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title: "Mark Francis ne peint pas une onde sonore. Il en garde le rythme et les accidents"
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category: "creative"
tags: ["peinture", "son", "abstraction", "processus créatif", "Mark Francis"]
published_at: "2026-08-28T10:28:00.000Z"
author: "Manon Girard"
translation: "https://irz.fr/en/articles/mark-francis-sound-as-grammar-en.md"
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# Mark Francis ne peint pas une onde sonore. Il en garde le rythme et les accidents

Chroma parle de fréquence, d’écho et de résonance. Chez Mark Francis, le son sert surtout de grammaire pour organiser rythme, répétition, rupture et hasard.

Dire que **Mark Francis transforme le son en peinture** donne immédiatement envie d’ajouter une flèche entre un fichier audio et la toile. Ce serait pratique. Les tableaux, eux, résistent à ce petit schéma.

En lisant les textes de *Chroma*, puis les entretiens plus anciens, le câble imaginaire disparaît. Francis parle bien de fréquence, d’écho, de pulse et de résonance.[1](https://www.designboom.com/art/mark-francis-sound-art-frequency-vibrating-abstract-paintings/)[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710) En revanche, personne ne fournit la petite légende qui ferait de la toile un graphique : telle fréquence = tel jaune, tel son = telle ligne.

Ce que le son fournit ressemble davantage à **une grammaire** : répétition, pulse, superposition, interruption, anomalie. Une structure assez précise pour commencer, pas assez autoritaire pour survivre intacte à la peinture humide.

> **Deux façons de peindre des données**
> - Une valeur d’entrée correspond à une forme, une couleur ou une position selon une règle reproductible.: Encodage
> - Le domaine source fournit du rythme, de la répétition, des ruptures et un vocabulaire sans imposer une correspondance un-à-un.: Grammaire
> Les sources sur Francis documentent clairement la seconde logique ; elles ne publient pas de table de conversion audio-couleur.

## Le pulse reste

Le son n’est pas arrivé pour le communiqué 2026. Francis disait déjà en 2023 qu’en regardant plusieurs décennies de travail, il retrouvait toujours certains motifs, dont le son.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/) Sa description d’une surface est très simple : un **pulse**, puis quelque chose qui cloche dans le pulse.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/)

La musique entre aussi par les titres. Il écoute aussi bien classique, punk, heavy metal, techno, industriel ou ambient, et dit que le nom de ses œuvres est souvent influencé par ce qui joue dans son atelier.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/)

Les titres gardent les traces de cette écoute : *Sequential Pulse*, *Cadence*, *Dub Echo*, *Reverb Mix*. *Sound Field* existe en 2022, *Sequencer* en 2023, *Subtonic* et *Sea of Sound* en 2024.[4](https://www.kerlingallery.com/exhibitions/mark-francis18)[7](https://www.kerlingallery.com/artists/mark-francis) Quand *Chroma* arrive, le vocabulaire a déjà vécu plusieurs années dans les tableaux.

> Illustration: Sound Field de Mark Francis, 2022, peinture abstraite verticale. Sound Field (2022), huile sur toile, 275 × 214 cm. Le titre sonore précède Chroma de quatre ans. Credit: [Mark Francis / Kerlin Gallery](https://www.kerlingallery.com/artists/mark-francis).

Kerlin décrit *Acoustic Oceans* en 2024 comme un ensemble où les séquences binaires et les données deviennent des bandes de couleur pulsées, tandis que Francis compare la construction de ses peintures à un bruit abstrait improvisé, à la fois mélodique et chaotique.[4](https://www.kerlingallery.com/exhibitions/mark-francis18) Son propre site parle de couleur et de « sound data », et de teintes qui portent de l’information.[3](https://www.markfrancisstudio.com/about/)

Le mot « données » est donc légitime. La table de correspondance, elle, reste introuvable — et mieux vaut ne pas la rédiger à la place de l’artiste.

