Un tracker solaire peut connaître la trajectoire du Soleil, calculer l’angle attendu et déplacer son panneau. Celui de Julián Caro Linares fait quelque chose de beaucoup plus démonstratif : il regarde partout.

Deux petits servomoteurs font parcourir au panneau une grille d’orientations. À chaque arrêt, l’Arduino mesure directement la sortie du panneau ainsi que la lumière infrarouge. La meilleure valeur devient la nouvelle position de travail.1

Dans le sketch publié, un balayage complet passe par 135 points de mesure. Pour quelques volts, c’est franchement beaucoup de mouvement ; pour observer la logique d’un tracker, en revanche, cette lenteur devient presque une qualité.

135 positions

Deux axes suffisent à fabriquer cette grille : 15° à 155° horizontalement, 5° à 90° verticalement, toujours par pas de 10°. Quinze positions multipliées par neuf donnent les 135 couples testés.1

Le programme ne saute pas brutalement d’un point au suivant. Il déplace les servos degré par degré, attend ensuite 300 ms pour laisser la structure cesser de vibrer, puis lit la tension du panneau sur une entrée analogique et la valeur infrarouge du Modulino Light. Le scan progresse en serpentin : une colonne monte, la suivante redescend, ce qui évite de revenir systématiquement au même bord.1

Les pauses de stabilisation représentent à elles seules 40,5 secondes ; les servos ajoutent ensuite leur propre temps de trajet. Autrement dit, le panneau ne gigote pas en permanence : il prend son temps, remplit sa carte, garde le maximum en mémoire et revient dessus.

C’est aussi plus instructif qu’un tracker basé sur quatre photorésistances autour d’une petite cloison. Ici, la carte complète des valeurs peut être affichée. On voit littéralement quelles zones du ciel donnent plus ou moins de tension.

Deux cerveaux

Le projet utilise un Arduino UNO Q, carte hybride qui réunit un processeur Qualcomm Dragonwing QRB2210 capable de faire tourner Debian et un microcontrôleur STM32U585 dédié aux entrées-sorties temps réel.3

La séparation sert réellement le montage. Le microcontrôleur reste près du matériel : lecture du panneau, Modulino, servos, réactions immédiates. Debian prend les tâches plus lourdes, avec le serveur web, l’historique temporel et la météo ; Arduino App Lab fait passer les messages entre les deux mondes.12

Dans le navigateur apparaissent la position des deux axes, la lecture solaire, l’infrarouge, la température, l’humidité, la prévision et l’historique. Au milieu de tout cela, la heatmap du scan raconte mieux que n’importe quel voyant ce que la machine vient de voir.1

Dashboard local du tracker solaire avec orientation, météo et graphiques de mesure
Le dashboard n’est pas seulement décoratif : il rend visibles les données utilisées par le tracker et leur évolution dans le temps.Julián Caro Linares

C’est là que le montage devient vraiment pédagogique : on regarde l’angle changer, on lit la tension qui va avec, on compare l’infrarouge, puis on retrouve la série un peu plus tard. La mécanique, le capteur, la décision et le résultat restent dans le même champ de vision.

Pas seulement suivre

Le suivi n’est qu’un état parmi d’autres. Si la lecture solaire tombe trop bas, le panneau rentre au repos ; au-dessus de 60 °C, il se place en sécurité. Le capteur de mouvement cherche les vibrations anormales et un petit moteur peut secouer la structure pour déloger poussière ou débris.1

La partie Linux interroge aussi une prévision météo. Dans le code actuellement publié, une prévision classée « snowy » ou « foggy » déclenche une alerte transmise au microcontrôleur.1

Le billet Arduino parle plus largement de neige et de tempêtes de sable.2 Le code, lui, est plus limité à cet instant. Il contient même encore quelques traces très visibles de prototype : la ville de la météo est fixée à Turin, et la constante censée régler l’intervalle entre scans est écrite à 10 000 ms alors que son commentaire annonce dix minutes ; la ligne publiée manque par ailleurs d’un point-virgule.1

Pour une maquette d’apprentissage, rien de cela n’est très grave. En revanche, ces coutures encore visibles rappellent utilement qu’on regarde un prototype de cours, pas un contrôleur à abandonner vingt ans sur un toit.

Le gain absent

Le tracker mesure sa tension et choisit son meilleur angle. Il ne mesure pas, dans les données ou le code publiés, ce qu’aurait produit au même moment un second panneau fixe comparable.1

On ne peut donc pas écrire honnêtement que ce prototype apporte 20 %, 30 % ou 40 % d’énergie supplémentaire. La littérature sur les trackers trouve bien des gains importants : une revue de 2025 donne des ordres de grandeur d’environ 20 à 35 % pour un axe et 30 à 45 % pour deux axes face à des panneaux fixes, avec de fortes variations selon latitude, climat et conception.4 Mais ces chiffres ne sont pas ceux de ce montage.

Ils oublieraient aussi une question essentielle ici : combien consomment les servos, le calcul, le réseau et les scans eux-mêmes ? Un bilan énergétique sérieux doit comparer l’énergie supplémentaire récupérée à l’énergie dépensée pour suivre.

Tout imprimer

Le dépôt contient le code Python, le sketch microcontrôleur, l’interface web, les fichiers 3MF/STL et surtout le fichier source FreeCAD de la mécanique.1 Les pièces reprennent comme point de départ un mécanisme pan-and-tilt pour servos MG90S, puis l’adaptent au panneau et aux modules.

Le README recommande du PLA pour un usage court, mais conseille le PETG si la structure doit rester longtemps au soleil : le plastique qui supporte un panneau solaire a, assez comiquement, lui aussi un problème avec le Soleil.1

C’est probablement là que le projet fonctionne le mieux. L’énergie solaire cesse d’être un chiffre posé sur une fiche technique : il faut fabriquer l’articulation, choisir ses butées, attendre que la pièce arrête de vibrer, lire le capteur, conserver l’historique, prévoir un état de sécurité, puis regarder deux orientations donner deux réponses différentes.

Le tracker n’enseigne pas seulement comment suivre le Soleil. Il montre surtout comment une machine peut observer plusieurs réponses, choisir la meilleure et laisser assez de traces pour que l’on comprenne pourquoi elle a bougé.