SourceHut aurait pu écrire « pas de LLM » et fermer le ticket. À la place, son billet du 27 août passe plusieurs paragraphes à expliquer des cas qui restent permis, ceux qui ne le seront plus et ceux qu’il ne compte même pas chercher.
Premier cas : vous pourrez encore utiliser un LLM en privé pour relire votre travail, poser des questions ou chercher un problème de sécurité. Si vous écrivez ensuite vous-même le code, ce cas reste compatible avec la politique.1
Puis vient la ligne rouge. Code, assets, tickets, emails : dès qu’un LLM participe à leur production, SourceHut annonce qu’ils ne pourront plus constituer le contenu original d’un projet hébergé.1 Même sort pour les logiciels dont la fonction est d’intégrer ou de faciliter directement la génération.
La question pratique n’est donc pas de savoir si un chatbot a été ouvert quelque part dans la journée. SourceHut s’intéresse à la manière dont a été produit l’artefact qu’on lui confie comme travail original.
Pas encore active
Au 28 août, la page publique des conditions n’a pas encore bougé. Elle affiche toujours l’ancienne liste de contenus interdits : contenu sexuel explicite, malware dans certains cas, violation de droits, cryptomonnaies, etc.2 La nouvelle ligne sur les LLM n’y apparaît pas encore.
SourceHut annonce son entrée en vigueur le 10 septembre 2026 pour les nouveaux projets, après son délai habituel de deux semaines.1 Il faut donc parler d’une modification annoncée, pas d’une interdiction déjà inscrite dans la version publique actuelle.
La clause annoncée tient en peu de mots, mais le billet l’élargit immédiatement par des exemples : utiliser l’IA pour produire ou assister la production du code, des assets, des tickets ou des emails ne sera plus accepté.1
Autrement dit, regarder seulement l’historique Git ne suffira pas. Un outil codé à la main peut rester hors périmètre acceptable si son produit consiste précisément à faire fonctionner de l’IA générative.1
Les bots restent
Le texte actuel rend aussi impossible une lecture trop rapide du genre « SourceHut bannit les machines ».
Un compte peut déjà être piloté par un processus automatisé dès lors qu’un humain a effectué l’inscription initiale.2 Les accès automatisés en masse sont également permis dans certains cas, notamment l’archivage et la recherche ouverte, avec des règles sur robots.txt, le rythme des requêtes et l’usage des données.2
Une limite est toutefois déjà explicite : ces outils automatisés ne peuvent pas collecter les données SourceHut pour entraîner un modèle de machine learning.2
En avril 2025, cette bataille avait déjà une forme très concrète : Anubis devant certaines routes pour arrêter les crawlers LLM agressifs. et rappelait que la plateforme ne voulait pas fournir en masse les données confiées par ses utilisateurs pour des usages commerciaux ou d’entraînement.3
Jusqu’ici, la limite visible concernait surtout ce qu’un acteur pouvait aspirer hors de la forge. La règle annoncée s’occupe maintenant de ce qu’un projet peut y déposer comme travail original.
Le cas Linux
Le mot le plus chargé de la nouvelle phrase est « original ».
SourceHut explique qu’un miroir du noyau Linux peut continuer à être hébergé même si le projet Linux global accepte des pratiques LLM que SourceHut juge trop permissives.1 L’hébergeur ne prétend donc pas qu’un octet devenu impur par contact avec une IA doit être effacé de ses disques.
Un développeur peut aussi héberger son arbre personnel et préparer des patches ; un sous-système avec une politique interne compatible peut utiliser SourceHut. En revanche, SourceHut dit que l’upstream Linux global ne serait pas adapté comme projet principal hébergé sur la plateforme avec sa politique actuelle.1
Une forge n’est pas seulement une étagère de fichiers. Elle peut servir de miroir, de table de travail ou de maison principale à un projet. La nouvelle règle s’intéresse surtout à ce dernier cas.
Aucun détecteur
Évidemment, aucune clause ne répond magiquement à la question la plus pénible : une fonction de quarante lignes vient-elle d’une personne, d’une complétion, d’un chatbot puis de trois retouches humaines ?
