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title: "Fabriquer un MXene en 30 secondes ne prend pas 30 secondes"
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category: "tech"
tags: ["MXene", "matériaux", "fabrication", "flash-joule-heating", "chimie"]
published_at: "2026-08-21T13:09:00.000Z"
author: "Arthur Lacoste"
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# Fabriquer un MXene en 30 secondes ne prend pas 30 secondes

Rice a gravé neuf familles de MXenes en moins de 30 secondes. Les données brutes racontent une histoire plus utile : la réaction devient presque instantanée, mais le process complet garde une seconde horloge.

Le chiffre est presque trop beau : **moins de 30 secondes**.

Une équipe menée par Shichen Xu et James Tour à Rice University vient de publier une méthode capable de convertir neuf phases MAX différentes en MXenes en quelques dizaines de secondes.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2) Le procédé utilise un chauffage Joule extrêmement rapide, puis une gravure en phase gazeuse au chlore et au tétrafluorométhane. Là où une gravure humide peut demander des heures ou des jours, la réaction essentielle devient assez courte pour tenir dans une vidéo verticale.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

Mais le nombre le plus intéressant du papier n’est peut-être pas 30 secondes.

Nous avons ouvert les données brutes publiées derrière sa figure 4. Dans les **10 000 simulations Monte Carlo** utilisées par les auteurs pour leur analyse technico-économique et leur ACV, le procédé FJH-ClF affiche un temps moyen de **45,2 heures**. La voie à l’acide fluorhydrique monte à 569,1 heures, et la voie aux sels fondus à 221,5 heures.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Ce n’est pas une contradiction. C’est la différence entre **la durée d’une réaction** et **la durée d’un process**.

Et cette différence change complètement la manière de lire l’annonce.

## Deux horloges

Une usine ne commence pas quand la réaction commence et ne s’arrête pas quand le courant est coupé.

Il faut préparer une matière première, la charger, contrôler l’atmosphère, traiter les réactifs, refroidir, laver ou séparer selon le procédé, manipuler les sous-produits, caractériser le matériau puis remettre l’équipement dans un état utilisable pour le lot suivant. Le papier de Rice ne prétend d’ailleurs pas que toute cette chaîne tient en 30 secondes. Son abstract dit que les neuf phases MAX testées sont **gravées** en moins de 30 secondes.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)

La communication de Rice donne l’origine du chiffre encore plus clairement. Xu raconte être tombé sur un procédé de gravure de MXene annoncé à 12–24 heures et s’être demandé si le flash Joule utilisé dans son laboratoire pouvait écraser ce temps. Il tente l’expérience et raconte qu’elle fonctionne au premier essai.[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

Le résultat est spectaculaire, mais il porte sur un verrou précis : la gravure sélective qui transforme une phase MAX en MXene.

Un protocole de référence publié dans *Nature Protocols* en 2024 permet de voir tout ce qui existe autour. Pour préparer le Ti3C2Tx, le MXene le plus étudié, les auteurs décrivent environ **une semaine pour fabriquer le précurseur MAX**, puis **deux jours de gravure** et encore **deux jours de délamination**.[5](https://www.nature.com/articles/s41596-024-00969-1) Le nouveau papier ne remplace pas nécessairement chacune de ces étapes par un éclair électrique. Il attaque surtout celle qui faisait tremper la matière longtemps dans une chimie pénible.

> Deux horloges
> **30 secondes n’est pas 45 heures**
> - Temps de gravure annoncé pour chacune des neuf phases MAX testées avec FJH-ClF.: < 30 s
> - Temps moyen du process FJH-ClF dans les 10 000 simulations Monte Carlo publiées derrière la figure 4.: 45,2 h
> - Temps moyen modélisé pour la voie HF dans le même jeu de données.: 569,1 h
> - Temps moyen modélisé pour la voie sels fondus.: 221,5 h
> Données : Xu et al., Nature Synthesis 2026, Source Data Fig. 4. Les 30 s et les heures ne mesurent pas le même périmètre.

Cette seconde horloge est moins photogénique. Elle est aussi beaucoup plus proche de la question industrielle réelle : **combien de temps un système de production reste occupé pour produire une quantité donnée ?**

Le gain reste massif. Dans le modèle des auteurs, 45,2 heures est environ 12,6 fois plus court que 569,1 heures. Simplement, ce n’est pas mille fois plus court parce qu’un sous-procédé est passé d’une journée à quelques secondes.

C’est exactement le genre de détail qui disparaît lorsqu’on confond progrès scientifique et accélération magique.

