Un topo d’escalade ressemble facilement à une base de données privée avec une jolie carte devant.

OpenClimbing essaie de faire l’inverse.

Quand quelqu’un ajoute ou corrige une voie, le projet veut que l’information puisse rester utile même si OpenClimbing disparaît. Les données de grimpe vivent dans OpenStreetMap. Les photos de topo peuvent vivre dans Wikimedia Commons. L’application, publiée sous GPL-3.0, devient alors une interface spécialisée au-dessus de ressources communes.3 4

La version 2.0, sortie le 11 août, pousse cette logique beaucoup plus loin.2

Le topo devient éditable au pied de la falaise

OpenClimbing ne se contente plus d’afficher des points sur une carte.

L’application sait montrer zones, falaises et voies, convertir les cotations, filtrer les secteurs et afficher des lignes de grimpe directement sur des photos. La version 2.0 améliore surtout le chemin dans l’autre sens : depuis l’interface, l’utilisateur peut modifier les informations, envoyer une photo vers Wikimedia Commons et dessiner la voie sur cette image.1

Le billet de lancement annonce près de 40 000 voies, plus de 6 000 voies dessinées sur photo, plus de 1 000 zones et 31 pays. Ce sont les chiffres du projet au 11 août, pas un audit externe.1

Le détail intéressant est la propriété du résultat.

Dans une application classique, ajouter une voie enrichit surtout le produit qui stocke la contribution. Ici, la voie est enregistrée dans OpenStreetMap selon le schéma utilisé par la communauté, et l’image peut être publiée sur Commons.3 4

L’application peut mourir. La contribution, elle, reste potentiellement réutilisable ailleurs.

Une carte ouverte a quand même besoin d’un outil spécialisé

OpenStreetMap sait stocker énormément de choses. Ça ne veut pas dire que l’éditeur générique est le meilleur endroit pour documenter une longueur en 6b avec trois spits, un relais et une fissure qui devient atroce après la pluie.

OpenClimbing construit donc une interface métier.

Le projet sait afficher les voies d’un secteur, les grades dans le système choisi par l’utilisateur, les photos, le type de roche et les hiérarchies entre grandes zones, falaises et lignes individuelles.1 4

La version 2 ajoute aussi un logbook. On peut enregistrer une ascension, son style, les partenaires de grimpe et retrouver des statistiques.1

Toutes les données ne sont pas pour autant publiques de la même manière. Le dépôt explique le rôle d’OSM pour les données de grimpe et de Commons pour les photos, tandis que le journal utilisateur nécessite son propre stockage applicatif. Il faut donc éviter de transformer « open data » en « absolument tout est dans OSM ».

Le principe reste net : ce qui décrit le terrain commun doit autant que possible revenir au terrain commun.

Le PDF hors ligne est une petite fonction importante

Une falaise est un endroit assez prévisible pour perdre du réseau.

OpenClimbing 2.0 peut exporter une zone ou un secteur en guide PDF avec carte, voies, cotations et tracés sur photo.1 La fonction paraît presque rétro à côté d’une carte web interactive. C’est justement pour ça qu’elle est bonne.

Un outil de terrain n’est pas uniquement son interface optimale avec cinq barres de 5G. Il doit survivre au moment où l’environnement cesse de coopérer.

Le PDF permet aussi une autre forme de transmission : imprimer une sélection, la mettre sur une tablette, l’envoyer à quelqu’un ou conserver un topo de sortie sans dépendre du chargement de la carte.

Le projet utilise même le relief pour estimer l’ombre

Parmi la longue liste de changements de la version 2.0, certains montrent ce qui se passe lorsqu’une carte devient vraiment spécifique à une pratique.

OpenClimbing ajoute une carte d’ombre et utilise le relief pour estimer si un secteur sera au soleil ou à l’ombre. Le changelog contient un shader de ray-marching sur modèle numérique de terrain pour projeter ces ombres.2

Ce n’est pas le genre de fonction qu’un gestionnaire de POI générique va prioriser.

Même chose pour les cotations Fontainebleau, les départs assis en bloc, les filtres par type de grimpe ou l’affichage direct des lignes sur photo.1 2

Le projet va jusqu’à expérimenter un détecteur de spits dans le navigateur pour aider à préparer les topos. Son auteur le décrit explicitement comme expérimental.1

La bonne architecture n’est donc pas « une interface générique pour des données génériques ». C’est plutôt : données communes dessous, interface très opinionated dessus.

L’ouverture déplace aussi le travail

Une base ouverte n’est pas automatiquement correcte.

Quelqu’un doit encore cartographier la voie, vérifier son emplacement, choisir la bonne relation OSM, ajouter une photo correctement licenciée et corriger les erreurs. Le projet dépend donc d’un travail communautaire beaucoup moins visible que le bouton « exporter en PDF ».

C’est aussi la limite de la promesse.

Les 40 000 voies annoncées ne signifient pas que chaque falaise est complète, récente ou validée par un guide local. Une donnée ouverte peut être réutilisable et tout de même fausse.

Mais elle possède un avantage pratique : la correction n’appartient pas à une seule entreprise.

Un club, un grimpeur ou un autre développeur peut améliorer le même objet et cette correction peut ensuite servir à plusieurs interfaces.

Le guide peut devenir une vue, pas un silo

C’est ce qui rend OpenClimbing plus intéressant qu’une énième app de sport.

Le projet traite le guide comme une vue spécialisée sur un corpus partagé. Sa valeur vient de l’ergonomie, des filtres, du topo photo, de l’ombre, du PDF et du logbook, pas de l’enfermement des informations indispensables à la pratique.

Cette séparation est transférable à beaucoup d’outils de terrain.

Une bonne application n’a pas forcément besoin de posséder la carte, la photo et la description pour avoir une identité forte. Elle peut être excellente précisément parce qu’elle sait quoi faire de données que tout le monde peut réutiliser.

Sur une falaise sans réseau, cette philosophie finit même en PDF.