Le routeur posé dans le salon n'a pas reçu de caméra. Aucun radar n'a été ajouté dans son boîtier. Pourtant, chez certains abonnés Xfinity, il peut désormais signaler qu'un mouvement vient de traverser une pièce.

Comcast appelle la fonction WiFi Motion. Elle est proposée avec Xfinity Shield sur des gateways compatibles et s'active volontairement depuis l'application Xfinity. Une fois activée, elle observe les perturbations des liaisons Wi-Fi entre la gateway et des appareils fixes déjà présents dans la maison : enceinte connectée, thermostat, imprimante ou autre équipement alimenté en permanence.12

Presque rien ne change dans le salon. Ce sont les mêmes radios qui transportaient des paquets hier ; le logiciel leur demande désormais aussi de signaler les perturbations physiques du lien.

C'est précisément ce qui rend la fonction intéressante, et un peu inconfortable : un objet peut acquérir une nouvelle capacité sensorielle longtemps après son installation, sans qu'aucun nouveau capteur visible n'entre dans la maison.

Le capteur invisible

Xfinity décrit la zone de détection comme une sorte d'ovale entre la gateway et chacun des appareils sélectionnés.2 Quand une personne ou un objet suffisamment important traverse cette zone, son corps modifie la propagation radio. Le système détecte alors une variation du signal et peut générer un événement de mouvement.

Il ne s'agit pas d'une caméra reconstruite avec des ondes radio. Comcast précise que WiFi Motion ne capture ni image, ni vidéo, ni audio, ne reconnaît pas les personnes et n'indique pas leur position exacte.12 Le résultat ressemble davantage à « quelque chose a perturbé cette liaison » qu'à « Léa vient de passer du canapé à la cuisine ».

Cette différence fixe la bonne échelle du problème. Une variation de canal radio contient beaucoup moins d'information directement exploitable qu'une vidéo, tout en révélant déjà une donnée assez intime : la présence et le mouvement dans un espace privé.

Schéma montrant une gateway Wi-Fi et trois appareils fixes formant des zones de détection traversées par une personneWiFi Motion utilise les chemins radio entre la gateway et des appareils fixes sélectionnés. Traverser un de ces chemins modifie le signal reçu. Synthèse IRZ d'après Xfinity

Pas n'importe quel appareil

Pour que la mesure ait un sens, les extrémités radio doivent rester à peu près au même endroit. Xfinity demande donc des appareils stationnaires, généralement allumés et correctement connectés.1 Un téléphone qui quitte la maison, un laptop qui se met en veille ou un objet posé au fond d'un placard constituent de mauvais repères.

L'utilisateur peut sélectionner plusieurs appareils compatibles pendant l'activation. La documentation actuelle mentionne jusqu'à cinq équipements adaptés dans le parcours de configuration, tandis que certaines pages marketing en décrivent trois ; ce décalage montre que la fonction et son interface sont encore en cours de déploiement.12

La maison elle-même fait partie de la mesure. Murs, matériaux, taille du logement et position de la gateway modifient les chemins radio. Comcast ne garantit pas la détection partout et demande aux utilisateurs de tester réellement les zones qu'ils veulent surveiller.1

Autrement dit, impossible de traiter le système comme un radar magique qui couvrirait uniformément le logement. Elle dépend du réseau existant, avec ses trous, ses réflexions et ses objets qui dorment au mauvais moment.

Le logiciel suffit

Les modèles de gateway compatibles incluent notamment des XB7, XB8, XB9 et XB10, avec plusieurs variantes et exclusions selon le matériel.12 Comcast présente WiFi Motion comme une capacité déjà présente dans les équipements compatibles, accessible sans ajouter de capteur dédié.3

The Verge décrit le déploiement comme concernant des millions de routeurs Xfinity existants.4 Le nombre exact de foyers pouvant l'activer aujourd'hui n'est pas donné dans les pages produit de Comcast consultées, donc mieux vaut garder cette échelle comme celle rapportée par la presse plutôt que comme un compteur officiel.

C'est à l'échelle du parc installé que la fonction devient réellement étrange. Un fabricant de détecteurs traditionnels doit vendre, expédier, installer et alimenter chaque capteur. Comcast peut ajouter une fonction de détection à un parc matériel déjà branché simplement en mettant à jour le logiciel et l'application.

Comcast n'a évidemment pas inventé l'idée de lire le mouvement dans un canal Wi-Fi. Le Wi-Fi sensing existe depuis plusieurs années dans la recherche et dans quelques produits domestiques. Mais la taille du parc Xfinity donne au principe une autre visibilité : la fonction sensorielle n'arrive plus avec un appareil exotique vendu comme capteur. Elle apparaît dans l'infrastructure ordinaire du réseau.

