Un topo d’escalade peut disparaître avec le serveur qui l’héberge, alors que la falaise, elle, a peu de chances de partir avec. C’est le point de départ d’OpenClimbing : ce qui décrit le terrain ne devrait pas dépendre du site qui affiche la carte.
Les voies et les falaises sont donc cartographiées dans OpenStreetMap, les photos de topo peuvent rejoindre Wikimedia Commons, et le code de l’application est publié sous GPL-3.0.3 4 Si OpenClimbing ferme demain, une bonne partie du travail reste utilisable ailleurs.
Jan Václavík a présenté OpenClimbing 2.0 le 11 août 2026. La release GitHub v2.0.0 a été publiée le lendemain.1 2 La version apporte beaucoup de fonctions, mais son intérêt tient surtout à cette séparation entre le topo et le logiciel qui sert à le consulter.
Éditer la falaise
OpenClimbing affiche les zones, falaises et voies, convertit les cotations et superpose les itinéraires aux photos. Depuis la v2, l’édition va aussi dans l’autre sens : on peut corriger une voie depuis l’application, envoyer une photo vers Commons puis tracer l’itinéraire directement dessus.1

Le billet de lancement annonce presque 40 000 voies, plus de 6 000 tracés sur photo, plus de 1 000 zones dans 31 pays. Ce comptage vient du projet lui-même au 11 août, il ne faut donc pas le prendre pour un audit indépendant.1
Ce qui change par rapport à beaucoup de guides en ligne est assez concret. Quand vous corrigez l’emplacement d’une voie, cette correction ne sert pas seulement à améliorer OpenClimbing : la géographie modifiée dans OpenStreetMap peut être reprise par un autre site, un club ou un futur outil que personne n’a encore écrit.3 4


La bonne limite
Stocker la falaise dans OpenStreetMap ne transforme pas son éditeur généraliste en bon topo. Il faut encore comprendre qu’une voie peut avoir une cotation Fontainebleau, un départ assis, un type de roche, un relais, une photo où plusieurs lignes se croisent. C’est là qu’OpenClimbing garde sa raison d’être : il donne une interface de grimpe à des objets qui restent partageables.1 4
Le logbook montre aussi où s’arrête cette logique. Les ascensions, le style, les partenaires et les statistiques sont des informations personnelles, et le billet de lancement précise qu’elles sont conservées dans la base de l’application et reliées au compte OpenStreetMap.1 Tout n’a aucune raison d’atterrir dans OSM simplement parce que le projet se présente comme ouvert.
Puis il y a les fonctions qu’on ne demanderait jamais à une carte généraliste. OpenClimbing utilise le relief pour estimer soleil et ombre, avec dans l’historique de la v2 un shader de ray-marching sur modèle numérique de terrain.2 Il existe même un détecteur de spits dans le navigateur, encore expérimental, destiné à aider lors de la préparation d’un topo photo.1 2

Quand le réseau perd
Le détail que je trouve le plus juste dans cette version est beaucoup moins sophistiqué : OpenClimbing peut exporter une zone ou une falaise en guide PDF, avec carte, voies, cotations et tracés sur photo.1 2

C’est presque rétro. C’est aussi exactement ce qu’on veut quand le téléphone ne capte plus au pied de la falaise. Vous préparez le fichier avant de partir, vous le gardez hors ligne, vous l’envoyez à quelqu’un ou vous l’imprimez. Aucune antenne n’a ensuite son mot à dire.
Le PDF ne remplace pas la carte interactive, il reconnaît seulement que l’endroit où l’information devient utile est aussi celui où le réseau devient incertain. Pour un outil de plein air, ce petit renoncement à l’interface parfaite vaut plus qu’une fonction spectaculaire qui ne survit pas au parking.
Ouvert, pas infaillible
Reste le travail moins séduisant. Quelqu’un doit placer les voies, vérifier les relations OSM, choisir les photos, tracer les itinéraires et revenir corriger ce qui est faux. Les presque 40 000 voies annoncées ne disent rien, à elles seules, sur l’exhaustivité d’une falaise ou la fraîcheur d’un topo.
Une information ouverte peut être périmée. Elle peut aussi être simplement fausse. La différence est que la correction n’attend pas forcément l’entreprise qui possède le guide : plusieurs personnes peuvent améliorer le même objet, et plusieurs interfaces profiter ensuite du changement.
C’est ce déplacement qui rend OpenClimbing intéressant. Le projet n’a pas besoin de posséder la carte et les photos pour avoir une identité : son travail consiste à savoir quoi en faire pour un grimpeur, depuis le tracé d’une voie jusqu’au PDF hors ligne. Le service, lui, peut rester remplaçable. Pour un topo construit sur du commun, c’est plutôt une qualité.
