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title: "L’imprimante est rapide. La terre refuse de suivre"
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category: "craft"
tags: ["terre crue", "impression 3D", "architecture", "artisanat", "IAAC", "WASP", "fabrication numérique"]
published_at: "2026-08-21T13:35:00.000Z"
author: "Arthur Lacoste"
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# L’imprimante est rapide. La terre refuse de suivre

L’impression 3D transforme la terre locale en bâtiment. Le robot automatise le dépôt ; le savoir-faire, lui, se déplace vers le mélange, le séchage et les détails du chantier.

Une imprimante 3D de chantier peut suivre une trajectoire à la vitesse prévue par son programme. La terre qu’elle dépose, elle, n’a aucune obligation de suivre le planning.

C’est le détail qu’on perd facilement quand on regarde les bâtiments imprimés comme on regarde une pièce sortir d’une Prusa : fichier, machine, extrusion, objet terminé. En août 2026, ArchDaily posait justement la question du retour d’un nouvel artisan autour de la terre imprimée, en reliant TECLA, des projets japonais et mexicains, des recherches universitaires et des surfaces de plus en plus travaillées.[1](https://www.archdaily.com/1182056/craft-in-the-age-of-3d-printed-earth-can-digital-tools-create-a-new-kind-of-artisan) L’idée est séduisante : le geste aurait quitté la main pour entrer dans la trajectoire de la buse.

Elle n’est pas fausse. Elle est juste incomplète.

Le robot automatise une partie du dépôt. Tout le reste devient plus visible : savoir si le sol extrait à dix mètres de là contient trop d’argile, combien d’eau ajouter pour que le mélange passe dans la pompe sans s’effondrer après la buse, combien de couches le mur peut porter aujourd’hui, où laisser circuler l’air pour qu’une cavité sèche, comment fixer une fenêtre dans une matière qui continue à perdre de l’eau, ou quand poser une toiture sans arracher ce qui vient d’être imprimé.

À cet endroit, l’impression 3D ne supprime pas l’artisan. Elle déplace son établi.

## Le faux raccourci

TECLA reste l’image parfaite du raccourci. Mario Cucinella Architects et WASP ont construit ce prototype en terre crue autour de deux volumes en forme de dôme, avec une enveloppe dont la géométrie, l’infill et les performances climatiques sont paramétrés ensemble.[2](https://www.mcarchitects.it/en/projects/tecla-technology-and-clay) MCA explique que la technologie étudiée pour ce système permet de réaliser une unité d’habitation en 72 heures d’impression.[2](https://www.mcarchitects.it/en/projects/tecla-technology-and-clay)

Le chiffre est spectaculaire, donc évidemment il colle à la mémoire. Il faut seulement faire attention à ce qu’il mesure.

Soixante-douze heures de fabrication robotisée ne signifient pas soixante-douze heures entre un tas de terre et une maison habitée. Elles ne comptent pas automatiquement l’analyse du sol, la préparation du mélange, les essais, les reprises, les temps d’attente, le séchage complet, la pose des menuiseries, les équipements ou la validation réglementaire. C’est la différence entre **temps machine** et **temps matière**.

Cette distinction devient impossible à ignorer au Forest Campus de l’IAAC, près de Barcelone. TOVA, premier prototype imprimé en terre du programme, a été construit en sept semaines selon l’IAAC.[3](https://iaac.net/projects/tova/) Deux ans plus tard, la description du campus publiée avec l’équipe indique une cadence d’environ 25 cm de hauteur de mur par jour, précisément pour éviter que les couches fraîches ne s’écrasent sous leur propre poids.[4](https://www.archdaily.com/1019160/3dpa-forest-campus-iaac-3dpa)

La buse sait aller plus vite. Le mur, non.

> Illustration: Prototype TOVA de l’IAAC, bâtiment en terre imprimée à Valldaura Labs. TOVA : l’impression automatise le dépôt, mais le chantier reste rythmé par la préparation et le comportement de la terre. Credit: [IAAC](https://iaac.net/projects/tova/).

## La bonne boue

Le mot « terre » donne l’impression d’un matériau simple. Ce n’est pas un matériau standardisé au sens où l’est un sac de polymère industriel ou un filament dont le fabricant garantit déjà la composition.

