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title: "Le pavillon de Mies perd plus de 857 litres d’eau par jour"
locale: "fr"
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category: "ideas"
tags: ["architecture", "eau", "patrimoine", "Mies van der Rohe", "Lilly Reich", "Barcelone", "Plou prou?"]
published_at: "2026-08-28T09:03:00.000Z"
author: "Hugo Marchal"
translation: "https://irz.fr/en/articles/plou-prou-maintaining-the-image-en.md"
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# Le pavillon de Mies perd plus de 857 litres d’eau par jour

Plou prou? matérialise plus de 12 000 litres d’évaporation en quatorze jours. Ce qu’il rend visible, c’est le coût quotidien nécessaire pour maintenir une image architecturale.

Le grand bassin du pavillon Mies van der Rohe paraît immobile. Pour conserver cette impression pendant l’été barcelonais, il faut pourtant remplacer continuellement l’eau qui s’évapore.

L’intervention *Plou prou?*, conçue par Cierto Estudio, h3o architects et Metrònom, prend cette perte discrète et la transforme en objet architectural.[1](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/) Douze réservoirs industriels contiennent plus de **12 000 litres d’eau phréatique**, soit le volume estimé perdu par le bassin principal pendant les quatorze jours de l’installation.[2](https://www.designboom.com/design/twelve-tanks-dripping-aqueduct-water-loss-mies-van-der-rohe-barcelona-pavilion-plou-prou-cierto-estudio-h3o-architects-metronom/)

La division est simple : plus de **857 litres par jour** en moyenne.

Ce nombre change la manière de regarder le bassin. Sa surface calme n’est pas un état naturel. C’est une image entretenue.

## Douze cuves

Les réservoirs sont installés au-dessus du sol, à proximité du pavillon. Un canal surélevé les relie au bassin et restitue l’eau par un goutte-à-goutte continu.[1](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/)[2](https://www.designboom.com/design/twelve-tanks-dripping-aqueduct-water-loss-mies-van-der-rohe-barcelona-pavilion-plou-prou-cierto-estudio-h3o-architects-metronom/)

La Fondation Mies van der Rohe décrit le dispositif comme une manière de rendre tangible une quantité qui, normalement, disparaît sans être vue : l’évaporation et le remplissage permanent des bassins.[1](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/)

Il n’y a pas besoin d’écran ni de compteur numérique. Le volume est là, stocké dans douze objets assez gros pour modifier la lecture du site.

> **Ce que le miroir consomme**
> Schéma montrant 12 000 litres répartis sur 14 jours, soit plus de 857 litres par jour, puis rendus au bassin par goutte-à-goutte
> - > 12 000 L EN 14 JOURS
> - 12 CUVES
eau phréatique
> - > 857 L
par jour
> - BASSIN
rempli en continu
> - Le chiffre n'est pas la capacité totale du bassin : c'est l'évaporation estimée sur la durée de l'installation.
> Designboom indique plus de 12 000 litres pour quatorze jours, soit plus de 857 litres par jour en moyenne.

L’installation ne mesure donc pas un stock permanent. Elle matérialise **un flux de maintenance**.

Cette différence est importante. Un objet architectural peut sembler stable tout en dépendant d’une consommation répétée pour rester identique à lui-même.

## Une image reconstruite

Le contexte du pavillon rend ce geste encore plus intéressant.

Le bâtiment conçu par Ludwig Mies van der Rohe et Lilly Reich pour l’Exposition internationale de Barcelone de 1929 n’est pas resté sur place pendant un siècle. Il a été démonté en 1930.[3](https://miesbcn.com/the-pavilion/)

La version actuelle est une reconstruction. Le projet a été lancé par la ville de Barcelone en 1980, les travaux ont commencé en 1983 et le nouveau bâtiment a ouvert sur le site d’origine en 1986.[3](https://miesbcn.com/the-pavilion/)

Les matériaux ont été choisis pour retrouver les caractéristiques et les provenances des matériaux employés en 1929 : travertin romain, marbres verts et onyx doré.[3](https://miesbcn.com/the-pavilion/)

Autrement dit, le bassin que *Plou prou?* maintient n’est pas seulement l’eau d’une œuvre historique. Il appartient à **une reconstruction patrimoniale qui entretient volontairement la continuité d’une image de 1929**.

