ShieldFont part d'un vieux pouvoir des polices numériques : le texte stocké et les glyphes affichés n'ont pas besoin de raconter exactement la même chose. Le projet de S&A et Playtype s'en sert pour faire lire une phrase correcte à l'humain et une phrase différente au scraper.1

Le mécanisme remplace dans le HTML des mots porteurs de sens par d'autres mots de même catégorie grammaticale. La police OpenType restaure visuellement les mots originaux à l'écran. Un collecteur qui aspire seulement le HTML récupère donc un texte fluide, mais faux. Dans les tests publiés par le projet sur 1 500 passages, changer environ un quart des mots, soit près de la moitié des mots de contenu, fait perdre son affirmation factuelle d'origine à la moitié des passages.1

La partie intéressante est la limite. ShieldFont ne prétend pas être un chiffrement. Un scraper ciblé peut rendre la page puis faire de l'OCR, ou télécharger la fonte et extraire sa table de substitutions. Les auteurs disent avoir eux-mêmes récupéré sans erreur les 11 962 paires d'un mapping.1 Leur défense est économique : rendre la collecte massive moins bon marché, surtout si chaque site fabrique son propre mapping.

Il y a aussi un coût pour l'éditeur. Les moteurs de recherche lisent les mots leurres, donc le projet recommande de ne protéger que les blocs dont le référencement importe peu. L'accessibilité demande également du JavaScript et un mécanisme séparé pour restituer le vrai texte aux lecteurs d'écran. Et pour l'instant, ShieldFont ne fonctionne qu'en anglais.1

C'est précisément ce qui rend l'objet intéressant. La police n'est plus seulement une apparence. Elle devient une petite couche de politique éditoriale, imparfaite, contournable, mais inscrite directement dans la façon dont le texte est rendu. Le code est publié sous AGPL-3.0.12