Antidote se présente comme un tricycle de montagne « sans moteur ». Sur le véhicule, l'affirmation tient. Dès qu'on regarde la station entière, elle devient plus intéressante.

Pour redescendre, le prototype conçu par Matic Čič et Vid Lebič n'a besoin que de gravité.1 Mais pour recommencer, il faut remonter le pilote et la machine. Le projet compte précisément sur ce que les stations possèdent déjà : pistes et remontées mécaniques.1

En pratique, la remontée fait donc le travail énergétique que le véhicule n'embarque pas.

C'est cette dépendance qui donne de l'intérêt au projet. Antidote n'est pas simplement un engin amusant à trois roues. C'est une tentative de fabriquer un usage d'été autour d'une infrastructure dimensionnée pour l'hiver.

Le moteur est ailleurs

Une station de ski concentre un capital immense qui ne disparaît pas au printemps : remontées, pistes, accès, maintenance, bâtiments d'accueil. Quand la neige disparaît, ces éléments ne disparaissent pas avec elle.

Čič et Lebič ont développé Antidote pendant leur master en design industriel à l'Université de Ljubljana. Le projet part explicitement du problème des hivers moins enneigés et des stations de basse altitude qui cherchent d'autres usages.1 Zavod Big, qui a distingué leur travail, décrit leur recherche comme une analyse des pratiques touristiques et de la manière dont des destinations renforcent leur activité hors saison.2

Le véhicule n'apporte pas une nouvelle source d'énergie au site ; il se branche sur une boucle déjà disponible.

Boucle montrant une remontée mécanique qui élève le tricycle, puis une descente gravitaire avant retour au départAntidote déplace la motorisation hors du véhicule : le réseau et la remontée mécanique créent l'altitude, puis la gravité restitue cette énergie pendant la descente. Synthèse IRZ

C'est un exemple simple d'une idée utile en design : retirer une fonction d'un objet ne signifie pas forcément supprimer cette fonction du système. On peut la déplacer dans l'infrastructure.

Tourner avec le corps

Le prototype apporte tout de même une mécanique spécifique.

Pour tourner, Antidote demande au pilote de déplacer son poids. Un mécanisme pendulaire traduit ce mouvement du corps en virage et vise une sensation de carving située entre luge, ski et VTT.1 Les concepteurs disent avoir travaillé avec des exploitants de stations et affiné la machine par essais successifs jusqu'à obtenir un prototype fonctionnel.1

Le mécanisme de direction est finalement plus neuf que l'absence de moteur.

Sur un kart gravitaire classique, le guidon et les freins portent l'essentiel du pilotage. Antidote essaie d'utiliser le corps lui-même comme interface de direction, ce qui rapproche le geste d'un sport de glisse.

Pour une station, cette différence peut compter. Un nouveau véhicule ne concurrence pas seulement d'autres véhicules ; il concurrence aussi les sensations déjà associées au ski, au snowboard et au VTT de descente.

L'idée existe déjà

Il faut tout de même retirer un peu de nouveauté au récit.

Le marché n'attend pas Antidote pour proposer des trois-roues sans moteur en été. La Plagne exploite par exemple des Mountain Carts remontés par télésiège ou télécabine.3 Les véhicules descendent des pistes dédiées et utilisent des freins hydrauliques ; la station commercialise plusieurs parcours allant jusqu'à 4,4 kilomètres et 620 mètres de dénivelé.3

La boucle économique est donc déjà éprouvée : faire payer une descente gravitaire après une remontée mécanique existe comme produit touristique.

La comparaison ne condamne pas Antidote ; elle clarifie ce qui mérite réellement d'être prototypé. Les designers n'ont pas besoin de démontrer de zéro qu'un client accepte de payer pour descendre une montagne sur trois roues. Ils peuvent concentrer le prototypage sur ce qui différencie leur machine : pilotage, comportement, transport sur remontée et exploitation.

Une saison de plus

« Hors saison » demande aussi un peu de précision.

À La Plagne, les Mountain Carts sont proposés pendant la saison d'été, sur des remontées ouvertes et des pistes aménagées.3 Antidote vise le même type de réutilisation : garder une station active quand la neige ne permet plus le produit principal.1

Aucune de ces astuces ne transforme pour autant la station en activité sans impact. Faire fonctionner une remontée consomme de l'énergie. Les pistes doivent être entretenues. Les engins doivent être transportés, inspectés et freinés. Une fréquentation estivale modifie aussi les usages du milieu.

Le claim étudiant est donc plus crédible lorsqu'il reste modeste : moins de nouvelle construction, pas « tourisme sans impact ».1

Zavod Big formule d'ailleurs le projet en termes d'utilisation plus efficace de l'infrastructure existante et de différenciation des destinations, plutôt qu'en invention d'une activité entièrement nouvelle.2

Concevoir autour du capital existant

Antidote a également été présenté en 2026 dans l'exposition Freshly Painted au Cankarjev dom, où il apparaît comme un équipement sportif destiné à élargir l'offre des stations de ski.4

Cette formulation résume assez bien la logique du projet.

Le tricycle, à lui seul, n'est qu'une partie du produit. Le produit complet est : un engin assez distinct pour donner envie de descendre, un moyen de le remonter, un terrain déjà possédé ou exploité, et une organisation capable de répéter cette boucle toute la journée.

Pour un designer ou un maker, la contrainte est fertile : avant d'ajouter batterie, moteur, structure ou bâtiment, demander quelle partie du problème est déjà prise en charge par l'environnement.

Dans Antidote, la montagne fournit la pente et la station fournit la remontée.

Le véhicule peut se concentrer sur le reste : donner une valeur propre à la descente.