## Retirer l’aluminium

La vitesse devient plus compréhensible dès qu’on regarde ce que la gravure doit réellement retirer.

Les MXenes sont une famille de matériaux bidimensionnels constitués de couches très fines de carbures ou nitrures de métaux de transition. Ils sont étudiés pour le stockage d’énergie, le blindage électromagnétique, l’électronique, la catalyse ou certaines surfaces fonctionnelles.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2) Le nom vient d’une recette de départ : une **phase MAX**, dans laquelle les couches utiles sont séparées par un élément intermédiaire qu’il faut retirer sélectivement.

Rice utilise une analogie de sandwich assez efficace. Dans un exemple courant, des couches de titane et de carbone entourent de l’aluminium. Pour obtenir le MXene, il faut enlever l’aluminium sans massacrer les couches que l’on veut conserver, puis terminer la surface avec les groupes chimiques utiles.[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

Cette sélectivité est le problème.

On pourrait chauffer n’importe comment et détruire l’ensemble. On pourrait utiliser une chimie si agressive qu’elle attaque également la structure souhaitée. On pourrait retirer trop peu d’aluminium et conserver un matériau incomplet. La valeur d’une méthode n’est donc pas seulement sa vitesse : elle doit enlever la bonne chose, suffisamment, en laissant le réseau lamellaire utilisable.

La voie classique a longtemps utilisé l’acide fluorhydrique, parfois combiné à HCl ou généré à partir de sels fluorés. Le protocole Nature 2024 insiste explicitement sur l’expérience nécessaire pour travailler avec HF.[5](https://www.nature.com/articles/s41596-024-00969-1) Les méthodes aux sels fondus et les voies Lewis-acide ont ouvert d’autres chemins, mais elles conservent leurs propres contraintes de température, de durée, de lavage ou de composition.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)

Le papier de Rice déplace le problème : au lieu de laisser une solution attaquer lentement le précurseur, il combine une impulsion thermique très brève avec une chimie gazeuse contrôlée.

Ce n’est plus le même atelier.

## Le coup de flash

Le flash Joule heating utilise un geste assez brutal : un courant très intense traverse un matériau résistif, le chauffe presque immédiatement, puis le système le laisse refroidir tout aussi vite.

Une revue publiée en 2025 par plusieurs chercheurs du domaine décrit des températures pouvant dépasser 3 000 °C, des vitesses de chauffe supérieures à 100 °C par seconde et des durées allant de la milliseconde à quelques secondes.[6](https://www.nature.com/articles/s44359-024-00002-4) Ce qui compte ici dépasse la température : l’énergie arrive **directement** dans la matière, sans maintenir pendant des heures un four, son enceinte, son isolation et tout ce qui l’entoure à haute température.

Dans le procédé MXene, Rice décrit deux temps chimiques successifs. Le matériau MAX est rapidement chauffé. Du chlore gazeux et du tétrafluorométhane, CF4, sont introduits. La chimie retire sélectivement l’élément intercalaire, notamment l’aluminium dans les systèmes décrits, puis la fluorination produit les terminaisons de surface.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

L’équipe ne montre pas seulement Ti3C2Tx. Elle applique la stratégie à **neuf phases MAX**, ce qui compte énormément pour la portée du résultat : une astuce qui ne fonctionnerait que sur une composition très précise resterait un joli procédé spécialisé. Le papier cherche au contraire à montrer une famille de transformations gouvernées par des paramètres thermodynamiques et cinétiques que l’on peut régler.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)

Xu souligne un autre avantage dans le communiqué de Rice : la composition du gaz et le temps d’exposition peuvent être ajustés pour contrôler l’étendue de la gravure.[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

Cette contrôlabilité mérite presque plus d’attention que la vitesse.

Dans une production, attendre moins est utile. **Pouvoir régler plus finement ce que la réaction retire** est potentiellement plus important encore si cela réduit les lots ratés, facilite le passage d’une composition à l’autre ou permet d’atteindre plus régulièrement une chimie de surface donnée.

Il reste cependant une frontière nette entre « le papier démontre neuf compositions » et « une usine peut maintenant produire n’importe quel MXene à la demande ». Le premier est vérifié. Le second ne l’est pas encore.