Pour le Forest Campus, la terre est extraite à quelques mètres du bâtiment, sous environ 50 cm de sol afin d’éviter la matière organique. Elle est ensuite séchée au soleil, tamisée pour retirer les gros éléments, mélangée à de l’eau, à des fibres organiques et à une enzyme naturelle, puis pressée vers l’imprimante.[4](https://www.archdaily.com/1019160/3dpa-forest-campus-iaac-3dpa) Chaque étape est une opération de fabrication avant même que le robot ne commence à dessiner un mur.

Ce qui rend le système intéressant écologiquement rend aussi son industrialisation pénible : si l’on veut utiliser **la terre locale**, la matière change avec le lieu.

Une revue scientifique publiée en 2026 insiste sur ce point. La rhéologie d’un mélange imprimable dépend notamment de la teneur en eau, de la distribution des particules et des stabilisants. Le bon équilibre entre argile, sable, eau et additifs reste fortement dépendant du sol employé.[9](https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2352710226011447) Autrement dit, le fichier numérique peut voyager instantanément ; sa matière première, non.

Le métier se déplace alors vers la calibration. Le mélange doit être assez fluide pour être pompé et extrudé, mais assez ferme pour porter les couches suivantes. Trop sec, il se déchire ou bloque. Trop humide, il imprime merveilleusement pendant quelques secondes puis devient une expérience pédagogique sur la gravité.

C’est moins spectaculaire qu’un bras robot qui dépose un mur. C’est pourtant là que se joue une part importante du savoir-faire.

> Illustration: Processus expérimental autour de la terre utilisée pour TOVA par l’IAAC. Avant le toolpath, il faut fabriquer une matière imprimable : tester, doser, sécher, tamiser et recommencer. Credit: [IAAC](https://iaac.net/projects/tova/).

## Vingt centimètres

Le chiffre le plus révélateur de l’état actuel de la technique n’est donc pas une vitesse de déplacement de buse. C’est **20 cm**.

Pour son programme 2025-2026, après neuf éditions de recherche et plusieurs prototypes grandeur nature, l’IAAC écrit que son équipe imprime avec une hauteur quotidienne maximale d’environ 20 cm et qualifie directement cette limite de problème important pour les standards de construction.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/) Le sujet numéro un du programme de recherche est la stabilité du mur à l’état humide : comment le renforcer pendant l’impression pour pouvoir monter plus haut sans attendre ?

Un an plus tôt, le Forest Campus était décrit à 25 cm par jour, soit environ dix journées de dépôt pour atteindre 2,5 mètres.[4](https://www.archdaily.com/1019160/3dpa-forest-campus-iaac-3dpa) Il ne faut pas lire les 20 et 25 cm comme une régression chronométrée : les géométries, mélanges et conditions ne sont pas identiques. En revanche, les deux chiffres donnent le bon ordre de grandeur. Une paroi en terre ne se comporte toujours pas comme un matériau qui prend instantanément.

Le problème se poursuit après la dernière couche. Le syllabus 2025-2026 de l’IAAC signale que le séchage de TOVA a pu aller jusqu’à quatre mois dans certaines cavités et que les zones naturellement ventilées de projets plus récents séchaient très différemment des cavités fermées.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/)

Ce n’est pas seulement une anecdote de chantier. Des travaux publiés dans *Additive Manufacturing* en 2024 étudient précisément la montée en résistance de la terre imprimée par le séchage et montrent que l’évolution de la teneur en eau dépend notamment de l’épaisseur du mur.[8](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214860424005384)

Le séchage n’est donc pas ce qui se passe après la fabrication. Il fait partie de la fabrication.

> **Le vrai chrono**
> - hauteur quotidienne utilisée comme limite de recherche IAAC en 2025-26: 20 cm
> - séchage pouvant être atteint dans des cavités de TOVA: 4 mois
> - temps d’impression annoncé pour une unité TECLA, pas délai complet d’un chantier: 72 h
> Trois chiffres qui mesurent trois choses différentes

## Le code apprend

Alors à quoi sert réellement le numérique, si la terre continue d’imposer toutes ces contraintes ? À faire quelque chose de plus subtil que « construire plus vite ».

