être levés, transportés, inspectés puis adaptés, avec des connexions qui restent atteignables après la pose des finitions et des couches techniques qui n'enferment pas l'ensemble dans un paquet de câbles, de colles et de ragréage.

AtelierBouwkunde décrit une enveloppe bois fabriquée à partir d'éléments 2D et posée sur des dalles préfabriquées de type Stelcon ainsi que sur une structure acier, avec des connexions sèches pensées pour le démontage et le déplacement.5 L'atrium emploie du bois lamellé de sapin. La façade reçoit des lames de Fraké. Des panneaux photovoltaïques réemployés sont installés en toiture.5

La construction modulaire fournit donc une première échelle de séparation : le bâtiment peut redevenir une collection d'unités. Mais les détails plus petits sont probablement plus importants, car c'est là que les chantiers rendent souvent la promesse irréversible sans le dire.

Construire à sec

Vink Bouw présente la construction sèche comme principe directeur du projet.3 Le terme peut donner l'impression d'une recette unique ; il décrit plutôt une série de décisions destinées à éviter les liaisons destructives.

La fondation est démontable et utilise notamment des assemblages boulonnés sur acier.3 Les parois intérieures préfabriquées FAAY, dont le cœur contient du lin, sont recouvertes de finitions bois vissées plutôt que maçonnées ou collées de manière définitive, afin que le système puisse être récupéré.3 Sous le revêtement de sol, une sous-couche autocollante remplace le mortier de nivellement habituel.3 Les installations techniques restent volontairement visibles au lieu d'être enfermées derrière des couches qu'il faudrait détruire pour les atteindre.3

Chaque décision paraît minuscule isolément, mais leur addition dessine déjà l'ordre du futur démontage : dévisser une peau, déconnecter un réseau accessible, séparer une paroi, déboulonner une liaison structurelle puis lever un module sans abîmer la pièce au point de lui retirer tout intérêt pour la suite.

Cette séquence rappelle une idée déjà explorée par IRZ avec Prewood, le bâtiment bois de VUILD à Tokyo : prévoir le démontage demande de savoir comment l'assemblage a été réalisé et de conserver cette information. L'OBA ajoute une autre dimension, parce qu'il s'agit d'un équipement public complet et occupé dont les couches techniques vont réellement évoluer pendant plusieurs années.

Couloir intérieur de l'OBA Next Lab montrant le bois et des éléments techniques laissés visibles
Laisser certaines installations accessibles n'est pas seulement un choix esthétique : une couche que l'on peut atteindre sans démolir les autres est plus simple à maintenir puis à séparer.Vink Bouw

Le béton évité

« Construction sèche » ne signifie pas « bâtiment sans béton ». C'est le genre de raccourci qui transforme vite une bonne décision constructive en slogan faux.

Dezeen indique que les modules sont surélevés sur des dalles préfabriquées afin d'éviter de couler une fondation en béton sur place.8 AtelierBouwkunde mentionne explicitement des dalles Stelcon préfabriquées et de l'acier.5 La formulation exacte est moins spectaculaire : le projet réduit les opérations humides et évite notamment le béton coulé en place pour ses fondations, mais conserve des éléments préfabriqués en béton.

Une architecture de seconde vie demande surtout de savoir dans quel état on récupérera la matière. Une dalle coulée qui épouse le terrain devient facilement une partie du terrain ; une dalle préfabriquée que l'on peut lever et déplacer conserve, selon son état et la demande future, davantage de chemins possibles.

Le même raisonnement vaut pour une vis et une colle. Une vis n'est pas automatiquement plus écologique. Elle ajoute du métal, un perçage et du travail. Son intérêt apparaît lorsque la connexion doit être ouverte plus tard sans sacrifier les deux pièces qu'elle relie. La circularité n'est donc pas une liste de matériaux vertueux. C'est aussi une géométrie des séparations futures.

Une pièce donneuse

Le Lab ne se contente pas de promettre le réemploi futur. Certains composants entrent déjà dans leur deuxième vie.