Un abstract déjà publié pour une présentation ACS prévue le **26 août 2026** donne toutefois un jalon supplémentaire. Il détaille 10 secondes de chlorination suivies de 20 secondes de fluorination, plus de 97 % d’aluminium retiré de Ti3AlC2, et annonce une synthèse de laboratoire à **l’échelle du gramme en 80 secondes**.[11](https://acs.digitellinc.com/p/s/mxene-synthesis-in-seconds-by-flash-joule-heating-665880) C’est plus convaincant qu’une démonstration sur quelques milligrammes, mais le mot important reste « laboratoire » : un gramme obtenu rapidement n’est ni un débit continu, ni une preuve d’équipement industriel, ni une qualification de lots sur des milliers de cycles.

## Les chiffres bruts

La partie la plus convaincante du papier se trouve peut-être dans un fichier XLSX d’environ un mégaoctet que presque personne ne mettra dans un tweet.

La figure 4 compare FJH-ClF à une voie HF et à une voie aux sels fondus avec une analyse de cycle de vie et une analyse technico-économique. Les auteurs publient les données sources, ainsi que quatre datasets OpenLCA sur Zenodo.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)[3](https://zenodo.org/records/17913809)

Nous avons extrait les 10 000 tirages Monte Carlo utilisés pour le temps, l’énergie et le coût, puis vérifié les valeurs consolidées publiées dans le panneau 4i.

Le résultat est moins spectaculaire visuellement que « 30 secondes », mais plus utile pour juger une technologie de fabrication.

> Modèle des auteurs
> **HF = 100, le flash tombe très bas**
> - Énergie FJH-ClF par rapport à la voie HF dans la synthèse LCA/TEA.: 6,17 %
> - Coût modélisé par rapport à HF.: 20,70 %
> - Déchets générés par rapport à HF.: 19,54 %
> - Indicateur de toxicité agrégé par rapport à HF.: 6,99 %
> Source Data Fig. 4, panel 4i. Ce sont des résultats de modèle, pas des factures d’usine observées.

Dans leur scénario, l’énergie de process moyenne passe de **652,95 MJ pour HF à 40,26 MJ pour FJH-ClF**. Cela correspond à environ **16,2 fois moins**.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Le coût consolidé passe de **12,59 à 2,61 dollars** dans l’unité fonctionnelle choisie par leur analyse, soit environ **4,8 fois moins**.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx) Nous évitons volontairement d’écrire « 2,61 dollars le kilo » : le fichier Source Data que nous avons audité expose les valeurs mais le texte accessible publiquement du papier ne décrit pas assez proprement ici l’unité fonctionnelle pour la réaffirmer sans le contexte complet. Le ratio, lui, est celui publié par les auteurs.

Les déchets passent de **4,6124 à 0,9011 kg**, soit environ **5,1 fois moins** dans le scénario comparé.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

L’indicateur agrégé de toxicité tombe à environ **7 % de la valeur HF**, ce qui représente un facteur d’environ **14,3**.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Et le temps de process, notre seconde horloge, descend à **7,94 %** du scénario HF.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Ces nombres ne prouvent pas qu’une future usine obtiendra exactement les mêmes facteurs. Ils prouvent quelque chose de plus modeste et plus solide : **l’avantage annoncé ne repose pas uniquement sur la durée du flash**. Dans le modèle construit avec leurs flux de matière et d’énergie, il survit lorsqu’on élargit le périmètre.

C’est une distinction importante.

Une réaction cent fois plus rapide peut être industriellement insignifiante si elle oblige ensuite à une séparation dix fois plus longue, à une purification ruineuse ou à un équipement consommant l’économie obtenue. Ici, le modèle des auteurs suggère que le gain continue au-delà de la micro-seconde spectaculaire.

Il reste à vérifier qu’il survit aussi au passage du modèle à une ligne de production réelle.

## Pas sans chimie

La communication sur les nouvelles méthodes de matériaux a une maladie récurrente : « sans bain d’acide » devient très vite « propre ».

Le classeur publié avec l’étude empêche ce raccourci.

Le procédé remplace effectivement une grande partie de la gravure liquide acide par des gaz. Mais son inventaire publié pour FJH-ClF contient notamment **du chlore, du CF4 et de l’argon**.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx) Dans le scénario de la figure 4, les entrées listées sont d’environ 0,621 kg de Cl2, 2,626 kg de CF4 et 0,956 kg d’argon.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Le chlore n’est pas un gaz sympathique auquel on ouvre une fenêtre. Le CDC le décrit comme toxique et fortement irritant, avec des risques graves en cas d’exposition.[8](https://www.cdc.gov/chemical-emergencies/chemical-fact-sheets/chlorine.html) Rice formule d’ailleurs sa promesse de sécurité avec une réserve très importante : le passage aux gaz **pourrait réduire le risque dans un procédé de fabrication correctement contrôlé**.[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)

Cette dernière partie de phrase fait beaucoup de travail.