TECLA donne un premier exemple : l’infill n’est pas uniquement une structure interne répétée partout. MCA décrit un système où la géométrie peut varier selon des données de ventilation, d’isolation, de masse thermique, d’humidité et d’ombrage.[2](https://www.mcarchitects.it/en/projects/tecla-technology-and-clay) Le code peut donc faire varier le mur parce que les performances attendues changent avec sa position et son climat.

Au Forest Campus, la même logique devient encore plus physique. Les murs peuvent changer d’épaisseur, de 40 à 70 cm, selon les charges et l’exposition ; les cavités, qui rendent certaines parois environ 50 % creuses, peuvent accueillir de l’isolation, des réseaux ou des chemins de ventilation.[4](https://www.archdaily.com/1019160/3dpa-forest-campus-iaac-3dpa)

Ce n’est plus « dessiner une forme compliquée parce que le robot peut la faire ». La trajectoire devient une manière de distribuer la matière là où elle sert.

Mais il y a une condition : le code n’invente pas seul les règles qui rendent cette géométrie imprimable. Quelqu’un doit avoir raté des essais, mesuré des déformations, observé où la paroi fend, compris la portée d’une couche fraîche et traduit ces observations en limites géométriques.

Le savoir artisanal revient sous une forme bizarre : une partie reste dans l’œil et la main de la personne qui prépare la matière ; une autre finit transformée en paramètres, scripts, épaisseurs minimales, vitesses d’extrusion et trajectoires autorisées.

Le bon praticien ne remplace pas la matière par un programme : il apprend au programme à ne pas demander n’importe quoi à la matière.

> Illustration: Parois courbes et stratifiées du prototype TOVA en terre imprimée. Avec la terre imprimée, géométrie, remplissage et performances climatiques peuvent devenir la même décision de fabrication. Credit: [IAAC](https://iaac.net/projects/tova/).

## Le mur poreux

TEIXIT, l’une des extensions du Forest Campus, rend cette idée presque littérale. L’équipe s’est demandé combien de lumière pouvait traverser un mur structurel en terre sans lui ajouter une fenêtre classique.[5](https://iaac.net/projects/teixit/)

La difficulté vient d’une propriété peu glamour : la terre a une résistance mécanique relativement faible, donc les constructions traditionnelles ont souvent des murs épais et opaques. Percer une grande ouverture introduit un linteau, un cadre ou un autre système constructif. L’impression 3D autorise une autre piste : faire varier directement la géométrie du mur pour créer une porosité contrôlée.[5](https://iaac.net/projects/teixit/)

Le résultat ne vient pourtant pas d’un algorithme décoratif lâché sur une façade. L’IAAC précise que ces parois demandent simultanément une compréhension du robot, du comportement de la matière et de ses propriétés structurelles.[5](https://iaac.net/projects/teixit/)

TEIXIT est composé de trois murs imprimés qui portent et ancrent une grande toiture bois. L’ensemble représente environ 12 mètres linéaires et six tonnes de terre imprimées sur une période de quatre semaines. Une fois la matière suffisamment sèche, des câbles de post-tension sont passés dans les cavités internes pour ancrer la toiture aux fondations et reprendre les efforts de soulèvement dus au vent.[5](https://iaac.net/projects/teixit/)

Tout le paradoxe tient là. Le robot permet une porosité difficile à obtenir par répétition de blocs standards, mais le détail final dépend encore du moment où la terre est « suffisamment sèche » pour recevoir le système suivant.

La sophistication numérique ne fait pas disparaître la séquence de chantier. Elle la rend plus exigeante.

> Illustration: Mur perforé TEIXIT en cours de fabrication sur le Forest Campus de l’IAAC. TEIXIT transforme la trajectoire d’impression en porosité : la lumière est dessinée dans le mur au lieu d’être ajoutée après. Credit: [IAAC / 3DPA](https://iaac.net/projects/teixit/).

## Le bon défaut

La plupart des images de terre imprimée gardent volontairement les strates. C’est devenu une signature visuelle si forte qu’on pourrait presque croire que le matériau existe pour fournir une texture Instagram aux architectes.

