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title: "Vingt-quatre colonies de bactéries pour additionner deux bits"
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category: "tech"
tags: ["biologie synthétique", "MIT", "bactéries", "circuits génétiques", "agriculture"]
published_at: "2026-08-25T17:30:00.000Z"
author: "Arthur Lacoste"
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# Vingt-quatre colonies de bactéries pour additionner deux bits

Le MIT imprime des colonies de bactéries comme des composants électroniques : deux transistors, trois relais. Le calcul se reprogramme en changeant le motif d'impression, sans toucher à l'ADN.

Deux boîtes de Pétri posées sur un fond bleu nuit. À leur surface, des colonies de bactéries jaunes dessinent des motifs : des flèches, des grilles, des chemins qui bifurquent comme des pistes de circuit imprimé. L'image vient du service de presse du MIT, mais l'objet est réel. Chaque point a été déposé par un distributeur acoustique sur de l'agar, à environ cinq millimètres de sa voisine, puis l'ensemble a poussé pendant sept jours pour devenir un circuit qui calcule.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

Le 17 août 2026, l'équipe de Christopher Voigt, chef du département de génie biologique du MIT, publie dans *Nature Chemical Biology* la description de ces « cartes de circuits vivantes ».[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3) Cinq souches de la bactérie *Pantoea agglomerans* : deux transistors, trois relais. Avec ces cinq composants imprimés différemment, les chercheurs ont réalisé de la logique multi-entrées, un démultiplexeur et des additionneurs binaires.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

« Sur le plan du calcul, il n'y a rien que votre iPhone sache faire que ces circuits ne puissent pas faire », résume Voigt (traduit de l'anglais).[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) La phrase mérite d'être posée à côté de ses chiffres : chaque opération prend environ huit heures, le circuit fonctionne environ trois jours, et le plus grand assemblage publié relie vingt-quatre colonies.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)[3](https://gizmodo.com/these-transistors-engineered-with-bacteria-are-literally-alive-if-a-little-slow-2000801155) L'iPhone dort tranquille.

Mais la phrase raconte autre chose que la course de vitesse. Ce que l'équipe a construit n'est pas un ordinateur lent. C'est une autre manière de programmer le vivant : au lieu d'enfermer un circuit complet dans une cellule, le MIT fabrique des cellules-composants et décide du calcul en les imprimant au bon endroit. Entre deux machines, l'ADN ne change pas. Le motif, si.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)

## Deux transistors, trois relais

Un transistor électronique ne sait presque rien faire. Selon la tension présente sur sa grille, il laisse passer ou bloque un courant. Point. Tout le reste, additionner, mémoriser, exécuter un programme, est affaire d'assemblage, et un processeur moderne en empile des milliards.

La version biologique du MIT repose sur le même minimalisme, avec des molécules à la place des électrons. Chaque souche « transistor » de *Pantoea agglomerans* porte un interrupteur génétique piloté par une petite molécule signal, l'OC-6. Quand l'interrupteur est en position active, la cellule surveille une seconde molécule, l'OC-12. Selon la combinaison des deux, interrupteur ouvert ou fermé, cible présente ou absente, la colonie produit ou ne produit pas une molécule de sortie baptisée OHC-14.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

Il en faut deux variantes pour faire de la logique. Le transistor dit de type N s'active quand l'OC-6 arrive ; le type P fait exactement l'inverse et se coupe dans le même cas.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) Les électroniciens reconnaîtront le duo : c'est le vocabulaire des familles logiques à transistors complémentaires, où un réseau N et un réseau P se répondent pour décider d'un état.

Le papier nomme d'ailleurs l'architecture empruntée : la logique à transistors passifs, *pass transistor logic* (PTL), une famille de conception documentée depuis les années 1990 pour réaliser des fonctions avec moins de transistors que la logique CMOS classique.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)[4](https://doi.org/10.1109/4.597298) Dans la PTL, le transistor n'amplifie pas le signal, il le laisse passer ou le bloque selon une condition. Le composant ne « calcule » pas. Il conditionne un passage.