Architectenweb décrit une extension vitrée réalisée avec du vitrage solaire provenant d'un bâtiment donneur.67 AtelierBouwkunde mentionne également les panneaux photovoltaïques réemployés sur la toiture.5 Ces éléments apportent une preuve différente : au moins une partie du projet a dû s'adapter à ce qui existait déjà, avec des dimensions, performances et quantités héritées plutôt que choisies dans un catalogue neuf.

C'est un exercice plus difficile qu'il n'y paraît. Concevoir à partir d'un composant donneur renverse une partie du processus. On ne fixe plus seulement une géométrie puis on commande exactement ce qu'elle demande ; il faut composer avec un stock dont les caractéristiques existent avant le dessin final.

Façade vitrée et bardage bois de l'OBA Next Lab à Amsterdam
Une partie du vitrage solaire provient d'un bâtiment donneur. Le réemploi est donc déjà présent dans la première construction, même si la seconde vie du Lab reste à démontrer.Vink Bouw

Le cas reste toutefois plus simple que le futur démontage complet. Un architecte qui reçoit aujourd'hui un lot de vitrage peut mesurer son état puis dessiner autour. L'équipe qui recevra les modules de l'OBA devra composer avec des pièces ayant vécu sept ans, subi des réparations, peut-être des modifications, et rencontré des normes qui auront elles aussi changé.

L'intérieur bouge

Le programme intérieur prépare déjà cette variabilité. Dezeen décrit des parois rétractables, des rideaux de séparation et du mobilier mobile.8 L'espace central fonctionne comme une grande zone commune, avec une « learning hill » qui organise les rencontres, tandis que le bâtiment accueille des activités très différentes au cours de la semaine.18

Grande structure en gradins du learning hill au centre de l'OBA Next Lab
Le cœur du Lab accueille des usages différents autour d'une grande structure en gradins. La flexibilité quotidienne et le futur démontage n'ont pas la même échelle, mais ils partagent une question : quelles couches doivent pouvoir changer sans sacrifier les autres ?Vink Bouw

Cette distinction entre couches rejoint directement How Buildings Learn. Une cloison, un réseau, une façade et une structure ne changent pas au même rythme. Quand on les solidarise trop fortement, remplacer la couche rapide finit par abîmer la couche lente. Les connexions accessibles de l'OBA donnent une traduction matérielle à cette idée : la possibilité de modifier l'usage aujourd'hui et celle de déplacer le bâtiment demain dépendent toutes deux de frontières bien placées.

Cela ne signifie pas qu'un bâtiment démontable est automatiquement flexible. Un module transportable peut avoir des dimensions très contraignantes. Un réseau accessible peut rester mal placé pour un autre programme. Une façade réutilisable peut ne plus satisfaire les performances demandées ailleurs. Le projet protège certaines options, il ne dessine pas tous les futurs possibles.

Le chiffre négatif

Vink Bouw publie un chiffre qui mérite d'être conservé avec toutes ses parenthèses : -97,55 kg CO₂e par mètre carré de surface brute pour les phases A1-A5.4 Le calcul s'appuie sur les modèles BIM architecturaux et structurels, des données matériaux et des informations issues notamment de Madaster et de déclarations environnementales.4

Le signe négatif vient notamment du carbone biogénique stocké dans le bois et d'autres matériaux biosourcés, auquel s'ajoutent les gains associés aux matériaux réemployés ou à plus faible impact.4 Sur 1 175 m², le résultat attire forcément l'œil ; le transformer en « bibliothèque carbone négatif » effacerait pourtant une partie essentielle du calcul.

Vink Bouw précise elle-même qu'au moment de son analyse, le modèle BIM des installations devait encore être ajouté pour obtenir une image matérielle plus complète.4 Surtout, A1-A5 couvre les produits et le chantier jusqu'à la construction. Le bâtiment continuera ensuite à consommer, être maintenu, recevoir des remplacements, puis être démonté, transporté, stocké et peut-être remonté.