Le programme 2025-2026 de l’IAAC essaie justement d’aller plus loin. Un axe entier de recherche concerne les textures « performatives » : vérifier si une surface imprimée peut participer au comportement structurel, à la finition ou à la résistance à l’érosion par l’eau.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/) Les étudiants doivent imprimer des motifs, les tester en compression et observer leur relation avec les revêtements.

L’idée de nouvel artisan devient plus concrète à cet endroit. Dans une fabrication traditionnelle, un relief peut être une trace de l’outil, un décor appliqué ou un détail façonné par le maçon. Dans une extrusion robotisée, le même changement de trajectoire peut simultanément modifier l’ombre, la quantité de matière, la rigidité locale, l’adhérence d’un enduit ou la façon dont l’eau ruisselle.

La surface n’est plus forcément la dernière couche du projet. Elle peut être une donnée structurelle dès le fichier.

Mais, là encore, une forme « imprimable » ne se résume pas à une forme que le logiciel accepte. Le mélange doit sortir proprement de la buse, la couche ne doit pas arracher la précédente, le porte-à-faux doit rester dans ce que la terre fraîche tolère et le motif doit survivre au retrait pendant le séchage.

Le détail décoratif finit donc par contenir de la science des matériaux. Humanité admirable : nous avons inventé des robots géants pour redécouvrir que la boue a un caractère.

> Illustration: Détail des couches et ouvertures d’un mur en terre imprimée TEIXIT. La texture n’est pas obligée d’être un décor : elle peut intervenir dans la lumière, l’enduit, l’érosion ou la structure. Credit: [IAAC / 3DPA](https://iaac.net/projects/teixit/).

## Le trou difficile

Imprimer un joli mur courbe est une chose. Y mettre une fenêtre standard, une porte, une cloison, puis obtenir un détail que quelqu’un peut réellement construire cent fois en est une autre.

En 2025-2026, l’IAAC identifie encore explicitement les interfaces terre-verre-bois comme un chantier de recherche.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/) Son système utilise des fragments de murs imprimés séparément ; il reste donc des vides à transformer en ouvertures ou en raccords. Les questions portent sur la séquence d’assemblage, les ponts thermiques, les tolérances, le séchage et les motifs d’impression capables de verrouiller un détail de fenêtre.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/)

Les rendus où une imprimante semble produire un bâtiment complet après avoir appuyé sur Play racontent donc une histoire très incomplète.

Un bâtiment est surtout une collection d’interfaces entre systèmes qui vieillissent à des vitesses différentes. La terre gonfle et se rétracte avec l’humidité. Le bois travaille autrement. Le verre ne pardonne pas la même déformation. Les joints doivent accepter des tolérances. Les réseaux doivent pouvoir passer. Et les personnes chargées de réparer le bâtiment dans quinze ans ont intérêt à comprendre ce qu’elles regardent.

L’artisanat ne disparaît donc pas avec la répétabilité numérique ; il se concentre dans le détail d’interface. Le bon fichier n’est pas celui qui imprime une forme spectaculaire en laboratoire, mais celui qui anticipe les choses très ordinaires qu’un bâtiment doit supporter : une fenêtre qui ferme, une toiture qui ne s’envole pas, une fuite qui reste réparable.

C’est souvent à cet endroit que les technologies quittent le prototype pour devenir des systèmes constructifs. C’est aussi l’endroit où les belles promesses perdent miraculeusement 80 % de leur glamour.

> Illustration: Construction robotisée de TEIXIT avec la Crane WASP sur le site de l’IAAC. Le bras robotique n’est qu’un poste de la chaîne : fondations, ouvertures, toiture et connexions restent des systèmes à concevoir ensemble. Credit: [IAAC / 3DPA](https://iaac.net/projects/teixit/).

## Le carbone piégé

La terre imprimée est souvent présentée comme une réponse bas carbone, et la logique de départ est solide : exploiter un matériau local, non cuit, potentiellement réutilisable, limite les transports et évite une partie de l’énergie nécessaire au ciment ou aux briques cuites.