Pourquoi emprunter précisément celle-là ? Parce que son économie de moyens correspond au coût réel du vivant. En électronique, la PTL permet de bâtir des fonctions avec moins de transistors, donc moins de surface et d'énergie.[4](https://doi.org/10.1109/4.597298) En biologie de synthèse, chaque composant supplémentaire dans une cellule coûte des mois d'ingénierie et une charge métabolique permanente. Une architecture qui valorise le composant minimal est, littéralement, la moins chère à faire pousser.

Le papier ouvre d'ailleurs sur un constat que la biologie connaît bien : les formes et fonctions multicellulaires sont pilotées par la communication entre cellules et par le calcul collectif.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3) Les bactéries se parlent depuis toujours, avec des molécules diffusées pour compter leurs effectifs et coordonner leurs comportements. L'équipe n'a pas inventé le canal ; elle a imposé une grammaire d'ingénieur à un réseau de communication qui existait déjà.

Transposé au vivant, ce renoncement devient une force. Une cellule qui n'a pas à contenir la logique du circuit n'a besoin que d'un mécanisme simple : détecter, relayer. Et une cellule simple, on peut la dupliquer, la déposer et l'arranger autrement à chaque essai.

> Carte de circuit vivante
> **Cinq composants, zéro ADN retouché**
> - transistors (types N et P) encodés dans P. agglomerans: 2
> - souches relais qui convertissent la diffusion en flux unidirectionnel: 3
> - colonies du plus grand circuit publié, un demi-additionneur: 24
> - modification génétique nécessaire pour changer d'opération: 0
> Source : Doosthosseini, Chen & Voigt, Nature Chemical Biology, 2026

## Le fil chimique

Restait le problème du câblage. Dans une puce, les fils sont gravés. Dans une boîte de Pétri, une colonie qui produit une molécule la diffuse dans toutes les directions, comme une goutte d'encre dans l'eau. Comment faire aller un signal d'un composant au suivant sans arroser tout le plateau ?

La réponse tient dans les trois autres souches, des relais. Un relais capte l'OHC-14 émis par un transistor et le convertit en molécule d'entrée pour le composant suivant. Le papier les décrit comme convertissant la diffusion moléculaire en flux unidirectionnel.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3) Concrètement, le signal avance d'étage en étage au lieu de s'étaler en tache.

La géométrie fait le reste. Les colonies sont imprimées à environ cinq millimètres les unes des autres : assez près pour que la molécule atteigne la voisine, assez loin pour qu'elle ne saute pas par-dessus.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) Le sens unique vient de l'agencement des relais, pas d'une barrière physique.

Et l'impression ? Un distributeur acoustique, le même type de machine qui dépose des nanolitres dans les plaques de laboratoire, dépose les colonies selon un motif dessiné à l'avance.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3) On change le motif, on change la machine. « Nous avons construit des composants d'architecture initiaux couramment utilisés, mais n'importe quelle opération peut être construite avec ces cinq souches », dit Hamid Doosthosseini, premier auteur du papier (traduit de l'anglais).[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

C'est le déplacement le plus intéressant de ce travail, et il est facile de passer à côté. Depuis quinze ans, changer un calcul biologique signifiait refaire de la biologie : cloner, assembler, transformer des cellules. Ici, les cinq souches forment un stock de composants fixes. Le programme, c'est le plan d'impression.

Le mot « imprimé » ne doit pas non plus faire illusion. L'objet ne sort pas fini d'une machine : le distributeur dépose des points microscopiques de bactéries, puis le circuit devient lui-même en poussant, pendant une semaine.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) La fabrication et la croissance sont ici la même opération, ce qui change tout pour qui imagine une production : on ne fabrique pas ces circuits, on les cultive.

> **Comment un signal traverse la carte vivante**
> Schéma du trajet du signal : entrées moléculaires OC-6 et OC-12, transistor de type N ou P, sortie OHC-14, puis relais vers la colonie suivante
> - Comment un signal traverse la carte vivante
> - OC-6 · OC-12
> - entrées moléculaires
> - Transistor
> - type N ou P
> - OHC-14
> - molécule de sortie
> - Relais
> - étage suivant
> - Colonies imprimées à ~5 mm : la molécule atteint la voisine, pas au-delà. Les relais imposent le sens unique.
> Le trajet d'un signal dans un circuit bactérien imprimé : chaque étage ne fait que conditionner le passage vers le suivant.