Compter jusqu'à C

La deuxième édition de la méthode Whole Life Carbon de la RICS impose précisément cette discipline : suivre les émissions et retraits sur l'ensemble du cycle, en distinguant les phases de production et construction, d'usage et de fin de vie.1112

Le carbone biogénique rend cette lecture particulièrement délicate. Un arbre a retiré du CO₂ de l'atmosphère pendant sa croissance. Quand son bois entre dans un bâtiment, ce carbone peut rester stocké pendant des décennies. Dans une comptabilité de cycle de vie, ce retrait initial doit cependant être mis en relation avec ce qui arrive au matériau plus tard : réemploi prolongé, recyclage, combustion, dégradation ou autre scénario de fin de vie.11

Le stockage reste évidemment utile : prolonger la durée d'un élément bois et éviter de fabriquer son remplaçant neuf peuvent avoir un intérêt réel. Il faut seulement garder séparées deux propositions qui ne disent pas la même chose : « le bâtiment stocke plus de carbone qu'il n'en émet à la construction » et « le bâtiment sera négatif sur toute sa vie ».

L'OBA a justement une chance rare de rendre cette différence mesurable. Si les modules sont effectivement démontés, transportés puis remis en service, le projet pourra documenter combien de composants ont survécu, lesquels ont été remplacés, combien de transport et de stockage ont été nécessaires et combien de nouvelle matière a été évitée. Le deuxième chantier deviendra une donnée, pas une intention.

Circl en vrai

Amsterdam possède déjà un précédent extrêmement utile.

Circl, le pavillon circulaire construit pour ABN AMRO à Zuidas, avait ouvert en 2017 avec une conception pensée pour le démontage et le réemploi. En 2024, le terrain devait être redéveloppé et le pavillon a réellement commencé à être démonté.9 Tout à coup, la circularité quittait les diagrammes.

Le témoignage publié par Zuidas avec l'équipe de démontage est précieux parce qu'il ne raconte pas une opération parfaite. Les plans ne correspondaient plus exactement au bâtiment après des années d'usage. Certains cadres de fenêtres avaient été sciés lors d'adaptations. Des éléments de l'enveloppe ne satisfaisaient plus les performances thermiques demandées pour leur fonction initiale. Des panneaux photovoltaïques âgés de sept ans ont trouvé une autre destination, mais l'ensemble du stock devait être inventorié, étiqueté, suivi et stocké.9

Le responsable du démontage résumait l'affaire en expliquant que ce n'était pas exactement du Lego.9 Trois mots suffisent à casser une grande partie de l'imagerie publicitaire du bâtiment démontable.

Pavillon Circl à Amsterdam pendant son démontage en 2024, avec structure et composants déposés
Circl a fourni à Amsterdam ce que l'OBA n'a pas encore : un démontage réel. L'opération a révélé les écarts entre plans et bâtiment vécu, les changements de normes, le besoin de stockage et la recherche de nouvelles destinations.Zuidas

Pas tout Lego

Le problème du Lego est qu'une brique garde sa géométrie, son système d'assemblage et sa compatibilité pendant des décennies, alors qu'un bâtiment vieillit sur plusieurs axes à la fois. Le bois prend des marques, des percements apparaissent, un réseau est déplacé lors d'une intervention, une fenêtre est recoupée ; entre-temps, une réglementation thermique peut exiger davantage, un nouveau programme demander une autre résistance au feu, un fabricant disparaître ou le site suivant imposer une autre trame. La pièce existe toujours, mais sa valeur de réemploi a changé.

Lors du démontage de Circl, l'équipe visait autour de 70 % de réemploi d'après le reportage Zuidas.9 LCP Circulair indique désormais qu'au moins 80 % des matériaux doivent être réemployés dans Circl 2.0.10 Ces chiffres ne sont pas directement comparables sans inventaire détaillé commun : l'un vient d'un objectif formulé pendant le démontage, l'autre d'un projet de reconstruction ultérieur. Leur intérêt tient surtout à l'existence d'une chaîne réelle : dépose, qualification, stockage, recherche de destination puis nouveau bâtiment.

