Une souris haut de gamme finit parfois avec un logiciel plus compliqué que la souris.
OpenLogi essaie le mouvement inverse : parler directement au matériel Logitech en HID++, garder les réglages dans un fichier TOML local et fournir juste ce qu'il faut autour pour remapper les boutons, changer les DPI, piloter SmartShift ou basculer de profil selon l'application.
Le projet est écrit en Rust, open source pour son code, sans compte obligatoire et sans télémétrie selon sa documentation. Il tourne sur macOS et Linux. Pour Windows, les sources du projet ne sont pas encore parfaitement alignées : le README dit le port validé de bout en bout sur du matériel Windows 11, tandis que le site le présente encore comme une preview récente.
Et il est très jeune tout court.
Le dépôt GitHub a été créé le 24 mai. Au moment où j'écris, le 10 août, il dépasse 8 300 stars et vient de publier sa version 0.6.24. Ce sont des signes d'intérêt, pas un certificat de fiabilité. OpenLogi écrit lui-même qu'il est toujours en développement actif et pas encore stable.
C'est précisément pour ça que le projet est intéressant maintenant sans avoir besoin de le transformer en « Logitech killer ».
Un fichier TOML à la place d'un compte
Le détail qui résume le mieux OpenLogi tient dans un chemin : ~/.config/openlogi/config.toml.
Les bindings, presets et profils restent dans un fichier texte lisible, diffable, copiable et versionnable. L'interface graphique écrit dedans, mais le fichier ne disparaît pas derrière l'interface.
Cette différence est assez petite techniquement. Pour quelqu'un qui configure plusieurs machines ou qui veut simplement comprendre pourquoi son bouton latéral fait une chose dans Blender et une autre dans son navigateur, elle change beaucoup.
Un réglage devient une donnée qu'on possède.
On peut la sauvegarder avec le reste de sa config, la comparer après une modification, la copier sur une autre machine ou l'éditer à la main. Le GUI reste pratique sans devenir l'unique endroit où la vérité existe.
C'est une idée local-first très terre à terre. Pas besoin d'un manifeste de quarante pages sur la souveraineté numérique. Le fichier est là. On peut l'ouvrir.
OpenLogi ne se contente pas de dessiner une interface alternative
Le projet parle directement HID++ aux périphériques Logitech, via un récepteur Bolt ou Unifying, une connexion Bluetooth directe ou un câble USB.
Son architecture sépare trois morceaux : une interface graphique, un agent en arrière-plan qui possède les hooks d'entrée et les échanges avec le matériel, et une CLI pour l'inventaire et les diagnostics.
C'est un choix important. Refaire l'écran de réglages d'Options+ aurait produit une jolie façade dépendante du même système dessous. OpenLogi essaie plutôt de posséder toute la petite chaîne nécessaire entre le clic physique et l'action configurée.
Le résultat permet des choses simples mais agréables : remapper des boutons, déplacer le rôle du bouton de geste, régler DPI et SmartShift, créer des profils par application, conserver le tout en texte.
Sur Linux, le projet va aussi là où Logitech ne va pas officiellement avec Options+. Il fournit des paquets, des règles udev et un service systemd utilisateur. Les pages de support Logitech continuent, elles, à distribuer Options+ pour Windows et macOS.
Ce n'est pas une révolution. C'est quelqu'un qui a décidé qu'une souris devait aussi être configurable sur Linux. Internet fonctionne encore parfois correctement.
« Sans cloud » mérite quand même un astérisque
OpenLogi se présente comme local-first, sans compte et sans télémétrie. C'est globalement fidèle à son fonctionnement décrit, mais « rien ne quitte jamais la machine » serait trop fort.
Le projet télécharge les visuels des périphériques. La vérification de mise à jour existe aussi, mais elle est optionnelle et désactivée par défaut selon la documentation actuelle.
Cette précision est intéressante parce qu'elle montre une définition plus utile du local-first : pas l'absence mystique de réseau, mais l'absence de serveur nécessaire pour que la fonction principale existe.
Si OpenLogi.org disparaît demain, votre fichier TOML ne devient pas soudain une citrouille.
Même l'open source a des frontières
Autre détail que j'aime bien : le projet prend la peine de distinguer son code de sa marque.
Le code est disponible sous MIT ou Apache 2.0. Le logo et l'icône OpenLogi, eux, sont explicitement exclus de ces licences et restent protégés par leur auteur.
C'est aussi pour ça que l'image de cet article n'utilise pas le logo du projet. J'ai préféré une photo sous Creative Commons d'un MX Master 3S, un des modèles listés comme pris en charge.
Open source ne veut pas dire « tout ce qui est dans le repo est à moi ». C'est un détail de licence assez banal, donc régulièrement ignoré avec une énergie admirable.
Le projet reste un pari jeune
8 300 stars en moins de trois mois peuvent disparaître de la conversation aussi vite qu'elles y sont entrées.
Les périphériques HID++ ne se comportent pas tous pareil, Windows est encore le port récent et la documentation elle-même prévient que configuration et fonctionnalités peuvent changer.
Donc je ne remplacerais pas un workflow critique de studio en supposant qu'OpenLogi a déjà dix ans de compatibilité derrière lui.
Mais il a franchi un seuil intéressant depuis qu'il était dans notre veille : ce n'est plus seulement un README séduisant et une promesse. Il publie des builds, prend en charge plusieurs plateformes, documente ses limites et continue à sortir des releases très vite.
Pour un petit projet open source, c'est déjà de la matière réelle.
Et surtout, il rappelle un truc simple : les logiciels de périphériques ne sont pas condamnés à être des comptes, des assistants de mise à jour et des boîtes noires juste parce que la souris a deux molettes.
