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title: "Cette tour de bois est conçue pour pourrir — et c'est le but"
locale: "fr"
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category: "craft"
tags: ["architecture", "réemploi", "habitats", "faune", "bois", "biodiversité"]
published_at: "2026-08-28T11:20:00.000Z"
author: "Camille Morel"
translation: "https://irz.fr/en/articles/wildlife-tower-honeygar-multi-especes-en.md"
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# Cette tour de bois est conçue pour pourrir — et c'est le but

Une tour d'environ cinq mètres empile des matériaux récupérés pour loger chauves-souris, chouettes et insectes. Son bois est censé pourrir, tandis qu'une charpente en acier cachée assure la stabilité.

Une construction conçue pour pourrir. La formule se lit au sens propre, inscrite telle quelle dans la fiche technique.

À Honeygar, dans les Somerset Levels au Royaume-Uni, le cabinet Pearce+ a monté pour le Somerset Wildlife Trust une tour d'environ cinq mètres qui doit abriter plusieurs espèces d'un coup : chauves-souris, chouettes effraies et chevêches, crécerelles, martinets, invertébrés, amphibiens et petits mammifères.[1](https://pearce-plus.com/our-work)[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq)

Le corps de l'ouvrage, ce sont des lames de mélèze récupérées, empilées en couches. Elles ne sont pas traitées pour tenir des décennies. L'idée est exactement l'inverse : elles se dégraderont lentement, et les insectes qui coloniseront cette décomposition y gagneront un habitat.

## Plus de cinq mètres

La hauteur suit les habitants. Pearce+ explique que chaque espèce niche ou se perche à une hauteur qu'elle a choisie, si bien que le gabarit global de la tour dépend en partie des animaux visés.[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/) Les chouettes effraies, par exemple, veulent des sites élevés et abrités ; la dimension du haut découle de celle des nichoirs encastrés dedans.

Honeygar n'est pas un terrain neutre. C'est une ancienne ferme laitière de 81 hectares que le trust a rachetée en 2021, avec l'idée de remettre de l'eau sur des terres longuement drainées pour l'élevage et de restaurer une tourbière de basse altitude, une ressource devenue rare.[5](https://www.somersetwildlife.org/news/honeygar-farm-plans-submitted-research-centre-benefitting-long-term-peatland-management) Le lieu incarne le « wilding » revendiqué par l'organisation : peu d'objectifs de gestion fixés à l'avance, des processus naturels qu'on laisse reprendre la main.[3](https://www.somersetwildlife.org/honeygar)

La tour, elle, doit tenir debout sur un sol qui se remet à inonder. Elle repose donc sur des piles de maçonnerie récupérée, surmontées de bois de réemploi et d'une couverture en tôle ondulée.[1](https://pearce-plus.com/our-work)[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/)

## Bois qui doit pourrir

Les bâtiments passent leur vie à repousser la pourriture : traitements, membranes, étanchéité. Ici, la décomposition fait partie de la commande.

Le bois non traité héberge papillons de nuit, araignées, cloportes et autres invertébrés.[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/) Les interstices entre les lames offrent des cavités, des rebords et des perchoirs.[1](https://pearce-plus.com/our-work)

Ce que la photo ne montre pas, c'est ce qui tient vraiment la tour. Pearce+ a glissé une charpente légère en acier derrière tout ce bois.[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq) Adam Preece, chef de projet Honeygar au trust, résume bien la fonction de cette ossature : empêcher la construction de « perdre sa forme en pourrissant et en étant colonisée par les invertébrés au fil des décennies ».[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq)

La phrase mérite qu'on s'y arrête : l'acier n'est pas un renfort esthétique caché, c'est la condition pour que le bois puisse se désagréger en toute sécurité. La stabilité et la décadence programmée tiennent dans deux systèmes volontairement séparés.

Les matériaux racontent la même logique. D'après Preece, les lames proviennent d'une ancienne promenade démontée sur une réserve voisine, les jambages en pierre sont des gravats ramassés sur la ferme, et le toit des tôles arrachées à de vieilles granges.[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq)

## Une hétérogénéité voulue

Ce réemploi ne sert pas seulement à cocher la case « matériaux durables ». Les défauts des pièces récupérées sont exactement ce qui produit l'habitat.

Le bois feutré nourrit les invertébrés. La maçonnerie garde des fissures, des rugosités et des cavités où se glissent insectes et petits animaux.[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/) Les ouvertures entre les piles laissent entrer amphibiens ou petits mammifères. À la base, gravats et terre empilés forment un hibernaculum, ce milieu humide qui peut convenir aux tritons, aux orvets et aux espèces des zones humides.[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/) La tour, posée dans une cuvette, doit même former une petite mare temporaire après de fortes pluies, favorable aux reptiles et aux amphibiens.[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq)

Chaque étage pose donc un problème de fabrication distinct. On laisse du bois se dégrader, on laisse de la pierre non jointée, on laisse des gravats non triés. Autant de manières de ne pas « finir » l'objet, pour que d'autres que nous l'achèvent.

## La limite des sources

Tout cela est décrit avec soin par le cabinet et son client. Ce que les sources ne montrent pas encore, c'est qui vit vraiment dans la tour.

L'ouvrage date de 2026.[1](https://pearce-plus.com/our-work) Pearce+ l'assume : « Nous avons fourni l'infrastructure, mais c'est la faune qui décidera de la façon de l'occuper. D'une certaine manière, le bâtiment n'est pas fini quand nous le quittons ; ce sont ses habitants qui le termineront. »[2](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/)

Aucun relevé d'occupation ne vient donc confirmer la promesse. La tour est un pari documenté, pas encore un bilan de colonisation.

## L'idée à transposer

Ce qu'on a envie de copier ici, ce n'est ni la forme ni même le principe de la tour à chauves-souris, une idée ancienne.[4](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq) C'est une décision de conception : accepter que la matière perde un jour son rôle, et prévoir autre chose qui prendra la charge.

D'ordinaire, on dessine pour résister, puis on découvre que l'objet se dégrade quand même. Là, l'équipe a choisi d'emblée ce qui est voué à s'user, à pourrir ou à céder, et a confié la tenue de l'ensemble à une couche qui, elle, n'est pas censée être consommée.

On peut transposer le geste à beaucoup de fabrications : plutôt que de feindre qu'un objet durera, nommer clairement la partie qui vieillira et laisser le reste du système préserver l'essentiel. À Honeygar, le mélèze se donnera aux insectes. L'acier n'a pas ce travail-là.

## References

1. [PEARCE+, Wildlife Tower Honeygar Farm](https://pearce-plus.com/our-work)
2. [Dezeen, Pearce+ stacks reclaimed materials to create multi-species wildlife tower](https://www.dezeen.com/2026/08/26/wildlife-tower-reclaimed-honeygar-farm-somerset-pearce/)
3. [Somerset Wildlife Trust, Honeygar](https://www.somersetwildlife.org/honeygar)
4. [Adam Preece, retour sur la tour construite à Honeygar (LinkedIn)](https://www.linkedin.com/posts/adam-preece-16340625_honeygar-honeygar-activity-7482425831030611968-LFKq)
5. [Somerset Wildlife Trust, plans du centre de recherche de Honeygar](https://www.somersetwildlife.org/news/honeygar-farm-plans-submitted-research-centre-benefitting-long-term-peatland-management)
