La musique numérique finit généralement dans un convertisseur puis un haut-parleur. MegCell Pulse prend une route volontairement plus longue : le fichier commande deux mécanismes qui jouent physiquement une guitare acoustique.1
Le premier module s’occupe du manche et appuie sur les cordes. Le second pince les six cordes avec des plectres indépendants. Le site du projet décrit la chaîne sans détour : impulsion numérique, action magnétique, mouvement mécanique, vibration acoustique.1 La guitare n’est donc pas échantillonnée ou imitée. Elle reste le générateur sonore.

Automatiser l’instrument plutôt que son son
Hackaday décrit une architecture de pièces imprimées en 3D, engrenages, actionneurs magnétiques et bras mécaniques. Le projet aurait demandé six ans de développement.2 Ses limites restent visibles : le mécanisme ne parcourt pas tout le manche et ne sait pas reproduire toutes les techniques d’un guitariste, notamment les glissés entre frettes.2
Ces limites sont précisément ce qui rend l’objet intéressant. Construire un synthétiseur permettrait de contourner toute la mécanique. Ici, la mécanique est le sujet. Une tablature doit être traduite en positions atteignables, en synchronisation entre frettage et pincement, puis en gestes suffisamment précis pour faire sonner un instrument conçu pour des doigts humains.
Le projet est actuellement proposé comme fichiers plutôt que comme robot assemblé. Le site précise que l’offre porte sur les données numériques, sans matériel physique ; Hackaday détaille un ensemble comprenant fichiers d’impression 3D, guide d’assemblage, logiciel de contrôle et nomenclature.12
Cela déplace aussi la frontière du produit. Acheter MegCell Pulse, c’est encore devoir fabriquer la machine qui fabriquera ensuite la musique.
Les limitations dessinent le logiciel autant que la mécanique
Le projet ne promet pas de reproduire une main humaine entière. Le module de manche travaille dans une zone définie, et l'absence de glissé continu entre les frettes enlève déjà une famille de gestes.2 Ces manques forcent le fichier de contrôle à connaître les capacités physiques de la machine. Une tablature théoriquement jouable par un humain peut devoir être réarrangée si elle demande un déplacement que le mécanisme ne sait pas faire.
C'est là que le projet devient plus qu'un automate spectaculaire. La partition numérique n'est pas seulement lue puis exécutée. Elle traverse une couche de contraintes mécaniques : course disponible, synchronisation, attaque de chaque corde et position des actionneurs. Le logiciel doit produire quelque chose que les pièces peuvent réellement atteindre.
Le Kickstarter rend aussi cette frontière très concrète. Il ne vend pas la disparition de la fabrication. Il vend les fichiers nécessaires pour la refaire chez soi.3 La reproductibilité dépend donc encore de l'impression, de l'assemblage, des composants et du réglage final.
Cette séparation entre fichiers et matériel évite aussi une ambiguïté fréquente dans les projets open hardware. Les plans rendent la reproduction possible, mais ils ne rendent pas automatiquement le résultat identique. Tolérances d’impression, choix des composants, montage et calibration restent des variables physiques. Le projet partage donc une méthode de fabrication autant qu’un produit fini.13
On peut évidemment demander pourquoi imposer autant de moteurs et de pièces à quelque chose qu’un haut-parleur sait déjà reproduire. La réponse est dans le dernier maillon : le son conserve les accidents, la caisse et les cordes de la vraie guitare. Le numérique ne remplace pas l’instrument. Il vient lui fabriquer deux mains.
