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title: "Huit ans pour enregistrer ce que les animateurs savent sans l’écrire"
locale: "fr"
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category: "craft"
tags: ["animation", "documentaire", "transmission", "savoir-faire"]
published_at: "2026-08-22T16:25:00.000Z"
author: "Léa Perrin"
translation: "https://irz.fr/en/articles/walking-with-animators-craft-archive-en.md"
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# Huit ans pour enregistrer ce que les animateurs savent sans l’écrire

Walking with Animators rassemble plus de 70 artistes après huit ans de tournage. Son intérêt n'est pas de résumer l'histoire de l'animation, mais d'archiver ses gestes et ses méthodes.

**Walking with Animators** commence par un problème de quantité. Plus de 70 personnes ont été interviewées entre 2018 et 2026, parmi lesquelles Phil Tippett, Peter Lord, Floyd Norman, Glen Keane, Joanna Quinn, Regina Pessoa, Henry Selick, Bill Plympton ou Doug Chiang.[1](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/)[4](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html) Le film cite plus de 130 œuvres. Il dure pourtant environ une heure quarante.

Le montage doit donc jeter énormément de matière tout en gardant ce qui se résume mal : la manière dont chacun travaille, les mots qu'il choisit pour l'expliquer et les détails qu'il juge importants.

## Sans narrateur

Alexandre Poncet explique à 3DVF que le premier montage était trop construit comme un cours d'histoire. Les chapitres s'enchaînaient, les repères devenaient envahissants, le film se raidissait.[5](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/)

La version montrée à Annecy choisit autre chose : aucune voix off, et des entretiens qui se répondent directement par le montage.[4](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html) Quelqu'un parle d'un geste, puis le sujet revient par une autre technique ; lorsque les réponses ne coïncident pas très bien, le film garde justement cet écart au lieu de le lisser.

Annecy présente le documentaire comme un ensemble de voix très diverses décrivant leur philosophie créative et leur rapport personnel à l'animation.[2](https://www.annecyfestival.com/en/the-festival/official-selection/feature-films/2026-annecy-classics/walking-animators) Ce vocabulaire personnel vaut presque autant que les anecdotes de production. Un métier se transmet aussi avec les mots employés pour corriger, regarder et juger un mouvement.

> Illustration: Peter Lord interviewé pour Walking with Animators. Peter Lord, cofondateur d'Aardman, fait partie des dizaines d'artistes filmés depuis 2018. Credit: [Frenetic Arts / Walking with Animators](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/).

## Même mot, autres mains

Le mot « animation » recouvre ici du dessin, de la stop motion, du papier découpé, de la CG et de la motion capture.[1](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/)[3](https://le-pacte.com/international/film/walking-with-animators) Poncet raconte même qu'ils se demandent où placer la marionnette et Jim Henson.[5](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/)

La complication est bienvenue, car la marche dessinée n'obéit pas aux mêmes contraintes que la marionnette déplacée image par image : l'animateur stop motion touche réellement son personnage et ne peut pas revenir exactement à l'état précédent après chaque erreur, tandis qu'en 3D le modèle accepte des positions impossibles et oblige à fabriquer soi-même les limites. Le même mot désigne des gestes assez éloignés.

Ce qui circule d'une technique à l'autre est moins visible : observation du poids, rythme, anticipation, pose, lecture de silhouette, attention aux petits retards qui rendent un mouvement crédible. Ces choses-là tiennent rarement dans les crédits d'un film.

La diversité du casting aide à les faire apparaître : Floyd Norman raconte un monde de dessin et de studio très différent de celui de Peter Lord chez Aardman, Phil Tippett a travaillé sur des créatures physiques avant de traverser le basculement vers l'animation informatique, et Joanna Quinn ou Regina Pessoa arrivent encore avec d'autres manières de dessiner et de rythmer.[1](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/)

> Illustration: Deborah Anderson dessinant pendant le tournage de Walking with Animators. Le film cherche les gestes et les habitudes de travail autant que les souvenirs sur des œuvres terminées. Credit: [Frenetic Arts / Walking with Animators](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/).

