Depuis quatre ans, flasher une carte de développement depuis un navigateur signifiait une chose : ouvrir Chrome. L'API Web Serial, qui permet à une page web de lire et écrire sur un port série, est disponible dans Chrome depuis sa version 89 en 2021,3 mais elle est restée longtemps une capacité Chromium. Avec Firefox 151 pour ordinateur, publié en mai 2026, elle existe enfin dans un second moteur majeur.1
Pour les ateliers, les salles de classe et tous ceux qui bricolent avec des microcontrôleurs, ce n'est pas un détail de matrice de compatibilité. C'est la fin d'un monopole.
Le navigateur comme port série
Web Serial permet à du JavaScript de communiquer avec les périphériques qui s'annoncent comme ports série, qu'ils soient branchés en USB ou appairés en Bluetooth.2 Dans la pratique, la liste des matériels concernés ressemble à l'inventaire d'un tiroir de maker : cartes Espressif ESP32, Raspberry Pi Pico, imprimantes 3D, modules LEGO, wattmètres USB.1
Mozilla a travaillé avec Adafruit pour tester l'implémentation contre de vrais flux de travail. L'exemple le plus parlant : installer CircuitPython sur une carte ESP32-S2 directement depuis Firefox, via l'outil web d'Adafruit, puis faire dialoguer une page web avec le programme Python qui tourne sur la carte.1 Plus besoin d'installateur natif ni de driver spécifique.
L'équipe de Mozilla a aussi montré un usage moins évident. L'ingénieur Florian Quèze lit en direct la consommation d'un appareil branché sur un wattmètre USB du commerce, affiche la courbe dans une page, puis exporte tout vers le profileur de Firefox. Trois modèles de wattmètres ont été validés, dont l'AVHzY C3 et le Joy-IT TC66C.1 Un outil de mesure hardware devient un capteur web.
Le prix de l'accès
La partie la plus intéressante n'est pas dans les démos, elle est dans le prompt. Un site ne voit aucun port série tant que l'utilisateur n'a pas dit oui. La demande passe par navigator.serial.requestPort(), qui ouvre un sélecteur où l'on choisit exactement quel port autoriser, site par site et port par port. Le navigateur ne fournit pas de liste des appareils connectés, donc pas de matière utile au fingerprinting au-delà du port choisi.1
Firefox ajoute une couche propre : un écran explicatif affiché avant le sélecteur lors de la première demande d'un site, le même mécanisme de « gating » que celui introduit pour Web MIDI. Et côté entreprises, la fonctionnalité est désactivée par défaut dans les politiques de déploiement, activable via le réglage DefaultSerialGuardSetting.1

Ce modèle mérite d'être regardé de près parce qu'il tranche une vraie question : comment donner au web accès au matériel sans transformer chaque page en câble USB géant ? La réponse de Mozilla consiste à garder l'humain dans la boucle au moment précis où une page devient dangereuse, plutôt qu'à empêcher la capacité entière.
Ce qui change pour les ateliers
Pendant cinq ans, les outils web de flashage et de configuration ont dû documenter une contrainte absurde : « ouvrez Chrome ». Les projets concernés ne sont pas marginaux. ESPHome, qui produit des firmwares pour domotique compatibles Home Assistant, installe et configure ses cartes en quelques clics via Web Serial.1 Les installateurs web de CircuitPython, d'Arduino ou de frameworks éducatifs reposent tous sur cette API.
Un second moteur qui la supporte change trois choses concrètes : les utilisateurs de Firefox n'ont plus à changer de navigateur pour bricoler, les développeurs de ces outils peuvent sortir d'un test mono-navigateur, et les distributions Linux ou les environnements qui évitent Chromium gardent une option native.
Reste à standardiser
Nuance importante : Web Serial n'est toujours pas une norme aboutie. L'API vit encore au stade d'incubation au WICG, et Safari ne la supporte pas.4 Mozilla pousse une proposition pour la standardiser dans le WHATWG via un nouveau « workstream » dédié aux périphériques.5 La bataille n'est pas technique mais institutionnelle : décider quel organisme fixera les règles d'accès au matériel depuis le web.
Pour un maker, tout ceci tient dans une phrase simple : la prochaine fois qu'un tutoriel demandera Chrome pour flasher une carte, il restera à vérifier si Firefox sait déjà le faire. De plus en plus souvent, la réponse sera oui.
