Boonserm Premthada appelle Neramit de la « non-architecture ».1
Le mot donne envie de discuter théorie, alors que le bâtiment commence par une donnée beaucoup moins noble : un tube carré d'acier de 100 × 100 mm, vendu en longueur de 6 mètres.1
Bangkok Project Studio a dessiné le pavillon autour de cette dimension commerciale pour utiliser autant que possible les tubes entiers, puis a réemployé les morceaux coupés dans les rives irrégulières de la toiture.12
Le résultat fait 30 × 30 mètres, soit 900 m², au cœur du festival Wonderfruit en Thaïlande.13 Une seule grande toiture triangulaire sert de salle commune, scène, abri, espace de repos et point de rassemblement.
Le projet devient plus lisible si l'on oublie un instant l'étiquette « non-architecture » : il cherche surtout à faire porter davantage de fonctions à moins de familles de composants.
Six mètres
Dans beaucoup de projets, la géométrie arrive avant la liste de matériaux : on dessine une forme, puis l'atelier ou le fournisseur doit la rendre fabricable.
Neramit inverse partiellement cette séquence.
Les tubes standards de 6 mètres deviennent une unité de dessin. Premthada explique que la structure a été ajustée pour employer leur longueur entière et éviter les chutes ; lorsque des coupes restaient nécessaires, les morceaux ont servi à composer l'extrémité irrégulière du toit.1
Ce n'est pas une promesse de « zéro déchet » démontrée par un bilan matière indépendant. C'est une règle de projet documentée : la forme accepte la dimension commerciale au lieu de considérer les restes comme un problème de chantier.
La logique se transpose facilement. Un atelier de mobilier peut partir d'un panneau de 2440 × 1220 mm, une structure bois des sections réellement stockées, une pièce imprimée du volume utile de la machine ; dans chaque cas, le dessin commence par une limite matérielle connue plutôt que par une forme abstraite.
Dans chaque cas, le gain ne vient pas d'une forme « écologique » ajoutée après coup. Il vient du fait que la géométrie connaît son approvisionnement dès le départ.
Un seul toit
Premthada décrit Neramit comme un « roofing building » : presque tout le bâtiment se résume à un grand toit.1
Cette réduction est trompeuse si l'on imagine une simple tôle posée sur quatre poteaux.
La toiture triangulaire descend très bas sur les côtés. Elle sert donc à la fois de couverture et de limite latérale. Les plaques de zinc ondulé se chevauchent et dépassent de manière irrégulière, ce qui aide à rejeter l'eau loin de la zone occupée tout en laissant des passages d'air et de lumière.12

Le toit cumule ainsi des tâches que l'architecture sépare souvent : ombre, protection contre la pluie, paroi partielle, ventilation, filtre lumineux et support visuel du lieu.
Ce cumul est probablement le sens le plus concret du mot « non-architecture » ici. Le projet n'efface pas l'architecture ; il réduit le nombre de couches distinctes nécessaires pour obtenir un espace habitable temporaire.
Laisser passer l'air
Le climat empêche toutefois de lire cette simplicité comme une simple économie de matière.
Un toit métallique de 900 m² fermé jusqu'au sol serait un excellent moyen de fabriquer une serre tropicale. Neramit garde donc ses extrémités ouvertes et ménage des interstices dans la couverture. Bangkok Project Studio attribue à ces ouvertures la ventilation du volume et le passage d'une lumière stratifiée pendant la journée.1
La géométrie irrégulière n'est ainsi pas seulement un dessin produit par les chutes. Elle participe à la manière dont pluie, lumière et air traversent l'enveloppe.13
Il faut cependant rester précis : les sources publiées ne donnent ni débit d'air, ni température intérieure mesurée, ni comparaison énergétique avec un pavillon plus conventionnel.
On peut affirmer que le projet cherche la ventilation passive et l'ombre par sa section ouverte. On ne peut pas lui attribuer un gain thermique chiffré absent des mesures publiques.