## Pas de décodeur

Designboom écrit que Francis « visualizes sound and frequency ».[1](https://www.designboom.com/art/mark-francis-sound-art-frequency-vibrating-abstract-paintings/) Pris tout seul, le verbe promet beaucoup. Quelques lignes plus loin, le même texte devient heureusement plus précis : les peintures **suggèrent** échos et fréquences superposées sans les illustrer littéralement.[1](https://www.designboom.com/art/mark-francis-sound-art-frequency-vibrating-abstract-paintings/)

Bernhard Knaus Fine Art tient une ligne similaire. La galerie dit que la couleur fonctionne comme un phénomène acoustique, que les lignes rappellent oscillation et écho, et que Francis donne forme au son par mouvement, intensité et rythme.[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710) Elle explique aussi que ses points de départ peuvent rappeler réseaux, structures cellulaires ou modèles scientifiques, avant que ces structures ne se dissolvent au cours du travail.[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710)

Tout tient presque dans le verbe **rappeler**.

Avec un vrai encodage, on devrait pouvoir poser une question assez bête : si je change l’entrée et garde la règle, qu’est-ce qui change dans l’image ? Ici, les textes ne permettent pas de répondre. Aucun mapping publié entre fréquence et pigment, waveform et longueur, volume et densité.

Rien ne manque forcément au tableau pour autant. C’est seulement un autre type d’emprunt.

## Une contrainte humide

Sa méthode de peinture ajoute même une contrainte qui n’a rien de numérique : le séchage.

La contrainte la plus brutale est presque banale : la peinture sèche. Francis explique en 2023 qu’il avance **une toile à la fois** dans un processus très systématique.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/) Une fois la surface trop sèche, la façon de travailler n’est plus disponible. Il lui arrive même de poser du plastique devant la toile pour ralentir l’air.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/)

*Chroma* ajoute l’autre moitié : la composition est préparée, puis souvent peinte **alla prima**.[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710) Autrement dit, le plan arrive dans l’atelier, mais la surface fraîche a le droit de lui désobéir.

> **La méthode tient en quatre tensions**
> - Préparer une structure : grille, séquence, réseau, rythme ou autre point de départ.: 1
> - Travailler dans une fenêtre matérielle : la couche encore humide impose son propre calendrier.: 2
> - Répéter suffisamment pour créer une pulsation lisible.: 3
> - Laisser une rupture, une bavure ou une aberration empêcher la répétition de devenir mécanique.: 4
> Chez Francis, le système prépare le tableau ; il ne décide pas seul de son état final.

Le rythme cesse alors d’être seulement une métaphore dans le motif : la matière impose aussi son tempo à l’atelier. Il faut avancer pendant que la surface accepte encore le geste.

## L’accident vient de 1989

Le hasard n’est pas arrivé avec le thème du son.

Francis raconte qu’autour de **1989**, il réalise des monotypes puis cherche comment retrouver en peinture leur qualité visuelle. Il lisse ses toiles à la spatule et reprend rouleaux et outils issus de l’impression pour reconstruire ce type de surface.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/) Il dit que cette méthode traverse ensuite toute sa pratique.

Le monotype lui convenait justement parce qu’une image unique conserve ses accidents.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/) On prépare la plaque, l’encre et la pression, puis le retrait du papier rend quelque chose qui n’était pas entièrement négociable à l’avance.

Vu depuis 1989, *Chroma* paraît moins sorti de nulle part. Contrôle et accident ne sont pas deux mots ajoutés après coup au dossier de presse ; ils viennent d’une pratique où l’impression avait déjà appris à Francis qu’un système pouvait rendre autre chose que ce qu’on lui demandait.

> Illustration: Subtonic de Mark Francis, 2024, bandes verticales colorées. Subtonic (2024), huile sur aluminium, 122 × 153 cm. Les bandes sont très réglées, mais leurs bordures et superpositions empêchent le système de se lire comme un simple graphique. Credit: [Mark Francis / Kerlin Gallery](https://www.kerlingallery.com/exhibitions/mark-francis18).

La critique d’*Acoustic Oceans* dans *The Irish Times* décrit justement des bandes verticales superposées dont les limites sont brouillées au pinceau. L’œil hésite sur l’ordre des plans et la compression des lignes produit une impression de bruit visuel.[6](https://www.irishtimes.com/culture/art/review/2024/07/23/mark-francis-acoustic-oceans-review-a-fascinating-development-in-the-irish-artists-decades-spanning-career/) C’est une mécanique perceptive, pas seulement un thème indiqué par le cartel.

## Copier une relation

La recette à voler n’est donc pas « prenez une chanson et peignez-la ». Sans règle de passage, cette phrase ressemble surtout à un atelier créatif du dimanche matin.

L’idée plus solide consiste à voler **des relations plutôt que des formes**.

