À Bruxelles, une image numérique finit cette semaine sous la forme la moins numérique possible : plus de 700 000 fleurs posées sur la Grand-Place.1

Pour l'édition 2026 du Tapis de Fleurs, l'artiste japonais Hiro Sugiyama a retravaillé La Grande Vague de Kanagawa de Hokusai. Son interprétation passe par des techniques numériques, modifie le rythme de la composition et conserve les signes immédiatement reconnaissables de l'original : la vague, le mont Fuji et les motifs japonais.1 Ensuite, changement brutal d'échelle et de matière. L'association Tapis de Fleurs transforme ce dessin en une surface de 70 mètres sur 24, composée principalement de dahlias cultivés en Belgique et près de la frontière néerlandaise.12

Le résultat n'est visible que quatre jours, du 13 au 16 août.2 C'est une drôle de chaîne de production : une estampe du XIXe siècle, une réinterprétation contemporaine faite avec des outils numériques, puis des centaines de milliers d'éléments organiques assemblés pour disparaître presque immédiatement.

Cette édition marque aussi les 160 ans des relations diplomatiques entre la Belgique et le Japon. Le Japon avait déjà participé au tapis en 2016 ; il revient dix ans plus tard avec cette proposition.1

Ce qui mérite d'être regardé n'est donc pas seulement l'image finale. C'est le changement de résolution. Sur écran, Sugiyama peut déplacer un motif. Sur la place, chaque pixel devient une fleur, avec sa taille, sa couleur et son irrégularité. Le travail de reproduction devient un travail d'interprétation matérielle. Une image mondialement reproductible redevient, pendant quatre jours, impossible à copier exactement.