L'OBA Next Lab part avec plusieurs avantages. Sa durée prévue est courte. Ses assemblages réversibles sont explicitement documentés. Ses services restent accessibles. Ses modules sont conçus pour le transport. Mais Circl montre pourquoi aucune de ces qualités ne peut être convertie honnêtement en « 100 % réemployable » avant l'opération.

Stocker la suite

Le stockage est le morceau le moins photogénique de l'économie circulaire.

Une pièce déposée proprement n'est encore qu'un stock potentiel : il faut savoir ce qu'elle est, dans quel état elle se trouve, quelles performances elle conserve, où elle dort, combien coûte sa manutention et quel projet futur peut réellement l'absorber. Pour Circl, l'équipe expliquait que le stockage des éléments représentait plusieurs terrains de football et que le suivi demandait étiquetage et traçabilité.9

Entre deux bâtiments s'ouvre un problème logistique que le neuf connaît moins : fabricant, référence, fiche technique, stock et distributeur existent déjà pour une pièce neuve. Une poutre déposée proprement devient au contraire un immense objet d'occasion dont la prochaine adresse peut ne pas être prête le jour où le camion arrive.

L'OBA peut réduire ce risque si le deuxième site est choisi assez tôt. Les modules pourraient alors être déposés dans un ordre compatible avec leur transport et leur remontage, plutôt que de rejoindre un entrepôt pour une durée indéterminée. Les sources publiques consultées ne donnent toutefois pas encore cette destination. Il faut donc conserver la question ouverte au lieu de transformer la relocalisation annoncée en chantier déjà planifié.

La bibliothèque racine

À l'intérieur, le projet contient un joli contrepoint à cette logistique lourde : la Roots Library et les espaces publics sont conçus pour faire du Lab une sorte de salon du quartier.17

Espace intérieur de la Roots Library dans l'OBA Next Lab, avec mobilier et structure bois
Le Lab n'est pas un prototype vide. Pendant sa première vie, il doit fonctionner comme bibliothèque et lieu de quartier, ce qui signifie que ses composants vont réellement être utilisés, réparés et modifiés avant le futur démontage.Vink Bouw

Cette intensité d'usage compte pour le test futur. Une structure expérimentale conservée comme pavillon d'exposition peut rester proche de son état initial. Une bibliothèque reçoit des milliers de personnes, du mobilier déplacé, des câbles ajoutés, des chocs, des réparations et des adaptations de programme. Le bâtiment qui sera démonté ne sera pas celui du modèle BIM de 2025.

C'est ici que le lien avec How Buildings Learn devient plus utile qu'un slogan sur la modularité. Les bâtiments apprennent parce que leur usage produit des modifications. La question circulaire est de savoir si la mémoire de ces modifications suivra les matériaux. Un module dont le plan d'origine ignore deux percements et un renfort ajouté en 2029 n'est plus entièrement décrit par son fichier de livraison.

Une archive vivante

La seconde vie dépend donc aussi d'une infrastructure documentaire.

Quels boulons ont été remplacés ? Quelle paroi a reçu une ouverture ? Quel vitrage a été rayé ? Quelle poutre possède encore la classe de performance attendue ? Quel panneau photovoltaïque a été changé ? Où sont les notices de démontage lorsque les personnes qui ont monté le bâtiment travaillent ailleurs ?

Le projet Prewood posait déjà cette question avec des milliers de positions de vis générées numériquement. L'information utile au montage peut redevenir utile au démontage, à condition de survivre aussi longtemps que la matière. Dans l'OBA, le problème devient organisationnel : il faut que les modifications de sept années d'exploitation rejoignent l'archive au lieu de rester dans la mémoire d'un technicien ou sur un plan papier dépassé.

Les outils de passeport matériau et le recours à des données de modèles sont évoqués par Vink Bouw dans son travail carbone.4 Ces outils maintiennent plus facilement l'identité des composants, sans empêcher une scie de modifier un cadre ; la qualité de l'archive dépend donc toujours d'un processus de maintenance qui enregistre les interventions réelles.

