Demander à un LLM de dessiner un diagramme ASCII fonctionne remarquablement bien jusqu’au moment où il faut déplacer une flèche de deux caractères.
YuzuDraw, créé par Almog Gavra, essaie de résoudre précisément ce dernier kilomètre.
Le projet combine une application macOS native, un éditeur visuel inspiré des outils de design, un CLI et un DSL compact que Claude ou Codex peuvent générer. L’agent peut créer la première structure. L’humain ouvre ensuite le même fichier sur un canvas et ajuste les formes, groupes et alignements à la main.
Ce n’est pas « IA ou outil graphique ». C’est un format intermédiaire prévu pour passer de l’un à l’autre.
Le DSL existe surtout pour éviter de parler en pixels
Un agent peut générer directement des caractères ASCII, mais cette représentation devient coûteuse et fragile dès qu’un dessin grossit.
YuzuDraw ajoute donc un petit langage descriptif. Le site le présente comme « token-friendly » : l’agent décrit des formes et relations dans une syntaxe plus compacte, puis l’application produit le rendu ASCII.
Cette séparation a deux effets utiles.
Le modèle manipule une structure plus stable qu’une grille de caractères. Et l’humain peut modifier la scène visuellement sans avoir à réécrire le prompt original.
Le projet exporte ensuite en texte ASCII, PNG ou SVG.
Le fichier reste éditable des deux côtés
L’app fournit des layers, du grouping, du verrouillage et du réordonnancement. L’interface permet donc de traiter un diagramme ASCII comme un vrai petit document graphique plutôt que comme un bloc de texte monolithique.
Le CLI et le skill permettent à l’agent de produire ou modifier le fichier. L’application permet ensuite de reprendre le résultat.
C’est un modèle de collaboration plus intéressant que le classique bouton « Generate » placé dans un éditeur.
Le travail ne change pas de nature à chaque passage de témoin. L’agent et l’humain manipulent la même représentation.
Le cas d’usage est volontairement étroit
YuzuDraw ne cherche pas à remplacer Figma, Mermaid ou un outil de diagrammes complet.
Son terrain naturel est le terminal, les README, les docs techniques et les petites illustrations qui doivent rester lisibles en texte brut. Le site montre des composants, flows, comparaisons de métriques et petits dessins ASCII.
Cette limitation est une force. Un agent n’a pas besoin d’un modèle de scène universel pour produire un bon schéma de service dans un README. Il lui faut juste assez de structure pour que l’humain puisse finir proprement.
Le dépôt est encore très jeune et l’application macOS reste le client principal. Ça limite évidemment sa portée aujourd’hui.
L’IA est meilleure pour commencer que pour polir
Le workflow choisit un partage simple : confier surtout le démarrage à l’agent, puis rendre rapidement les contrôles directs à l’humain.
C’est un partage des tâches crédible.
Un modèle est très bon pour générer trois premières compositions, poser les blocs principaux ou traduire une architecture textuelle en schéma. Il devient beaucoup plus pénible quand l’utilisateur souhaite « garde tout pareil, mais rapproche juste cette boîte, aligne cette flèche et donne un peu plus d’air à droite ».
À ce stade, une souris gagne souvent en quelques secondes contre plusieurs échanges de langage naturel.
YuzuDraw ne cherche pas à supprimer cette différence. Il en fait l’architecture du produit.
Un bon outil agentique peut avoir une sortie de secours manuelle
Beaucoup d’interfaces IA essaient de rendre le prompt suffisamment puissant pour que l’utilisateur n’ait plus besoin des outils classiques.
YuzuDraw propose presque le contraire : utiliser le prompt tant qu’il est efficace, puis retrouver immédiatement des contrôles déterministes quand il ne l’est plus.
Le principe dépasse l’ASCII.
Pour une mise en page, une timeline, un schéma, une scène 3D ou un morceau de code visuel, le bon workflow n’est peut-être pas « conversation jusqu’au résultat parfait ». Il peut être : générer une structure, basculer vers une manipulation directe, puis éventuellement rendre cette structure à l’agent.
L’outil devient meilleur quand le changement de mode ne détruit pas le travail précédent.
Dans YuzuDraw, le petit fichier ASCII sert surtout à montrer une idée beaucoup plus grande : l’agent n’a pas besoin d’avoir le dernier mot pour être utile.