Le bâtiment bouge
La partie la plus étrange arrive sous la charpente.
La structure de toiture est mobile.1 Un compte rendu de Wonderfruit 2022 la décrit montée sur rails,5 tandis que la communication du festival la présentait comme installée sur roues et déplacée collectivement au cours d'un rituel quotidien.6
Le mouvement ne transforme pas Neramit en véhicule. Il permet de modifier la relation entre zones couvertes et découvertes selon les activités.1

Le détail déplace la flexibilité : beaucoup de salles polyvalentes restent fixes et changent grâce au mobilier, alors qu'ici une partie du bâtiment lui-même participe à la reconfiguration.
Cette mobilité ajoute pourtant un coût mécanique et structurel que les publications ne chiffrent pas ; elle ne rend donc pas automatiquement Neramit plus simple qu'un pavillon fixe.
Mais elle donne une autre définition de la polyvalence : ne pas prévoir une pièce pour chaque programme, prévoir une enveloppe assez générale pour que le programme puisse déplacer ses limites.
Vingt-quatre heures
Le bâtiment a rapidement vérifié cette polyvalence dans un contexte moins théorique que les rendus d'architecte.
Wonderfruit l'a utilisé comme un « town hall » ouvert 24 heures pendant l'édition 2022.1 La programmation y mélangeait musique, repos, rencontres et projections ; le vendredi, par exemple, Wonderfruit annonçait à Neramit une projection de film à 15 h 30.4
Un même volume devait donc fonctionner dans la chaleur du jour, comme lieu de pause, puis accueillir son et lumière la nuit.
La polyvalence n'est pas celle d'un hall blanc et neutre : la forme reste très présente, avec un axe central spectaculaire et des bords beaucoup plus comprimés qui orientent déjà les usages possibles.
La leçon n'est donc pas « une grande pièce peut tout faire ». C'est plutôt : une structure peut accepter plusieurs programmes si ses fonctions climatiques et spatiales restent indépendantes du programme précis du moment.
Démonter après
Premthada justifie également le choix de l'acier par sa capacité à être démonté, réassemblé et recyclé.1
Cette promesse mérite toutefois d'être ramenée à ce que les sources permettent réellement d'établir.
Nous n'avons pas trouvé de bilan carbone du pavillon, de taux de réemploi après démontage, ni de comparaison entre cet acier et une alternative bois ou bambou. Dire que l'acier est recyclable ne suffit pas à prouver qu'une structure est écologiquement meilleure sur tout son cycle de vie.
Ce que le projet rend visible est plus limité et plus utile : les composants ont été pensés pour ne pas dépendre d'une géométrie impossible à réutiliser. Les tubes sont standards, la construction est assemblable et le projet affirme leur démontabilité.1
Cette logique rejoint la contrainte des 6 mètres. Un composant conserve davantage de valeur après démontage lorsqu'il reste proche de dimensions communes et n'a pas été transformé en pièce unique impossible à employer ailleurs.
Moins dessiner
La « non-architecture » de Premthada n'est finalement pas une absence de dessin.
Neramit est au contraire très dessiné : sa charpente, ses rives, ses recouvrements, ses sections et son mouvement demandent des décisions précises.
Ce qui diminue, c'est autre chose : le nombre de gestes arbitraires entre la matière disponible et la forme construite.
Le tube mesure six mètres, alors la trame écoute six mètres. Une coupe reste, alors elle peut devenir rive. Une toiture protège, alors elle descend aussi faire paroi. Il faut ventiler, alors les bords restent ouverts. Le programme change, alors une partie de la couverture peut bouger.
La règle est presque embarrassante de simplicité : avant d'ajouter une solution, demander si un élément déjà nécessaire peut faire le travail.
Pour un pavillon de festival, cela produit une charpente spectaculaire. Pour un meuble, un atelier ou un petit bâtiment, le résultat serait probablement beaucoup moins photogénique.
C'est justement ce qui rend l'idée intéressante : elle fonctionne encore quand on retire la photographie d'architecture.
