Une alimentation de labo peut rester parfaitement utilisable pendant des années tout en vieillissant très vite sur un autre plan : pas de mesure enregistrable, pas de commande réseau, pas de script, parfois même aucun port de communication. PSU-EXT essaie de résoudre ce décalage sans demander d'ouvrir l'alimentation. Le boîtier se place simplement entre sa sortie et le montage alimenté.1
Cette position est importante. PSU-EXT ne remplace pas l'étage de puissance de l'appareil et ne prétend pas transformer magiquement les boutons d'une vieille alimentation en consignes numériques. Il ajoute une couche extérieure : mesure de tension et de courant, relais de sortie, protections, historique et commandes SCPI. L'alimentation continue de faire ce qu'elle sait déjà faire ; l'extension observe et automatise ce qui se passe après elle.
Entre les deux
Le prototype publié accepte, selon sa documentation actuelle, 0 à 25 V et jusqu'à 2,5 A. La carte mesure 100 × 50 mm. Un ESP32-S3 s'occupe du contrôle, tandis qu'un ADS1115 et un INA240 assurent la chaîne de mesure ; le domaine de mesure est isolé du contrôle par I²C et alimentation DC-DC isolés.1
Le chemin de sortie passe aussi par un relais. Au démarrage, celui-ci reste coupé. Le firmware peut ensuite l'activer ou le désactiver, surveiller des seuils de surtension et de surintensité, gérer deux entrées de déclenchement et dérouler une petite file de commandes temporisées.2 Pour un montage qui doit s'allumer pendant trente secondes, se couper, recommencer ou s'arrêter lorsqu'un seuil est dépassé, cela évite de construire une deuxième boîte de contrôle autour de l'alimentation.

Il faut garder les limites dans le même cadre. La documentation précise que le hardware est un prototype EVT, donc un design de validation d'ingénierie et non un produit grand public terminé ou certifié. Il n'y a pas de protection contre l'inversion de polarité. Les 25 V et 2,5 A sont une plage annoncée pour cette carte, pas une permission d'intercaler l'objet devant n'importe quelle alimentation et n'importe quelle charge.1
Parler SCPI
Le choix le plus intéressant n'est peut-être pas le Wi-Fi ou le dashboard, mais SCPI. Ce langage de commandes est courant dans l'instrumentation de laboratoire : un logiciel peut demander une tension, lire un courant ou déclencher une action sans connaître toute l'interface graphique de l'appareil.
Le firmware PSU-EXT expose ces commandes par USB CDC et par TCP sur le port 5025.2 Pour son propre hardware, les commandes couvrent les mesures, l'état du relais, les protections OVP/OCP, les triggers et les timers. Une mémoire circulaire conserve jusqu'à 600 échantillons de certaines mesures. Ce n'est pas une promesse de brochure : la référence SCPI et les handlers correspondants sont déjà dans le dépôt firmware.
Le logiciel PC va plus loin. Un proxy Java/Spring fait le pont entre les appareils SCPI et un dashboard React dans le navigateur ; un Script Runner sert à automatiser des séquences.3 Les auteurs ont même documenté l'ajout de deux appareils tiers sur TCP, une alimentation Siglent SPD4323X et un multimètre Rigol DM858E.4 Le projet dépasse donc déjà son propre boîtier : la couche logicielle peut devenir une petite façade commune pour plusieurs instruments parlant SCPI.

Les fichiers d'abord
PSU-EXT est encore indiqué Coming Soon dans la section pré-lancement de Crowd Supply au 22 août 2026.5 Pourtant, le matériel n'est pas présenté seulement sous forme de rendus. Le dépôt hardware contient les schémas et le PCB KiCad éditables, le boîtier FreeCAD, les Gerbers, la nomenclature BOM et les fichiers CPL de placement nécessaires à l'assemblage.1
Le dépôt firmware contient le projet ESP-IDF, ses composants et des tests. Le logiciel de contrôle est lui aussi public, avec frontend, backend, installateurs et versions déjà taguées.23 Le hardware original est annoncé sous CERN-OHL-S v2 ; firmware et logiciel utilisent Apache 2.0.
Un des développeurs explique avoir publié ces fichiers avant la campagne pour que les futurs soutiens puissent inspecter le projet, relever des erreurs ou même tenter une fabrication indépendante.6 C'est son explication, pas une preuve que cette stratégie commerciale fonctionnera. Mais le geste est vérifiable : les fichiers sont bien là, avec une date de dépôt antérieure au lancement de la campagne.
Garder l'instrument
Le retrofit a une limite presque philosophique : il faut que l'objet d'origine mérite d'être gardé. Une alimentation professionnelle récente possède souvent déjà USB, Ethernet ou RS-232 et sait parler SCPI directement. Dans ce cas, ajouter une boîte en série peut compliquer ce qui fonctionnait déjà. Le développeur lui-même reconnaît dans une discussion que le projet vise plutôt des utilisateurs disposant d'une alimentation correcte mais non programmable, et que sa plage unique ne couvre pas certains usages de mesure fine.6
C'est précisément ce qui rend PSU-EXT intéressant pour IRZ. L'idée n'est pas que tout atelier en a besoin. Elle est qu'un objet peut recevoir une nouvelle couche de capacités sans jeter la partie qui fonctionne encore. On remplace moins de matière, on garde les boutons et le transformateur que l'on connaît, et on ajoute seulement ce qui manquait : mesure exploitable par logiciel, sécurité programmable et interface de script.
Reste maintenant la partie que GitHub ne peut pas prouver : calibration réelle d'une série produite, disponibilité, prix, robustesse et comportement après des mois sur un établi. Tant que la campagne n'a pas commencé et que le hardware reste au stade EVT, ces questions restent ouvertes. Pour une fois, c'est assez simple de séparer le produit futur du projet présent : le premier est encore une promesse, le second tient déjà dans des fichiers que n'importe qui peut ouvrir.