La circularité se joue donc aussi dans la gestion quotidienne : la connexion réversible protège la pièce, tandis qu'une documentation tenue à jour protège la possibilité de décider quoi en faire plusieurs années plus tard.

Le deuxième site

Le jour du démontage, plusieurs scénarios seront possibles.

Le meilleur cas ressemble à la promesse initiale : un nouveau site existe, la plupart des modules gardent leur fonction, les transports sont organisés et le bâtiment repart avec des modifications limitées, en évitant une quantité importante de nouvelle structure et de nouveaux produits. Un résultat plus mélangé resterait déjà intéressant si certains modules formaient un autre équipement, si d'autres étaient démontés plus finement, si quelques composants changeaient de fonction et si une part du stock finissait recyclée. Le bâtiment ne survivrait pas comme bâtiment identique, mais sa matière conserverait davantage de valeur qu'après une démolition conventionnelle.

Le mauvais scénario est également plausible : pas de terrain à temps, normes incompatibles, stockage trop cher, modules endommagés, puis recyclage ou élimination d'éléments pourtant techniquement démontables.

La conception ne peut pas supprimer cette incertitude. Elle peut seulement éviter d'ajouter une irréversibilité matérielle lorsque l'incertitude économique et réglementaire existe déjà.

C'est peut-être la définition la plus honnête du design for disassembly : ne pas garantir le futur, mais refuser de le bloquer inutilement aujourd'hui.

Ce qui manque

L'OBA Next Lab est donc un projet mieux documenté que beaucoup de bâtiments vendus comme circulaires, mais plusieurs preuves restent absentes.

Nous n'avons pas trouvé de deuxième site confirmé publiquement. Nous n'avons pas trouvé d'analyse complète de cycle de vie incluant toutes les installations, la phase d'usage, le démontage, le transport et la fin de vie. Nous n'avons évidemment pas observé le démontage ni la réutilisation des 24 unités, puisque le bâtiment est encore dans sa première vie.

Ces absences ne constituent pas une critique du chantier achevé. Elles définissent simplement la frontière entre ce que l'on sait et ce que l'on espère.

Le projet démontre déjà des choix matériels concrets : connexions sèches, modules transportables, services accessibles, vitrages donneurs, PV réemployés, fondations évitant le coulage sur place et parois pensées pour la séparation.3568 Il documente également un résultat carbone A1-A5 intéressant, avec ses limites annoncées.4

La seconde vie, elle, reste un futur.

Construire à l'envers

Un chantier ordinaire commence avec un stock de matériaux et termine avec un bâtiment. Le futur chantier de l'OBA devra commencer avec un bâtiment et retrouver un stock suffisamment propre pour redevenir architecture.

C'est cette inversion qui donne de la valeur au projet. Les 24 modules ne sont pas intéressants parce qu'ils ressemblent à des blocs. Les boulons ne sont pas intéressants parce qu'ils sont des boulons. Les réseaux visibles ne sont pas une esthétique industrielle à célébrer pour elle-même. Chaque détail devient utile s'il réduit la quantité de destruction nécessaire pour retrouver des composants compréhensibles.

Circl montre que cette récupération sera imparfaite même avec une intention circulaire très forte. Des années d'usage déplacent le bâtiment hors de ses dessins. Les normes changent. Le stockage prend de la place. Le marché du réemploi demande des destinations, pas seulement des pièces soigneusement déposées.910

L'OBA Next Lab a une qualité rare : son calendrier devrait rendre la vérification possible assez vite. Beaucoup de projets promettent une démontabilité que personne ne testera avant une génération ; ici, le deuxième chantier devrait arriver alors que les décisions de 2025 seront encore relativement faciles à retrouver. Lorsque la première poutre sera déposée, la bibliothèque ne sera donc pas seulement en train de partir : elle commencera enfin à prouver ce qu'elle valait comme système réversible.