> 1929 → 1930 → 1986
> **Le pavillon lui-même est une continuité reconstruite**
> - pavillon allemand de Mies van der Rohe et Lilly Reich: 1929
> - bâtiment démonté après l’exposition: 1930
> - reconstruction sur le site d’origine: 1983–1986
> - Plou prou? montre le flux d’eau nécessaire à son bassin: 2026
> L’installation intervient sur une architecture déjà maintenue par reconstruction, entretien et répétition.

Cela évite une lecture trop facile où l’installation viendrait simplement révéler le coût caché d’un chef-d’œuvre intact.

Elle travaille plutôt sur une question de conservation : **combien de matière et d’énergie faut-il remettre sans cesse dans une forme pour qu’elle continue à paraître permanente ?**

## Le bassin travaille

Dans les photographies habituelles du pavillon, l’eau sert d’abord à produire une surface réfléchissante. Elle double visuellement les parois, les poteaux, la pierre et le ciel. Elle donne aussi une profondeur au plan horizontal.

Mais une surface réfléchissante extérieure est un système ouvert. Elle reçoit chaleur, poussière, pluie et évaporation. Le projet rappelle donc une évidence que l’image architecturale a tendance à supprimer : un bassin n’est jamais seulement un rectangle bleu.

La Fondation parle de « systèmes fragiles » plutôt que de surfaces statiques.[1](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/)

Cette formulation est plus utile que le discours général sur la crise climatique. Elle oblige à regarder le pavillon comme une petite infrastructure hydraulique, avec des entrées et des pertes.

Les douze cuves jouent alors le rôle d’un diagramme grandeur nature.

## Pourquoi de l’eau phréatique

La source primaire précise que les réservoirs sont remplis d’**eau phréatique**.[1](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/) Le choix compte parce qu’il distingue l’installation d’une simple mise en scène où 12 000 litres d’eau potable seraient immobilisés pour dénoncer la consommation d’eau.

Le dispositif récupère ensuite cette eau dans le bassin par son aqueduc temporaire.[2](https://www.designboom.com/design/twelve-tanks-dripping-aqueduct-water-loss-mies-van-der-rohe-barcelona-pavilion-plou-prou-cierto-estudio-h3o-architects-metronom/)

Il ne supprime évidemment pas l’évaporation. Il la met en scène dans une boucle visible, assez lente pour que le visiteur voie le temps passer sous forme de gouttes.

Ce ralentissement est peut-être la partie la plus efficace du projet. Une donnée de 12 000 litres reste abstraite. Douze réservoirs sont déjà plus lisibles. Une goutte qui tombe en permanence transforme enfin le volume en durée.

## Rendre le coût visible

Cette stratégie se transpose facilement à d’autres objets.

Une façade refroidie, un jardin irrigué, une vitrine climatisée ou un serveur silencieux donnent souvent l’impression que leur état actuel est passif. Le travail de maintenance, l’énergie et les matières circulent hors champ.

*Plou prou?* ne cherche pas à supprimer ce hors-champ. Il le déplace au milieu de la composition.

La leçon n’est donc pas seulement « l’eau s’évapore ». C’est plutôt : **si une architecture dépend d’un flux pour conserver son apparence, ce flux fait partie de l’architecture, même lorsqu’on choisit de ne pas le montrer**.

Le pavillon de Barcelone est célèbre pour la précision de ses plans, de ses pierres et de ses reflets.

Pendant quatorze jours, douze cuves rappellent que le reflet a lui aussi une facture matérielle.

## References

1. [Fundació Mies van der Rohe, Plou prou?, 2026](https://miesbcn.com/es/calendario/plou-prou-h3o-cierto-estudio-metronom-artistic-intervention/)
2. [Designboom, Twelve elevated tanks visualize water loss in Barcelona Pavilion, 2026](https://www.designboom.com/design/twelve-tanks-dripping-aqueduct-water-loss-mies-van-der-rohe-barcelona-pavilion-plou-prou-cierto-estudio-h3o-architects-metronom/)
3. [Fundació Mies van der Rohe, The Pavilion — history and reconstruction](https://miesbcn.com/the-pavilion/)