## Trop pour une cellule

Pour comprendre pourquoi l'équipe a renoncé à la cellule unique, il faut regarder ce qui coince dans l'approche classique. La biologie synthétique sait construire des circuits génétiques : on empile dans une même bactérie des capteurs et des facteurs de transcription qui s'activent l'un l'autre jusqu'à produire la sortie voulue. Ça marche pour quelques portes. Au-delà, deux murs reviennent toujours, rappelés par l'article du MIT : les facteurs de transcription utilisables sont en nombre fini et se brouillent mutuellement, le fameux crosstalk, et chaque circuit supplémentaire surcharge la machinerie cellulaire qui fabrique les protéines.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

L'histoire du domaine est d'ailleurs une suite de contournements. En 2011, l'équipe de Voigt imprimait déjà des souches d'*E. coli* porteuses de portes NOR sur une boîte de Pétri et laissait la diffusion faire le câblage : du calcul multicellulaire, mais avec des portes qu'il fallait redessiner génétiquement pour chaque architecture.[5](https://www.nature.com/articles/nature09565) Une autre tentative avait marqué 2013 : des portes logiques « amplificatrices » conçues pour se comporter comme des transistors au sein d'une même cellule, capables de restaurer un signal génétique au lieu de le laisser dégrader.[6](https://www.science.org/doi/10.1126/science.1232758) Le vocabulaire électronique était là ; la complexité atteignable restait prisonnière de la cellule hôte. En 2016, le langage de conception Cello a automatisé la construction de circuits dans une cellule unique, un compilateur, mais toujours limité par la capacité d'une seule cellule.[7](https://www.science.org/doi/10.1126/science.aac7341) L'an dernier, une fonction de hachage 2 bits a été répartie sur 66 cellules communicantes : la complexité monte, au prix d'un zoo de souches spécialisées.[9](https://www.nature.com/articles/s41589-024-01730-1)

Le mot « transistor » voyage d'ailleurs bien au-delà de la biologie : en 2023, une équipe a publié dans *Nature* un transistor microfluidique qui contrôle automatiquement des écoulements de liquides.[8](https://www.nature.com/articles/s41586-023-06517-3) Quand une métaphore essaime dans des matériaux aussi différents que le silicium, les canaux de fluide et l'agar, c'est souvent le signe qu'elle décrit un besoin réel : conditionner le passage d'un signal avec le moins de matière possible.

La proposition de 2026 est plus radicale : figer les composants, libérer le plan. Cinq types de cellules, chacun avec une fonction simple et stable, et toute la variabilité déplacée vers la géométrie. Le papier résume l'idée en une phrase : cinq types cellulaires, chacun encodant une opération simple, suffisent à construire des opérations de calcul complexes.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)

Je trouve ce déplacement plus important que la démonstration elle-même. Un additionneur binaire, n'importe quel étudiant en électronique sait en dessiner un. Une bibliothèque de composants vivants réutilisables, reprogrammable à la pipette, c'est ce qui manquait au domaine pour passer de la pièce unique au système.

## Vingt-quatre colonies

Alors, qu'est-ce que ça calcule, concrètement ? Le papier documente des portes logiques multi-entrées, des portes OR et IMPLY, un démultiplexeur 1-vers-4 qui aiguille un signal d'entrée vers l'une des quatre sorties selon un signal de contrôle, puis un demi-additionneur et un additionneur complet.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) Le démultiplexeur vaut une seconde de regard. Aiguiller un signal vers l'une de plusieurs destinations, c'est la brique de l'adressage. Sans routage, un circuit ne fait que réagir. Avec, il commence à organiser l'information.

Le plus grand circuit publié est le demi-additionneur : vingt-quatre colonies reliées, capables d'additionner deux entrées binaires et de sortir à la fois la somme et la retenue.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) Vingt-quatre colonies, huit heures par opération, pour une addition d'un bit. La comparaison avec n'importe quel processeur des années 1970 est humiliante, et l'équipe l'assume : personne ici ne court après la vitesse.