Il faut une enceinte, un contrôle de débit, une détection de fuite, des systèmes d’abattement ou de capture adaptés, une procédure pour les sous-produits et une maintenance qui ne transforme pas le gain de temps en petit nuage jaune-vert. Une méthode de laboratoire peut être moins dangereuse en bilan global tout en nécessitant une ingénierie de sécurité plus sophistiquée sur certains points.

Le CF4 mérite lui aussi d’éviter les raccourcis. C’est un perfluorocarbone extrêmement stable. Selon l’EPA, le CF4 peut rester dans l’atmosphère environ **50 000 ans** ; son potentiel de réchauffement à 100 ans se compte en milliers de fois celui du CO2.[7](https://www.epa.gov/ghgemissions/understanding-global-warming-potentials)

Cela ne signifie pas que le nouveau procédé possède nécessairement un bilan climatique pire. L’ACV du papier aboutit justement à une amélioration globale par rapport aux routes comparées.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx) Mais cela signifie qu’une industrialisation sérieuse devra contrôler les émissions de CF4 avec beaucoup plus d’attention que ne le suggère la formule « on remplace l’acide par du gaz ».

Le fichier de déchets est encore plus instructif. Le scénario FJH-ClF totalise **0,9011 kg** de déchets et liste, parmi les sorties, environ **0,374 kg de HCl et 0,206 kg de HF**.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx) La méthode réduit donc fortement la masse et l’indicateur de toxicité dans leur modèle, mais elle ne fait pas disparaître par magie le fluor ou toute espèce acide de la chaîne.

Ce n’est pas un problème pour le papier. C’est au contraire ce qui rend son analyse LCA intéressante : les auteurs essaient de compter ce qui se passe réellement plutôt que de baptiser « vert » le réactif qui se voit le moins.

## Le piège du scale-up

« Scalable » est probablement le mot le plus dangereux de la littérature matériaux après « simple ».

Il peut vouloir dire que la physique n’interdit pas de fabriquer plus gros. Il peut vouloir dire que l’équipe a fait plusieurs lots. Il peut vouloir dire qu’un appareil de laboratoire possède un chemin crédible vers un système continu. Il peut aussi vouloir dire que quelqu’un a écrit « scalable » dans l’abstract et que personne n’a encore construit la machine suivante.

Le papier MXene présente sa stratégie comme scalable.[1](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2) La revue sur le flash Joule publiée en 2025 donne un contexte plus prudent : FJH a été largement démontré à l’échelle du laboratoire, et certains procédés commencent à être transposés à des échelles industrielles, mais le passage à des débits réellement industriels demande encore du développement d’équipements et d’ingénierie.[6](https://www.nature.com/articles/s44359-024-00002-4)

Le chauffage ultrarapide crée ses propres problèmes de scale-up.

À petite échelle, il est plus facile d’obtenir une distribution de courant et de température contrôlée dans un échantillon. Quand la masse augmente, les chemins électriques, les gradients thermiques, le contact avec les électrodes et l’écoulement des gaz deviennent plus difficiles à maintenir uniformes. Un procédé qui dépend précisément de la température et de la durée pour enlever l’aluminium sans abîmer les couches voisines ne peut pas simplement être agrandi comme une photo dans PowerPoint.

La chimie gazeuse ajoute une seconde contrainte. Un petit réacteur peut recevoir une dose de Cl2 et de CF4 bien contrôlée. Une ligne de production doit fournir ces gaz, récupérer les effluents, garantir l’homogénéité du traitement et prouver qu’un matériau produit lundi matin ressemble à celui fabriqué vendredi soir.

Enfin, il reste la matière avant et après la gravure.

L’étude de sécurité et soutenabilité publiée dans *Scientific Reports* en 2024 sur Ti3C2Tx rappelle que le bilan d’un MXene dépend aussi de ses précurseurs et que la production du précurseur titane peut constituer un hotspot environnemental.[9](https://www.nature.com/articles/s41598-024-82063-w) Elle souligne également que les données sur les effets dangereux à long terme des MXenes restent incomplètes.[9](https://www.nature.com/articles/s41598-024-82063-w)

Accélérer la gravure ne résout donc pas l’extraction du titane, la fabrication de la phase MAX, la délamination éventuelle, la dispersion, la formulation dans un produit ou la fin de vie.

Ce serait beaucoup demander à 30 secondes.

## Ce qui change vraiment

Alors, faut-il oublier le chiffre ? Non.

