Une archive personnelle peut très vite devenir un dossier nommé final_v2_vraiment_final, puis trois disques durs et une boîte dont personne ne sait plus pourquoi elle contient un ticket de métro de 2017.
Amber Pjongluck a choisi une autre forme : un livre de deux mètres.
Find The Earth, son projet de fin d’études à Parsons, rassemble des objets oubliés ou mémorisés dans une publication imprimée en risographie. Son portfolio le décrit comme « une archive de deux mètres d’objets oubliés et retenus ».1
Ce n’est pas seulement un très grand album souvenir. Pjongluck traite la mémoire comme un problème de classement.
Se souvenir, oublier, être en train d’oublier
Le livre ordonne ses pages autour de catégories qui ne ressemblent pas à celles d’une base de données traditionnelle : remembered, forgetting et forgotten. Les objets deviennent des repères permettant de relier des versions différentes de soi.2
It’s Nice That raconte que le projet a occupé une année de travail. Pjongluck y revient sur des événements séparés parfois de plusieurs années, cherchant comment certaines situations reviennent ou se répondent.2
Le classement n’essaie donc pas de produire une chronologie propre. Il accepte qu’un souvenir change de statut.
C’est assez proche de la manière dont une vraie mémoire fonctionne, malheureusement moins pratique qu’un ORDER BY date DESC.
Le livre devient une interface d’archive
Pjongluck explique que son intérêt pour les systèmes vient en partie des bibliothèques fréquentées enfant. Ce qui l’attirait n’était pas seulement le contenu des livres, mais la méthode utilisée pour organiser des masses de mots et d’images.2
Cette obsession revient dans ses propres publications. Elle décrit ses livres comme des artefacts d’une période de sa vie, chacun avec son langage visuel et son système.2
Sur son site, Find The Earth est accompagné de deux objets complémentaires. The Spiral sert de lieu physique pour les objets, tandis que Field Notes construit des liens entre différentes versions de soi et du langage.1
Le dispositif ressemble presque à une petite architecture de l’information : les objets existent, le livre les classe, les notes construisent des relations.
Imprimer rend l’archive moins parfaite, donc plus juste
Le choix du papier et de la risographie compte. Une archive numérique peut prétendre être propre, filtrable et infiniment modifiable. Une publication de deux mètres impose une séquence, un poids, une longueur, des pages qu’il faut physiquement parcourir.
Pjongluck décrit elle-même l’archive comme incomplète, peu fiable et détachée, tout en la présentant comme une ode aux choses oubliées et ordinaires.1
C’est probablement sa meilleure idée. Le projet ne résout pas la mémoire. Il lui construit une forme assez rigide pour pouvoir l’examiner, mais assez étrange pour ne jamais faire croire que le classement est la vérité.
Pour un designer, la méthode dépasse l’autobiographie. Une archive n’a pas besoin de commencer par une taxonomie parfaite. Elle peut commencer par la question que l’on veut poser aux objets, puis inventer le système qui permet de les regarder autrement.