Opt-in, heureusement

La frontière décisive se trouve finalement dans le produit, pas dans la radio. Comcast indique que WiFi Motion est désactivé par défaut et opt-in.123 L'utilisateur doit ouvrir l'application, choisir d'activer la fonction, accepter les conditions puis sélectionner les appareils qui participeront à la détection.

Cette étape volontaire sépare clairement la capacité technique de son usage effectif. Un routeur techniquement capable de sensing n'est pas équivalent à un foyer effectivement surveillé par WiFi Motion.

L'application propose ensuite plusieurs niveaux de sensibilité. Un réglage élevé peut détecter de petits mouvements, tandis que les niveaux moyen et faible demandent une perturbation plus importante. Xfinity recommande d'ailleurs de réduire la sensibilité dans les logements partageant des murs avec des voisins.1

La fonction propose aussi un filtrage des petits animaux. Xfinity parle d'animaux autour de 40 livres ou moins, avec l'avertissement implicite qu'il s'agit d'une estimation du niveau de perturbation, pas d'une reconnaissance fiable d'espèce.1

La quantité de perturbation fournit donc une idée grossière de l'ampleur du mouvement, sans révéler qui bouge. C'est assez pour rendre les réglages utiles, et assez pour rappeler que « pas de caméra » ne signifie pas « pas de données comportementales ».

Un événement reste une donnée

Comcast affirme ne pas suivre directement les mouvements ou notifications au moment où ils se produisent.1 Dans une réponse transmise à The Verge, l'entreprise indique également que les données conservées portent sur les événements de mouvement et l'appareil qui les a détectés, sans identité, image ni enregistrement audio ; The Verge rapporte une conservation pouvant aller jusqu'à sept jours.5

The Verge donne un exemple très banal : « mouvement détecté par l'enceinte du couloir ».5 C'est beaucoup moins riche qu'une vidéo, mais suffisamment structuré pour reconstruire une chronologie sommaire : activité à telle heure, sur tel chemin radio.

Xfinity prévient par ailleurs dans sa documentation que des informations générées par WiFi Motion peuvent être divulguées dans le cadre d'une procédure légale, d'une enquête, d'une assignation ou d'autres situations prévues par la loi.12

Les fournisseurs de services stockent déjà d'autres données susceptibles de faire l'objet de demandes légales ; WiFi Motion ajoute simplement une catégorie qui décrit l'activité physique du foyer. Ce qui change, c'est la catégorie de données que le routeur peut désormais produire.

Échelle comparant connectivité Wi-Fi, événements de mouvement et vidéo en quantité d'information sur l'intérieur du logementWiFi Motion ne produit pas une image. Il crée néanmoins une nouvelle donnée sur l'activité physique du logement. Illustration IRZ

La maison comme antenne

Xfinity rend très visible une frontière qui était déjà moins nette qu'elle en avait l'air : celle entre infrastructure et capteur. Une caméra annonce sa fonction par sa forme et son orientation. Un détecteur PIR possède une lentille. Un routeur, lui, semblait jusque-là seulement transporter le trafic radio.

Pourtant, tout réseau sans fil mesure déjà des propriétés physiques afin de fonctionner : puissance reçue, qualité du lien, variations du canal. Le sensing consiste à exploiter certaines de ces variations comme information sur l'environnement. L'antenne n'a pas changé ; l'interprétation des mesures a changé.

Pour la domotique, cette ambiguïté peut être un avantage plutôt qu'un défaut. Un logement peut détecter une activité nocturne, une arrivée ou une absence sans poser une caméra dans chaque pièce. Comcast propose Home Watch, Away Watch et Dark Watch pour transformer ces événements en notifications selon le contexte.13

Elle est tout aussi puissante pour la vie privée. La fonction peut devenir plus précise dans de futures générations, et son existence rappelle qu'un objet connecté possède parfois des capacités latentes qui dépassent largement la fonction pour laquelle on l'a acheté.

Le vrai interrupteur

La question n'est donc pas « le Wi-Fi peut-il nous voir ? » Cette formulation prête au système des capacités qu'il n'a pas. WiFi Motion ne voit pas un visage, ne reconstitue pas une silhouette et ne suit pas précisément quelqu'un dans les pièces d'après les informations publiées par Xfinity.12

La question réellement utile est plus banale : qui décide quand une mesure réseau devient une donnée sur la maison ?

Pour l'instant, Comcast donne une réponse correcte sur le point le plus important : l'utilisateur doit activer WiFi Motion. Cette frontière mérite d'être conservée précisément parce que la mise à jour matérielle, elle, n'existe presque pas.

Quand un capteur arrive sous la forme d'une boîte neuve, on voit qu'il entre chez soi. Quand il arrive sous la forme d'un nouveau menu dans l'application du routeur, le seul vrai indicateur de sa présence est le consentement logiciel.