## Huit années passent

Le projet démarre en 2018, puis la pandémie interrompt la production ; au retour des tournages, les systèmes génératifs prennent entre-temps beaucoup de place dans les discussions de l'animation. Poncet dit que le contexte a déplacé le sens du film pendant sa fabrication.[4](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html)[5](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/)

Son avis sur l'IA générative est sévère : à ses yeux, le parcours de décisions humaines fait partie du travail d'animation, parce que l'image finale ne raconte pas seule ce que l'animateur a choisi ou refusé en chemin.[5](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/) Les sources disponibles ne permettent pas d'attribuer cette opinion à l'ensemble des personnes interrogées.

Mais le calendrier suffit à rendre certains entretiens intéressants comme documents. Un entretien enregistré avant le Covid peut déjà décrire l'organisation d'un studio, l'apprentissage ou le rapport aux machines d'une façon qui ne sonne plus tout à fait pareil huit ans plus tard ; le film devient ainsi archive avant sa sortie.

> **Une collecte longue**
> - premiers tournages: 2018
> - entretiens: 70+
> - œuvres citées: 130+
> Sources : Frenetic Arts, Cartoon Brew, 3DVF

## Les images coûtent

Les paroles ne règlent que la moitié du problème, car le documentaire doit aussi montrer les films dont parlent les invités pour que leurs remarques restent compréhensibles.

Poncet insiste sur ce travail peu spectaculaire : chaque extrait doit être retrouvé, rattaché à son propriétaire, documenté pour les juristes puis négocié avec le studio concerné, parfois auprès de plusieurs ayants droit selon les territoires.[5](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/) Cartoon Brew cite parmi les soutiens Aardman, Pixar, Walt Disney Animation Studios, Netflix, Warner Bros., CalArts, Gobelins et Tippett Studio.[4](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html)

Grâce à ces accords, des images rares peuvent entrer dans le montage, mais la limite de l'archive devient très concrète : on montre ce qui a été retrouvé et ce que les droits permettent d'utiliser. La mémoire d'un métier dépend donc en partie de contrats, de catalogues et d'adresses mail encore valides. C'est moins noble qu'un grand discours sur la transmission, mais beaucoup plus proche de la façon dont une archive existe réellement.

## Ce qui reste

Carlotta Films distribue Walking with Animators en France et Le Pacte gère les ventes internationales.[3](https://le-pacte.com/international/film/walking-with-animators)[4](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html)

Les films évoqués par les 70 intervenants dureront probablement plus longtemps que certaines méthodes de fabrication, car on peut restaurer la copie, rééditer le Blu-ray ou remettre le long métrage en ligne. La manière de corriger la pose ou de préparer la marionnette disparaît plus facilement quand la personne qui la pratique ne travaille plus auprès de quelqu'un qui peut l'apprendre.

Pour regarder ce documentaire à la bonne échelle, mieux vaut oublier l'idée d'une histoire définitive de l'animation : c'est un gros paquet de savoir oral, capturé pendant que techniques, studios et générations continuent déjà de bouger.

## References

1. [Frenetic Arts, « Walking With Animators » — présentation officielle du film et casting](https://www.freneticarts.com/walking-with-animators-2/)
2. [Festival d'Annecy, « Walking with Animators », sélection Annecy Classics 2026](https://www.annecyfestival.com/en/the-festival/official-selection/feature-films/2026-annecy-classics/walking-animators)
3. [Le Pacte, « Walking with Animators » — fiche internationale](https://le-pacte.com/international/film/walking-with-animators)
4. [Cartoon Brew, « Walking With Animators Debuts At Annecy With 70+ Interviews », juin 2026](https://www.cartoonbrew.com/documentary-2/walking-with-animators-trailer-annecy-262976.html)
5. [3DVF, entretien avec Alexandre Poncet sur huit ans de production et la construction du documentaire](https://3dvf.com/en/redaction/walking-with-animators-8-years-of-work-dozens-of-interviews-and-a-must-watch-documentary-at-annecy/)