> **Ce que coûte le calcul vivant**
> - par opération : le temps de la diffusion moléculaire et de la réponse génétique: 8 h
> - de fonctionnement avant que la croissance des colonies ne dérègle la géométrie: ~3 jours
> - dans le plus grand circuit publié, un demi-additionneur: 24 colonies
> - de pousse avant que le circuit imprimé ne soit complet: 7 jours
> Sources : MIT News ; Gizmodo ; Nature Chemical Biology, 2026

Le rythme s'explique mécaniquement. Les molécules voyagent par diffusion, à l'échelle du millimètre. La réponse d'une colonie passe par la transcription puis la traduction génétiques : des minutes à des heures, pas des nanosecondes.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) Et le circuit est vivant au sens plein du terme. Les colonies poussent, changent de taille, se disputent le substrat. Gizmodo relève que l'ensemble fonctionne environ trois jours avant que la géométrie ne se dérègle.[3](https://gizmodo.com/these-transistors-engineered-with-bacteria-are-literally-alive-if-a-little-slow-2000801155) Une puce en silicium vieillit en décennies ; celle-ci en jours.

La boîte de Pétri reste pourtant un environnement calme : température stable, nourriture homogène, zéro concurrent sauvage. C'est le meilleur cas possible, et le papier ne prétend pas le contraire.

## Une bactérie déjà là

Le choix de l'organisme vaut une pause, parce qu'il dit beaucoup de l'ambition réelle. *Pantoea agglomerans* n'est pas l'*E. coli* de laboratoire, l'organisme par défaut de la discipline. C'est une bactérie qui vit déjà là où l'équipe veut un jour envoyer ses circuits : à la surface des plantes.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

La littérature la décrit comme un habitant banal du phyllosphère, la surface des feuilles, ainsi que des racines et des sols. La souche 299R, modèle d'étude de l'écologie des feuilles depuis des années, a été isolée sur un poirier de Californie.[10](https://doi.org/10.1093/femsre/fuv027)[11](https://leveau.ucdavis.edu/wp-content/uploads/sites/220/2015/05/RemusEmsermann2013.pdf) Son génome raconte cette vie de surface : gènes de réparation de l'ADN abîmé par les ultraviolets, osmoprotecteurs comme la bétaïne et le tréhalose contre la dessiccation, capture à haute affinité des sucres que la feuille laisse fuir.[11](https://leveau.ucdavis.edu/wp-content/uploads/sites/220/2015/05/RemusEmsermann2013.pdf) Une bactérie déjà équipée pour survivre là où une feuille fait l'enfer, soleil et soif compris. Le genre *Pantoea* regroupe des dizaines d'écotypes à colonies jaunes, avec une double réputation bien documentée.[10](https://doi.org/10.1093/femsre/fuv027)

D'un côté, des alliées agricoles anciennes. Plusieurs souches de *P. agglomerans* sont des agents de biocontrôle commercialisés : la P10c protège poiriers et pommiers du feu bactérien, une souche voisine de *Pantoea vagans* est vendue sous le nom de BlightBan, et ces bactéries produisent leurs propres antibiotiques dirigés contre les pathogènes des plantes.[12](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1049964424000033) De l'autre, des souches pathogènes : certaines portent une île de pathogénicité qui leur permet de former des tumeurs végétales, et des infections humaines opportunistes existent, restées rares et concentrées sur des personnes déjà fragiles.[12](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1049964424000033)[13](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9610544/) Une revue de 2024 insiste sur ce point : distinguer les souches bénéfiques des souches dangereuses est une condition d'usage agricole.[12](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1049964424000033)

Autrement dit, si un jour des circuits calculants doivent enrober des racines, l'équipe part d'un organisme que l'agriculture connaît, cultive déjà à l'échelle et encadre depuis des années. C'est un choix d'ingénieur : reprendre une pièce que l'environnement cible a déjà mise à l'épreuve.

## La nuit d'un champ

L'application racontée par les chercheurs tient en une image : un biofilm calculant sur des racines ou des feuilles, qui détecte une condition, sécheresse, attaque de ravageurs, présence d'un champignon, puis déclenche une réponse, par exemple la synthèse d'un fongicide.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

Le défaut fatal de ces circuits en informatique devient ici l'argument central. « Nous n'essayons pas de remplacer les ordinateurs, mais de mettre le contrôle calculatoire dans la biologie, dit Voigt. Si vous avez des bactéries à la racine d'une plante, ou que la plante elle-même fait le calcul, un calcul simple qui tourne pendant la nuit est assez rapide par rapport à une saison de croissance. » (traduit de l'anglais)[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)

Huit heures face à une saison. La lenteur change de catégorie : elle n'est plus un défaut de performance, c'est une horloge compatible avec celle du vivant qu'elle observe. Un circuit qui réagirait en une milliseconde n'aurait rien à dire à un champ.