Le répertoire est assez clair : fréquence/intervalle, pulse/rupture, signal/bruit, répétition/écho, couche/réverbération. Rien n’oblige ensuite le tableau à ressembler à Ableton. Une bande revient, la suivante décale le rythme, une coupure casse la série, deux couleurs se mettent presque à battre l’une contre l’autre.

Et la peinture reste peinture : elle garde sa viscosité, ses outils, son temps de séchage et ses ratés. Elle ne devient pas l’écran analogique d’un logiciel imaginaire.

> **Emprunter sans illustrer**
> - Dessiner une waveform, un spectrogramme ou des notes : le son reste visuellement identifiable.: Copier la forme
> - Importer répétition, cadence, écho, densité ou rupture puis laisser la peinture les réinterpréter.: Copier la relation
> La seconde stratégie explique mieux les sources disponibles sur Francis et laisse le médium cible conserver ses propres contraintes.

## Science comme départ

Le son n’est d’ailleurs qu’une moitié de cette mécanique. L’autre vient de la science.

Dans les années 1990, il regarde maladies et cellules. Plus tard viennent radioastronomie, dark matter, réseaux ou structures cristallines.[5](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/)[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710) Kerlin résume sa pratique comme une peinture nourrie par ce que les technologies scientifiques rendent visible : microscopie électronique, motifs sismiques, données sonores venues de l’espace.[7](https://www.kerlingallery.com/artists/mark-francis)

Le texte de *Chroma* appelle justement ces structures des **catalyseurs**.[2](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710) Elles déclenchent la peinture, puis perdent progressivement leur contexte d’origine. À la fin, il reste la trace du système, pas sa légende.

C’est une nuance utile maintenant que « data-driven » suffit parfois à donner un parfum de laboratoire à n’importe quelle intuition. Francis emprunte à la science et au son des systèmes suffisamment forts pour lancer une composition, puis accepte qu’ils perdent leur autorité pendant l’exécution.

> Illustration: Sea of Sound de Mark Francis, 2024, grande composition abstraite à bandes colorées. Sea of Sound (2024), huile sur toile, 214 × 274 cm. Le son y fonctionne déjà comme vocabulaire visuel deux ans avant Chroma. Credit: [Mark Francis / Kerlin Gallery](https://www.kerlingallery.com/exhibitions/mark-francis18).

## La fréquence suggère

Dire que Francis « peint le son » reste donc acceptable à condition de savoir ce qu’on met derrière : pulse, fréquence, résonance, bruit, écoute. Si l’expression fait imaginer un signal audio converti mécaniquement puis recopié, elle raconte une méthode que les sources ne montrent pas.

Les sources disponibles ne montrent pas ce second pipeline. Elles montrent à la place quelque chose de moins démonstratif : une structure préparée, un vocabulaire emprunté à d’autres disciplines, une peinture qui doit être travaillée avant de sécher, et suffisamment d’accident pour empêcher la structure de rester intacte.

Chez Francis, le son ne fournit finalement pas une réponse à recopier. Il fournit **des questions auxquelles la peinture peut répondre de travers**.

## References

1. [Designboom — Mark Francis visualizes sound and frequency in Chroma exhibition, 27 août 2026](https://www.designboom.com/art/mark-francis-sound-art-frequency-vibrating-abstract-paintings/)
2. [Bernhard Knaus Fine Art — Mark Francis: Chroma, 4 septembre – 21 novembre 2026](https://bernhardknaus.com/en/exhibitions/mark-francis-chroma~e18710)
3. [Mark Francis Studio — About](https://www.markfrancisstudio.com/about/)
4. [Kerlin Gallery — Mark Francis: Acoustic Oceans, 2024](https://www.kerlingallery.com/exhibitions/mark-francis18)
5. [The Irish Times — Mark Francis interview, 14 octobre 2023](https://www.irishtimes.com/culture/art/2023/10/14/irish-artist-mark-francis-these-prints-are-pieces-in-their-own-right-just-as-important-as-a-big-painting/)
6. [The Irish Times — Acoustic Oceans review, 23 juillet 2024](https://www.irishtimes.com/culture/art/review/2024/07/23/mark-francis-acoustic-oceans-review-a-fascinating-development-in-the-irish-artists-decades-spanning-career/)
7. [Kerlin Gallery — Mark Francis artist page](https://www.kerlingallery.com/artists/mark-francis)
