Kwazi voulait d’abord créer une identité inspirée de Kolkata.

Le studio a donc commencé à regarder les lettres déjà présentes dans la ville : enseignes peintes, vitrines, panneaux, graffitis, logos, bus, façades de restaurants et institutions.1

Puis la recherche a pris le dessus sur le projet de branding.

Type Around Town est devenu une archive visuelle autonome, un livre et une série d’objets construits à partir de cette collecte.1

C’est une bonne méthode de design précisément parce qu’elle commence par ne rien dessiner.

Une ville produit déjà son propre système graphique

Le site de Type Around Town présente les rues de Kolkata comme une archive vivante de formes qui n’ont jamais été coordonnées entre elles.1

Une enseigne commerciale répond à un budget, un peintre, un mur et une époque. Un bus doit rendre une route lisible. Un vieux restaurant conserve un lettrage parce qu’il est devenu reconnaissable. Un graffiti ajoute une autre couche. L’ensemble ne forme pas une charte graphique, mais il forme malgré tout une identité locale.

Kwazi explique avoir commencé cette recherche pendant un projet où le studio cherchait une représentation typographique de Calcutta. La collecte est ensuite devenue une obsession assez riche pour produire plusieurs versions du document.1

Le projet revendique plus d’un siècle de formes observées dans la ville, sans prétendre que chaque lettre appartient à un seul style.1

C’est justement le sujet : la diversité est la donnée.

Photographier avant de normaliser

La tentation classique, face au vernaculaire, consiste à extraire rapidement quelques motifs puis à les nettoyer.

Type Around Town fait un détour plus long. Le studio cherche à conserver les espaces, les signes et les établissements avec leur contexte. La publication mélange typographie peinte à la main, signalétique de transport, reliques coloniales, artefacts rétro et portraits de lieux.1

It’s Nice That a remis le projet en avant cette semaine en insistant sur cette attention aux formes quotidiennes qui entourent les habitants sans être nécessairement regardées comme du design.2

Le résultat n’est donc pas un catalogue de « jolies lettres de rue ». Il relie les formes à leurs usages et aux lieux qui les ont gardées.

Les objets dérivés viennent après l’archive

Une partie des signes collectés a ensuite été redessinée et transformée en objets que l’on peut emporter : vêtements et autres produits autour de Type Around Town.1

Cette étape pourrait facilement réduire une archive locale à un moodboard commercial. Mais l’ordre du processus change la lecture.

Le studio n’est pas parti d’une collection de produits pour chercher ensuite un folklore graphique qui la justifie. Il est parti d’années de collecte, puis a choisi certains fragments à réinterpréter.

C’est un détail de méthode assez important pour n’importe quel designer qui travaille avec une culture visuelle existante.

Une archive de studio n’est pas un musée

Kwazi assume que le regard est celui d’une organisation de design. Type Around Town n’est pas présenté comme un recensement académique exhaustif de la typographie bengalie ou de l’histoire de Kolkata.1

Cette limite est saine.

Une archive située peut être utile sans prétendre devenir l’autorité définitive sur ce qu’elle documente. Elle dit qui regarde, depuis quel métier et avec quelles obsessions.

Le projet devient alors réutilisable comme méthode : choisir une rue, un objet, une pratique ou un quartier; photographier avant d’interpréter; noter l’usage et le contexte; laisser les exceptions s’accumuler; seulement ensuite chercher les motifs.

Le design peut commencer par l’attention

Dans beaucoup de briefs, le designer est payé pour produire quelque chose de nouveau rapidement.

Type Around Town rappelle qu’une étape de création peut consister à retarder cette production.

Avant de chercher la police qui « évoque Kolkata », le studio a regardé comment Kolkata écrivait déjà son propre nom sur ses murs, ses bus et ses commerces.1

Cette différence évite un raccourci fréquent : remplacer une culture visuelle complexe par trois références propres et cohérentes.

Les rues, heureusement, sont moins disciplinées qu’un design system.

C’est peut-être pour ça qu’elles sont une meilleure source.