Concrètement, les entrées restent à construire. Le papier démontre la mécanique de calcul avec des molécules de laboratoire, l'OC-6 et l'OC-12, pas des capteurs de sécheresse ou d'insectes.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) La promesse agricole suppose d'abord d'écrire des capteurs fiables pour les signaux d'un champ, puis de les brancher sur cette logique. C'est faisable en principe, la discipline sait construire des capteurs moléculaires ; ce n'est pas fait pour cet hôte ni pour ces usages.

Il faut lire cette vision pour ce qu'elle est : un programme de recherche, pas un résultat. Le papier de 2026 démontre des opérations logiques dans une boîte de Pétri. Aucune expérience sur plante n'y figure.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3) La distance reste entière.

## La distance au champ

Cette distance se mesure en chantiers, et le premier est la lecture. Un circuit qui calcule sous terre ne sert à rien si sa sortie reste invisible. Le même labo a montré en 2025 une réponse élégante à ce problème : des bactéries modifiées pour produire des molécules au spectre lumineux unique, la biliverdine chez une bactérie du sol, une bactériochlorophylle chez une autre, lisibles par caméra hyperspectrale jusqu'à 90 mètres, caméra montée sur un drone.[14](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411)[15](https://www.nature.com/articles/s41587-025-02622-y) Pour les choisir, l'équipe avait criblé par calcul quantique les signatures spectrales d'environ 20 000 molécules naturelles, en cherchant celles qui se détectent de loin avec le moins d'enzymes à transplanter.[14](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411)

Capteur, calcul, lecture : la pile se reconstitue pièce par pièce, dans des papiers séparés. Ce qui n'existe pas encore, c'est l'assemblage, et l'environnement réel.

Lors des tests de 2025, les capteurs étaient d'ailleurs déployés en boîtes fermées, dans des champs, des déserts ou sur des toits, précisément pour rester confinés.[14](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411) « Ce qui est sympa avec cette technologie, c'est qu'on peut brancher le capteur que l'on veut », résumait Yonatan Chemla, postdoctorant du labo (traduit de l'anglais).[14](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411) Arsenic, nutriments du sol, et, évoquée par l'équipe, la détection de mines terrestres : la liste des entrées possibles reste ouverte.

> Illustration: Vue aérienne d'un champ agricole avec, en médaillon, des bactéries émettant un signal lumineux. En 2025, le même labo a rendu des signaux bactériens lisibles par drone jusqu'à 90 mètres : la brique de lecture de la pile visée. Credit: [Jose-Luis Olivares, MIT / iStock](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411).

Le deuxième chantier est le reste : dissémination, confinement, régulation. Pour les capteurs bactériens de 2025, l'équipe discutait déjà avec l'EPA et le ministère américain de l'Agriculture des questions à trancher avant tout déploiement en plein champ.[14](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411) Les circuits de 2026, eux, vivent encore en boîte. Et le financement du papier vient de la DARPA et de l'IARPA, l'agence américaine de renseignement.[2](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817) On peut y lire une trajectoire qui ne passe pas forcément par le fongicide : des bactéries qui détectent, calculent et signalent intéressent d'abord la surveillance environnementale. C'est une inférence, pas une affirmation des auteurs, mais les logos des financeurs ne servent rarement de décor.

Le titre de Dezeen, « programmer les plantes pour l'autodéfense », prolonge d'ailleurs la vision des chercheurs plus qu'il ne décrit le papier.[16](https://www.dezeen.com/2026/08/20/mit-engineers-bacteria-transitors/) La formule est belle. Le résultat démontré tient dans une boîte de Pétri, et c'est déjà beaucoup.

