Pour concevoir 3 000 m² d'intérieurs au Zayed National Museum d'Abu Dhabi, Agata Kurzela Studio aurait pu appliquer quelques motifs patrimoniaux à du mobilier contemporain. Le studio décrit un processus beaucoup plus physique : prototypes, essais de matière et maquettes grandeur nature.1
La bibliothèque de recherche travaille avec de la laine brute, du bois sombre et du métal. Mais la laine n'est pas arrivée sous la forme d'un échantillon déjà décidé. L'équipe documente des essais qui passent par différentes toisons, le lavage, l'ébullition et le filage, puis compare couleur, densité et toucher au reste de la palette du musée.1
Cette méthode se prolonge dans le choix des personnes. Le studio dit avoir travaillé avec des designers émiratis, des artistes locaux, des makers et des fabricants spécialisés.1 L'objectif déclaré n'était pas de déposer de l'histoire sur les murs, mais de faire dialoguer culture contemporaine et héritage par les matériaux, l'échelle et le détail fabriqué.12
Même le mobilier est pensé moins comme une collection d'objets que comme une infrastructure. Dans Al Liwan, un système d'assises modulaires est calibré à l'échelle du lieu pour permettre pause, rassemblement et rencontre informelle.1
Le procédé est transférable bien au-delà d'un musée national. Quand un projet doit représenter une culture, une histoire ou un territoire, commencer par le motif est tentant. Ici, le sens arrive aussi par la manière de fabriquer : qui touche la matière, combien de fois on la teste, et ce qu'on accepte de laisser visible dans le résultat. Le patrimoine n'est pas seulement cité. Il est remis au travail.
