Les déchets d’impression 3D ont une manière assez prévisible de finir leur carrière : une boîte pleine de supports ratés, de prototypes moches et de filament devenu trop court pour faire quoi que ce soit d’utile.

Ninefold prend ce tas comme matière première.

L’installation rassemble neuf grandes formes imprimées qui produisent et modifient du son. Le PLA rejeté par des laboratoires de fabrication est broyé en granulés, mélangé à de la matière vierge puis réimprimé avec un système d’extrusion à pellets.2 Les variations de couleur, d’opacité et de couches ne sont pas corrigées. Elles restent visibles.

C’est important de garder le mot mélangé. Ninefold ne démontre pas qu’on peut fabriquer ces pièces avec 100 % de déchet. Le projet montre plutôt comment intégrer une matière recyclée imparfaite dans le langage même d’un objet.

Ne pas faire semblant que le recyclé est neuf

Dans beaucoup de produits, le recyclage essaie de disparaître. On veut une surface régulière, une couleur stable, un matériau qui ressemble autant que possible à son équivalent vierge.

Ninefold fait l’inverse. Les traces du processus restent dans les parois translucides. Chaque pièce varie, et ces différences participent à la manière dont elle capte la lumière.2

Le projet est développé par l’architecte Hyojin Kwon, le percussionniste et compositeur Jeremy Muller et l’architecte-chercheuse Misri Patel. Woodstock Arts présente l’installation comme neuf artefacts sonores distribués dans la pièce, chacun avec sa propre géométrie, son épaisseur, sa translucidité et son articulation de surface.1

Ces paramètres ne sont donc pas seulement visuels. Ils changent aussi la propagation du son.

Neuf objets, pas neuf enceintes identiques

Les formes proviennent d’un système computationnel basé sur des algorithmes de réaction-diffusion. Le même principe génère des objets qui se contractent, s’élargissent, se tordent ou se replient différemment.2

Chaque volume agit comme un corps résonant accordé à une fréquence dans un spectre harmonique. Les neuf voix peuvent se synchroniser, se séparer puis se recombiner. Quand le visiteur se déplace, certaines sources deviennent plus présentes et d’autres reculent.1

L’installation n’est donc pas un haut-parleur géant imprimé neuf fois. Sa géométrie distribue l’écoute dans la pièce.

Le procédé a aussi une contrainte très terrestre : les résonateurs sont imprimés en sections modulaires pour pouvoir être transportés, entretenus et reconfigurés.2 Même un champ sonore génératif finit par devoir passer une porte.

Le déchet devient une contrainte de conception

Ninefold est montré avec Plastic Reimagined, un projet de recherche de Georgia Tech autour du réemploi de plastiques issus notamment de makerspaces et de flux locaux. Woodstock Arts décrit une chaîne où HDPE et PLA sont récupérés, broyés, retraités puis reconstitués pour de nouvelles expérimentations architecturales.1

Le résultat n’apporte pas une solution industrielle au problème des déchets d’impression 3D. Les quantités, l’énergie du retraitement et la proportion de matière vierge comptent toujours.

Mais il propose une stratégie plus intéressante que « recycler puis cacher le recyclage » : accepter les défauts de la matière comme des paramètres. Ici, la transparence irrégulière, les couches et la géométrie ne sont plus des choses à faire oublier. Ce sont exactement les choses avec lesquelles on compose.