## Le motif est le programme

Le réflexe face à un « ordinateur vivant » consiste à chercher la performance : combien d'opérations, à quelle vitesse. Ce papier déplace la question. La performance reste dérisoire, huit heures par opération, trois jours de vie, vingt-quatre colonies. Ce qui a progressé, c'est la reconfiguration : cinq composants génétiques figés, une infinité de motifs, zéro modification d'ADN entre deux machines.[1](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)

Pour les labos, la conséquence est immédiate : tester un nouveau calcul devient une affaire de plan d'impression, pas de clonage. L'équipe publie d'ailleurs ses outils d'analyse de circuits sur GitHub.[17](https://github.com/VoigtLab/Living_circuit_boards) Le compilateur, ici, est une pipette acoustique.

La prochaine étape qui comptera n'est pas un additionneur de quatre bits. C'est le premier circuit imprimé qui quitte l'agar : sur une racine, dans un sol réel, avec des molécules qui ne sont pas déposées à cinq millimètres près. Ce jour-là, la question ne sera plus « est-ce que ça calcule ». Elle sera : qui décide de ce que la plante calcule ?

## References

1. [Doosthosseini, H., Chen, H. & Voigt, C. A., « Living circuit boards built by printing bacterial transistors », Nature Chemical Biology, 17 août 2026](https://www.nature.com/articles/s41589-026-02300-3)
2. [MIT News, « MIT engineers connect bacteria to create living transistors », 17 août 2026](https://news.mit.edu/2026/mit-engineers-connect-bacteria-to-create-living-transistors-0817)
3. [Gizmodo, « These Transistors Engineered With Bacteria Are Literally Alive, if a Little Slow », 20 août 2026](https://gizmodo.com/these-transistors-engineered-with-bacteria-are-literally-alive-if-a-little-slow-2000801155)
4. [Zimmermann, R. & Fichtner, W., « Low-power logic styles: CMOS versus pass-transistor logic », IEEE Journal of Solid-State Circuits, 1997](https://doi.org/10.1109/4.597298)
5. [Tamsir, A., Tabor, J. J. & Voigt, C. A., « Robust multicellular computing using genetically encoded NOR gates and chemical wires », Nature, 2011](https://www.nature.com/articles/nature09565)
6. [Bonnet, J., Yin, P., Ortiz, M. E., Subsoontorn, P. & Endy, D., « Amplifying genetic logic gates », Science, 2013](https://www.science.org/doi/10.1126/science.1232758)
7. [Nielsen, A. A. et al., « Genetic circuit design automation », Science, 2016](https://www.science.org/doi/10.1126/science.aac7341)
8. [Gopinathan, K. A. et al., « A microfluidic transistor for automatic control of liquids », Nature, 2023](https://www.nature.com/articles/s41586-023-06517-3)
9. [Padmakumar, J. P. et al., « Partitioning of a 2-bit hash function across 66 communicating cells », Nature Chemical Biology, 2025](https://www.nature.com/articles/s41589-024-01730-1)
10. [Walterson, A. M. & Stavrinides, J., « Pantoea: insights into a highly versatile and diverse genus within the Enterobacteriaceae », FEMS Microbiology Reviews, 2015](https://doi.org/10.1093/femsre/fuv027)
11. [Remus-Emsermann, M. et al., « Draft Genome Sequence of the Phyllosphere Model Bacterium Pantoea agglomerans 299R », Genome Announcements, 2013](https://leveau.ucdavis.edu/wp-content/uploads/sites/220/2015/05/RemusEmsermann2013.pdf)
12. [Biological Control, « The plant-associated Pantoea spp. as biocontrol agents: mechanisms and diversity of bacteria-produced metabolites », 2024](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1049964424000033)
13. [Microorganisms, « Opposite Sides of Pantoea agglomerans and Its Associated Characteristics », 2022](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9610544/)
14. [MIT News, « Engineered bacteria emit signals that can be spotted from a distance », 11 avril 2025](https://news.mit.edu/2025/engineered-bacteria-emit-signals-spotted-from-distance-0411)
15. [Chemla, Y., Levin, I. et al., « Hyperspectral reporters for long-distance and wide-area detection of gene expression in living bacteria », Nature Biotechnology, 2025](https://www.nature.com/articles/s41587-025-02622-y)
16. [Dezeen, « MIT researchers engineer bacteria that could program plants for self-defence », 20 août 2026](https://www.dezeen.com/2026/08/20/mit-engineers-bacteria-transitors/)
17. [VoigtLab, « Living_circuit_boards », outils d'analyse des circuits, GitHub](https://github.com/VoigtLab/Living_circuit_boards)
