Jane Street n’apprend pas uniquement le trading avec des cours et des graphiques. En 2013, la société a conçu un jeu de 40 cartes appelé Figgie.
L’entreprise dit l’avoir conçu pour enseigner les bases du trading. Les joueurs achètent et vendent des cartes de quatre couleurs pendant plusieurs manches, alors qu’une seule famille possède réellement de la valeur. Le nombre de cartes dans chaque couleur donne des indices, mais personne ne connaît immédiatement la bonne réponse.
Il faut donc agir avec une information incomplète.
Transformer une notion en comportement
C’est la partie transférable bien au-delà de la finance.
Un cours peut expliquer ce qu’est un prix, un spread ou une information partielle. Un jeu oblige à prendre une décision avec ces contraintes, puis à recommencer quelques secondes plus tard. La compétence devient moins une définition à retenir qu’un comportement à ajuster.
Jane Street a créé une version virtuelle de Figgie pour son stage à distance en 2020, puis a rendu le jeu accessible plus largement sur le web et mobile. Le même goût pour l’apprentissage par problèmes apparaît aussi dans sa bibliothèque de puzzles, que l’entreprise relie explicitement au travail de résolution de problèmes qu’elle recherche.
Il faut éviter de romantiser le dispositif. Un jeu de cartes n’est pas un marché réel, et gagner à Figgie ne prouve pas qu’on sait gérer du risque avec de l’argent, des clients ou des contraintes réglementaires.
Mais comme objet pédagogique, il montre quelque chose de simple : certaines compétences deviennent plus faciles à apprendre quand on fabrique une petite situation où l’erreur arrive vite, coûte peu et peut être rejouée immédiatement.
Pour former quelqu’un à un métier complexe, la bonne question n’est peut-être pas seulement « quel contenu lui expliquer ? ». Elle peut aussi être : quelle version miniature du travail peut-il pratiquer cinquante fois sans casser quoi que ce soit ?