SourceHut répond en refusant le problème technique lui-même. L’entreprise annonce qu’elle ne déploiera aucun outil automatique de détection et ne cherchera pas activement les usages cachés.1
SourceHut promet donc quelque chose de beaucoup moins spectaculaire qu’une police automatisée : examen ponctuel, contexte, exceptions possibles. L’hébergeur dit s’appuyer sur le même type de confiance qu’il utilise déjà pour son aide financière : l’utilisateur déclare sa situation, SourceHut n’exige pas un dossier de preuves pour chaque cas.1
Si quelqu’un ment et que l’usage est découvert, cette présomption de bonne foi disparaît et le compte peut être suspendu.1
Ce mécanisme est moins mécanique qu’un quota de stockage. Mais il évite un autre chantier : construire un scanner, enquêter sur chaque commit, gérer les faux positifs et transformer chaque style un peu régulier en pièce à conviction.
La responsabilité change alors de côté. SourceHut ne promet pas de prouver l’origine de chaque ligne ; le projet est censé connaître sa propre pratique et agir en conséquence. Mentir casse la relation de confiance.
Codeberg dose autrement
SourceHut cite directement Codeberg, qui a annoncé ses propres restrictions en juillet.14 Le diagnostic se recoupe largement : crawlers voraces, CI et stockage consommés par des projets sans vraie communauté, charge de maintenance, licences, confiance entre contributeurs.14
La frontière opérationnelle n’est pourtant pas la même.
Codeberg explique dans ses premières lignes directrices qu’un petit side-project généré par LLM mais consommant très peu de ressources peut probablement être toléré. À l’inverse, les projets autonomes, massivement écrits par LLM, très consommateurs ou directement liés à l’écosystème LLM sont les cas que la forge ne veut plus soutenir.4
SourceHut annonce une règle plus catégorique sur le contenu original : même un patch peu coûteux tombe du mauvais côté s’il a été produit ou co-produit par l’outil génératif.1 Dans le même temps, la consultation privée reste possible.
C’est là que les deux politiques cessent d’être interchangeables. Une forge ne rédige pas seulement un avis sur la qualité moyenne du code généré. C’est une décision sur quels coûts et quelles pratiques la communauté accepte de mutualiser.
Partir reste prévu
SourceHut ne prévoit pas de purge rétroactive. Un projet qui a déjà utilisé l’IA peut rester s’il adopte pour son développement futur une politique compatible.1
Ceux qui veulent continuer à faire produire leur code ou leurs autres artefacts par des outils génératifs doivent migrer. Il n’y a pas de deadline rigide annoncée pour ces projets, mais SourceHut demande qu’un plan viable soit préparé rapidement.1
La migration n’est pas laissée comme menace abstraite. SourceHut est libre et auto-hébergeable, donc un projet peut monter sa propre instance ; le billet propose également Forgejo, Mailman ou des plateformes propriétaires selon le workflow recherché.1 Le modèle économique historique de SourceHut repose précisément sur le fait de vendre l’hébergement d’un logiciel qui reste libre, plutôt que de fermer la plateforme pour retenir ses clients.5
Migrer reste du travail, évidemment. Mais un hébergeur qui publie son propre code laisse au moins la possibilité de conserver l’outil tout en refusant sa règle sociale.
La règle est sociale
Le texte ne prétend pas résoudre la vieille bagarre sur l’auteur, l’originalité ou le pourcentage d’assistance qui ferait soudain d’un outil un co-auteur. SourceHut laisse volontairement une marge d’interprétation et annonce une application au cas par cas.1
Le résultat est plus modeste : le texte dit où SourceHut place la responsabilité.
Le crawler qui aspire le commons pour entraîner un modèle est déjà hors limite. Le développeur qui consulte un LLM en privé peut rester. L’artefact original co-produit par ce LLM ne pourra plus devenir l’upstream SourceHut. Et l’hébergeur ne tentera pas de deviner cela avec un score probabiliste : il demande aux utilisateurs de le déclarer par leur comportement.
C’est moins une technologie anti-IA qu’un contrat d’admission.
Et, pour une forge, décider qui et quoi elle veut héberger a toujours été une partie du produit.