Pour faire flotter quelqu’un sur un nuage, Benji Reid n’a pas forcément besoin de supprimer le trucage. Il peut laisser la structure en bois et le coton presque assez visibles pour qu’on comprenne comment le mensonge tient debout.

C’est l’un des fils qui relie son travail à celui de Zana Masombuka dans l’exposition annoncée par October Gallery du 3 septembre au 3 octobre 2026.1 Les deux artistes fabriquent des images très construites, mais ne semblent pas considérer la disparition du geste comme la dernière étape obligatoire.

Creative Boom décrit chez Reid des nuages en coton soutenus par des rigs en bois et des scènes dont le dispositif peut rester perceptible.3 Reid vient aussi de la performance et nomme sa pratique « choreo-photolism » : les corps, les objets et la mise en scène travaillent ensemble avant que l’appareil ne fixe l’image.3

Masombuka part d’un autre terrain. October Gallery documente une pratique qui traverse photographie, film, sculpture et performance, avec un travail directement nourri par la culture Ndebele.2 Certaines séries associent la photographie à des cadres sculpturaux perlés et à des objets symboliques liés aux pratiques et récits de sa communauté.12

Il serait simpliste d’opposer cela au numérique comme si une image devenait plus vraie parce qu’elle contient du coton ou des perles. Ce n’est pas ce que démontrent les œuvres.

Leur point commun utile est ailleurs : la construction du monde fait partie du contenu de l’image. Le décor, le costume, la matière et le temps de fabrication ne sont pas seulement des moyens qu’il faudrait faire disparaître pour obtenir une surface parfaite.

Pour un photographe ou un illustrateur, cela déplace la question. Au lieu de demander seulement « comment rendre cette scène crédible ? », on peut demander « quelles traces de sa fabrication méritent de rester visibles ? ».

Une fiction n’a pas besoin de cacher ses coutures pour fonctionner. Parfois, les coutures sont justement ce qui lui donne une logique.