Mais « imprimé en terre » n’est pas un label environnemental automatique.

En 2024, Curth et ses coauteurs ont comparé plusieurs stratégies d’impression avec des terres locales. Leur analyse de cycle de vie montre qu’un résultat réellement bas carbone reste possible tant qu’on ne réintroduit pas des liants cimentaires qui grignotent l’avantage initial.[10](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0950061824008559) Les auteurs montrent aussi des différences importantes entre terre brute et terre stabilisée dans leur analyse de cycle de vie.[10](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0950061824008559)

Une revue de 2026 ajoute l’autre moitié du problème : la formulation qui améliore l’extrudabilité, le retrait ou la résistance dépend fortement du sol, tandis que la durabilité à long terme sous exposition réelle reste un obstacle important.[9](https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2352710226011447)

C’est une tension classique de l’industrialisation des matériaux naturels. Pour obtenir un produit plus constant, plus rapide à monter et plus simple à certifier, on est tenté d’ajouter des stabilisants. Mais chaque ajout peut réduire la réversibilité, augmenter l’énergie incorporée ou rendre le recyclage plus complexe. L’IAAC consacre d’ailleurs son cours « Matter Research » 2025-2026 à la résistance verte, au retrait, à la compression et à la résistance à l’eau, avec l’objectif explicite d’approcher des performances mesurables et des méthodes de test reproductibles.[7](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-matter-research/)

L’innovation n’est donc pas seulement de trouver **le meilleur mélange**. Elle consiste à décider quel compromis tient pour ce bâtiment, ce climat, les années d’usage prévues et ce qu’on fera de la matière ensuite.

> Illustration: Architecture du Forest Campus de l’IAAC montrant les murs en terre imprimée sous une toiture en bois. La promesse bas carbone dépend de tout le système : matière locale, stabilisation, quantité utilisée, énergie, toiture et durée de vie. Credit: [IAAC · photo Iwan Baan](https://iaac.net/projects/teixit/).

> Illustration: Détail des parois et ouvertures du prototype TOVA en terre imprimée. La matière locale n’empêche pas la précision géométrique, mais chaque détail reste dépendant du mélange et du séchage. Credit: [IAAC](https://iaac.net/projects/tova/).

## Le nouvel artisan

Alors, qui est l’artisan dans ce chantier ? Certainement pas le robot. Un robot ne possède ni jugement matériel, ni mémoire de chantier, ni préférence pour une bonne solution plutôt qu’une solution exécutable. Il suit des paramètres avec une obéissance qui ferait pleurer n’importe quel chef de projet.

Le rôle intéressant est réparti entre plusieurs personnes : celles qui caractérisent la terre, celles qui développent le mélange, celles qui programment la trajectoire, celles qui observent le dépôt, celles qui adaptent le dessin aux essais, celles qui conçoivent les raccords et celles qui savent reconnaître qu’un mur est en train de devenir trop ambitieux pour son taux d’humidité.

Le programme 3DPA de l’IAAC est révélateur parce qu’il mélange justement recherche matière, fabrication robotique et design performatif plutôt que d’isoler « le fichier » du chantier.[11](https://iaac.net/the-role-of-industry-partners-the-collaboration-of-3dpa-with-wasp/) TEIXIT ne peut produire ses parois poreuses que parce que la géométrie numérique est développée avec la connaissance du comportement de la terre.[5](https://iaac.net/projects/teixit/)

Il y a là quelque chose de très familier pour n’importe quel métier de fabrication : toutes les décisions ne sont pas écrites au départ ; certaines finissent dans des gabarits, des recettes, des tolérances et des habitudes.

La nouveauté tient au fait qu’une partie de ces habitudes finit maintenant dans le programme de fabrication.

Un motif de paroi, une vitesse de buse ou une épaisseur minimale peuvent contenir les traces de dizaines d’essais ratés. Le programme est alors moins l’opposé du geste que son archive partielle. Il enregistre ce que l’équipe a appris, puis le reproduit avec une précision inaccessible à une main humaine seule.