Passer d’une gravure de 12–24 heures à une réaction sous les 30 secondes est énorme.[4](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials) Même si le process entier reste mesuré en dizaines d’heures dans le modèle, supprimer un long temps de résidence peut réduire la taille des équipements, augmenter le nombre de lots possibles, diminuer l’énergie immobilisée et rendre les changements de recette beaucoup moins coûteux.

C’est là que l’histoire devient intéressante pour la fabrication.

Une innovation de procédé ne vaut pas seulement parce qu’elle produit le même objet plus vite. Elle peut modifier **la forme de l’usine**.

Si une gravure demande deux jours, chaque lot occupe longtemps un réacteur, mobilise du volume, immobilise des réactifs et rend chaque changement de composition pénible. Si la réaction active prend quelques secondes, le goulot se déplace vers la préparation, la manutention, le traitement des gaz, la caractérisation et les opérations situées autour.

Le procédé ne devient pas instantané. **Le problème industriel change de place.**

C’est souvent plus important.

Une machine lente oblige à multiplier les machines. Une réaction rapide peut au contraire rendre visible que le vrai verrou est le chargement, le refroidissement ou le contrôle qualité. Une chimie longue pousse vers de gros stocks intermédiaires ; une chimie très courte peut favoriser des lots plus petits, davantage de recettes et une production plus proche du besoin, à condition que le reste de la chaîne suive.

Nature résume le travail, dans son Research Briefing du 20 août, comme une conversion des phases MAX en MXenes en dizaines de secondes avec moins d’acide, d’énergie et de déchets.[10](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01141-1) C’est une description juste. Elle devient simplement plus intéressante lorsqu’on ajoute la seconde horloge.

Le résultat de Rice n’est pas « une usine à MXenes en 30 secondes ».

C’est un procédé où **l’étape chimique qui justifiait des heures d’attente cesse soudain d’être le morceau lent**. Les données des auteurs suggèrent que ce déplacement réduit encore fortement le temps, l’énergie, le coût et les déchets lorsqu’ils modélisent la chaîne plus largement.[2](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)

Reste maintenant la partie beaucoup moins glamour : transformer une cellule de laboratoire qui sait flasher neuf précurseurs en un équipement répétable, sûr, captant correctement ses gaz et suffisamment robuste pour fonctionner à débit utile.

Si cette étape réussit, les 30 secondes auront fait leur travail.

Pas en rendant l’usine instantanée.

En forçant tout le reste de l’usine à devenir le nouveau problème.

## References

1. [Shichen Xu et al., Flash Joule heating for rapid MXenes synthesis, Nature Synthesis, 10 août 2026](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01132-2)
2. [Xu et al., Source Data Fig. 4 — LCA, TEA, temps, énergie, coût, toxicité et déchets](https://media.springernature.com/original/springer-static/esm/art%3A10.1038%2Fs44160-026-01132-2/MediaObjects/44160_2026_1132_MOESM5_ESM.xlsx)
3. [Xu et al., MXene Synthesis in Seconds by Flash Joule Heating, Zenodo dataset 17913809](https://zenodo.org/records/17913809)
4. [Rice University, Rice lab develops new technique for rapid production of advanced materials, 10 août 2026](https://news.rice.edu/news/2026/rice-lab-develops-new-technique-rapid-production-advanced-materials)
5. [Marley Downes et al., Comprehensive synthesis of Ti3C2Tx from MAX phase to MXene, Nature Protocols, 2024](https://www.nature.com/articles/s41596-024-00969-1)
6. [Bing Deng et al., Flash Joule heating for synthesis, upcycling and remediation, Nature Reviews Clean Technology, 2025](https://www.nature.com/articles/s44359-024-00002-4)
7. [US EPA, Understanding Global Warming Potentials](https://www.epa.gov/ghgemissions/understanding-global-warming-potentials)
8. [CDC, Chlorine — Chemical Fact Sheet, 2026](https://www.cdc.gov/chemical-emergencies/chemical-fact-sheets/chlorine.html)
9. [Steffen Foss Hansen et al., Maximizing the safety and sustainability of MXenes, Scientific Reports, 2024](https://www.nature.com/articles/s41598-024-82063-w)
10. [Nature Synthesis, Rapid and sustainable MXene synthesis, Research Briefing, 20 août 2026](https://www.nature.com/articles/s44160-026-01141-1)
11. [American Chemical Society, MXene synthesis in seconds by flash Joule heating, abstract de présentation du 26 août 2026](https://acs.digitellinc.com/p/s/mxene-synthesis-in-seconds-by-flash-joule-heating-665880)
