Une masse cérémonielle est faite pour avoir l’air lourde. Elle matérialise une autorité avant même que quelqu’un explique ce qu’elle représente. Lewis Prosser prend ce vocabulaire très officiel et lui fait subir une opération assez simple : il le passe par l’atelier d’un vannier.1
Dans Civic Ceremonial, présenté au Senedd au pays de Galles du 1er août au 29 octobre 2026, l’artiste réinvente des objets de cérémonie civique avec des techniques de vannerie et de travail traditionnel du métal. La pièce la plus immédiatement lisible ressemble à une masse institutionnelle, sauf que sa tête est une structure de saule tressé.1
Le geste fonctionne parce que Prosser ne fabrique pas seulement une sculpture qui ressemble à un panier. Sa pratique est justement construite autour des techniques patrimoniales de vannerie, de la performance et des rituels publics. Il se décrit comme un « absurdist basketmaker » et utilise ces savoir-faire pour parler d’identité régionale, d’échange culturel et de cérémonie.2
Le matériau change alors la lecture de l’objet. Une masse métallique suggère la permanence, la richesse et une forme de pouvoir vertical. Le saule montre ses fibres, ses raccords et le temps passé à tresser. Il ramène l’objet à une échelle où l’on peut imaginer les mains qui l’ont fabriqué.
C’est la partie intéressante pour un maker : changer la matière peut suffire à critiquer la fonction sans changer la silhouette. Prosser conserve les codes qui rendent l’objet identifiable, puis remplace précisément ce qui lui donne son poids symbolique.
Le Senedd présente d’ailleurs ces pièces comme des outils civiques imaginaires fondés sur une forme de pouvoir à échelle humaine et sur le consensus communautaire plutôt que sur une autorité descendante.1 Ce n’est pas une nouvelle technologie de fabrication. C’est presque l’inverse : un savoir-faire ancien utilisé comme outil de prototypage politique.