> Illustration: Strates imprimées visibles sur une paroi expérimentale en terre de l’IAAC. Une trajectoire numérique peut devenir la mémoire condensée d’essais de matière, de limites de porte-à-faux et de choix de fabrication. Credit: [IAAC / 3DPA](https://iaac.net/projects/teixit/).

## Ce qui manque

Il serait tentant de finir ici avec une jolie formule sur la rencontre entre une matière millénaire et le futur. Les projets eux-mêmes utilisent parfois ce vocabulaire, parce que même la terre crue n’échappe pas au département communication.

Le problème réel est plus intéressant.

En 2026, l’impression 3D de terre sait déjà produire des bâtiments et des éléments à l’échelle architecturale. TOVA existe. Le Forest Campus évolue depuis plusieurs années. TEIXIT porte une toiture avec des murs imprimés et explore la lumière à travers leur géométrie.[3](https://iaac.net/projects/tova/)[5](https://iaac.net/projects/teixit/) Il y a désormais des bâtiments et des fragments de bâtiments à l’échelle 1, pas uniquement des éprouvettes de laboratoire.

Mais l’IAAC continue de travailler sur quatre points extraordinairement ordinaires : monter plus haut avant que la paroi humide ne cède, sécher correctement les cavités, raccorder des fenêtres et des portes, puis transformer les textures en performances mesurables.[6](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/) Son cours matière note aussi que l’absence de cadres réglementaires unifiés pour la terre imprimée complique encore la commercialisation et impose souvent de justifier les performances au cas par cas.[7](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-matter-research/)

C’est exactement ce qu’on devrait attendre d’une technologie en train de devenir un métier.

Au début, la démonstration consiste à prouver que la machine peut le faire. Ensuite vient la période beaucoup moins photogénique où il faut apprendre à le refaire, ailleurs, avec un autre sol, un autre climat, une autre fenêtre, sans perdre l’avantage environnemental en corrigeant chaque difficulté avec du ciment.

La question du « nouvel artisan » a donc déjà changé de forme. Les machines et les logiciels modifient surtout ce que la personne sur le projet doit connaître.

Il doit lire une terre, mais aussi un fichier. Comprendre un séchage, mais aussi un toolpath. Savoir pourquoi une couche s’affaisse et dans quel paramètre traduire cette observation. Accepter enfin qu’une machine extrêmement rapide puisse être utilisée intelligemment en allant lentement.

La buse trace la forme. La terre fixe le rythme.

> Illustration: Détail du bâtiment TOVA montrant la texture stratifiée de la terre imprimée. Le résultat final conserve la trace du dépôt couche par couche : le geste devient trajectoire, mais la matière continue d’imposer ses règles. Credit: [IAAC](https://iaac.net/projects/tova/).

## References

1. [ArchDaily, Craft in the Age of 3D-Printed Earth, 11 août 2026](https://www.archdaily.com/1182056/craft-in-the-age-of-3d-printed-earth-can-digital-tools-create-a-new-kind-of-artisan)
2. [Mario Cucinella Architects, TECLA — Technology and Clay](https://www.mcarchitects.it/en/projects/tecla-technology-and-clay)
3. [IAAC, TOVA](https://iaac.net/projects/tova/)
4. [ArchDaily, 3dPA Forest Campus / IAAC, 24 juillet 2024](https://www.archdaily.com/1019160/3dpa-forest-campus-iaac-3dpa)
5. [IAAC, TEIXIT](https://iaac.net/projects/teixit/)
6. [IAAC Blog, 3DPA 25/26 Research](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-research/)
7. [IAAC Blog, 3DPA 25/26 Matter Research](https://blog.iaac.net/course/3dpa-25-26-matter-research/)
8. [Motamedi et al., Structural build-up of 3D printed earth by drying, Additive Manufacturing, 2024](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2214860424005384)
9. [Nifla et al., Advancements in 3D soil printing for construction, Journal of Building Engineering, 2026](https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2352710226011447)
10. [Curth et al., 3D printing earth: Local, circular material processing, fabrication methods, and LCA, 2024](https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0950061824008559)
11. [IAAC, The Role of Industry Partners: the collaboration of 3DPA with WASP](https://iaac.net/the-role-of-industry-partners-the-collaboration-of-3dpa-with-wasp/)
