Elliot James Kennedy ne prend pas une photo pour qu’elle reste entière.

Il cadre déjà en pensant à ce qui arrivera ensuite : imprimer l’image, peindre dessus, la découper, déplacer un bras, ajouter un aplat, puis recoller l’ensemble.1

Cette méthode est devenue sa signature commerciale, mais elle vient d’une période où les commandes s’étaient justement arrêtées.

Le confinement comme atelier de découpe

Kennedy raconte qu’il voulait depuis longtemps mélanger peinture, collage et photographie. Pendant le confinement, avec moins de shootings, il a imprimé d’anciennes images et commencé à les retravailler physiquement.1

Les expérimentations publiées en ligne lui ont ensuite apporté des commandes, notamment pour Carhartt et Isabel Marant. Son portfolio professionnel couvre aujourd’hui des clients comme Nike, Adidas, Kenzo, Apple ou Gucci.2

La partie intéressante n’est pas simplement le retour de l’analogique. Kennedy modifie aussi sa manière de photographier. Il laisse de la place dans le cadre parce qu’il sait qu’une seconde composition viendra après la prise de vue.1

Le collage commence donc avant les ciseaux.

Une chaîne hybride plutôt qu’un filtre

Pour une campagne Speedo, Kennedy explique être revenu sur les tirages après le shooting pour les modifier à la main, avec des affiches olympiques anciennes en tête. Pour ses portraits de Nigo au Design Museum, l’architecture brutaliste et Bauhaus du lieu a influencé les découpes et les aplats.1

Le procédé évite un piège courant des effets numériques : appliquer une recette identique après coup. Ici, la transformation change le cadrage, le tournage et le choix des images dès le départ.

Kennedy résume aussi une motivation plus simple : il ne voulait pas passer toute sa vie devant un écran.1

C’est une bonne raison de fabriquer un workflow. Pas par nostalgie du papier, mais parce qu’un outil physique peut forcer l’image à prendre une direction qu’un calque Photoshop aurait rendue trop facile à annuler.