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title: "Ce drone frappe la glace pour pouvoir arrêter de voler"
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category: "tech"
tags: ["robotique", "drone", "Arctique", "capteur", "glace", "recherche"]
published_at: "2026-08-22T09:25:00.000Z"
author: "Camille Morel"
translation: "https://irz.fr/en/articles/ice-dart-iceberg-sensor-en.md"
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# Ce drone frappe la glace pour pouvoir arrêter de voler

Ice Dart ne cherche pas à rester en vol au-dessus d’un iceberg. Il encaisse l’impact, plante huit épines dans la glace et utilise la poussée inverse pour devenir un capteur fixe sur des pentes proches de 60°.

Un drone au-dessus d’un iceberg rencontre vite un problème très banal : **rester en l’air consomme de l’énergie, même lorsqu’il ne fait rien d’autre que tenir sa position**. Pour une séquence de quelques minutes, on l’accepte. Dès que la mesure doit durer, le vol cesse d’être un avantage et devient la dépense à supprimer.

C’est le point de départ d’Ice Dart, développé à l’Université de Sherbrooke par Isaac Tunney, John P. Bass et Alexis Lussier Desbiens : au lieu d’exiger un petit carré horizontal, le drone accepte une arrivée rapide sur une surface inclinée, irrégulière et glissante, puis utilise ce contact brutal pour s’y fixer.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)

En Islande, cette mécanique a donné **24 atterrissages réussis** sur des icebergs et un glacier, avec des pentes atteignant 58° et des vents jusqu’à 30 km/h.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones) La tentation est de résumer le projet à ses griffes. En réalité, l’atterrissage tient à trois gestes successifs, chacun préparant le suivant : absorber l’arrivée, faire mordre les pointes, plaquer brièvement le drone contre la glace.

## Quitter l’air

L’intérêt scientifique commence surtout après l’atterrissage. En stationnaire, un multirotor paie chaque seconde de présence par de la puissance moteur. Une fois accroché à la glace, il peut couper cette dépense de portance et réserver sa batterie aux capteurs, au calcul ou aux communications.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

Alexis Lussier Desbiens relève au passage deux bénéfices moins photogéniques (mais utiles pour un instrument de terrain) : l’appareil devient silencieux et peut fortement réduire ses signatures thermique ou radio en éteignant les systèmes devenus inutiles.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

Sur un iceberg, le bénéfice se compte surtout en temps. Un survol donne une photographie ou quelques mesures ponctuelles. Attaché à la masse de glace, le même instrument peut suivre son déplacement et enregistrer une série beaucoup plus longue. Les chercheurs parlent de missions de plusieurs jours, voire de plusieurs mois ; cette durée reste un objectif, car Ice Dart n’a pas encore démontré des mois d’autonomie sans intervention, mais l’ancrage retire au moins la facture énergétique permanente du stationnaire.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

Le drone devient alors un livreur de capteur vers un endroit où l’installation manuelle serait difficile ou dangereuse. Son talent aérien sert à atteindre la glace ; la valeur de la mission vient ensuite du fait qu’il puisse y rester.

## Freiner d’abord

Planter directement une pointe rigide à la première milliseconde du contact serait tentant, et probablement désastreux : elle peut rebondir, glisser, casser ou arracher un éclat avant d’avoir créé assez d’adhérence.

Ice Dart commence par **dissiper l’énergie du contact**. Ses quatre jambes en X pivotent autour du châssis ; leur mouvement entraîne un amortisseur à friction constitué de 38 disques.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones) Le train se comprime, le centre de masse descend, et une partie de l’énergie cinétique finit en friction au lieu de renvoyer la machine vers l’air.

> Ice Dart
> **L’impact en trois temps**
> - Le train à friction absorbe l’arrivée et limite le rebond.: 1
> - La compression déploie les épines au moment où la charge devient utile.: 2
> - La poussée inverse augmente brièvement la force normale et aide les épines à tenir.: 3
> La griffe seule ne suffit pas : l’ordre des trois mécanismes fait l’atterrissage.

La compression commande en même temps, sans moteur dédié, la sortie des épines. Protégées pendant l’approche, elles commencent à pénétrer lorsque le train a déjà mangé une partie du choc.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

Ce décalage de quelques instants change beaucoup de choses : la pointe n’a plus à encaisser tout le choc et à arrêter le drone dans le même geste.

## Deux griffes

Pourquoi deux épines opposées sur chaque pied, et pourquoi deux géométries ? À forte pente, les quatre points d’appui ne voient tout simplement pas la même charge.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)

En aval, les pieds portent davantage de charge et doivent freiner franchement une glissade : leur épine est plus importante. En amont, la pression peut devenir très faible ; une pointe plus fine s’engage plus facilement et peut raccrocher la glace sous une charge normale réduite.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

> Pied Ice Dart
> **Deux efforts différents**
> - Freiner : charge plus forte, épine plus robuste pour empêcher le drone de partir vers le bas.: Aval
> - Raccrocher : charge faible, épine plus facile à engager pour conserver un point d’appui sur forte pente.: Amont
> Les chercheurs parlent d’adhérence anisotrope : le pied est volontairement meilleur dans certaines directions que dans d’autres.

Le papier parle de force de cisaillement anisotrope.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411) Dit plus simplement, le pied n’a aucune raison d’être également bon dans toutes les directions : il doit surtout résister au mouvement que la pente et le poids cherchent réellement à provoquer.

Tunney cite la griffe du chat, rentrée jusqu’au moment où elle devient utile.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)[3](https://www.linkedin.com/posts/alexis-lussier-desbiens_fieldrobotics-aerialrobotics-dronetechnology-activity-7475002095901769728-09EU) L’image est bonne, à condition de regarder le mécanisme plutôt que la biomimétique de vitrine : la pointe sort quand le contact fournit enfin les conditions pour qu’elle travaille.

## Pousser encore

Reste une difficulté très terrestre : une pointe ne mord que si quelque chose la presse contre la glace. À presque 60°, les pieds amont peuvent justement manquer de cette force normale.

Au toucher, Ice Dart emploie donc ses hélices à l’envers de leur rôle habituel : **les moteurs produisent brièvement une poussée inverse**, augmentant la force qui plaque le châssis sur la glace et, avec elle, la pénétration ainsi que l’effort de cisaillement disponible dans les épines.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)

Cette poussée ne dure que pendant la transition, le temps de prêter au train et aux griffes la pression qui manque encore avant que le poids de l’appareil et la géométrie de la pente prennent le relais.

Le laboratoire n’arrive pas là par hasard. Il avait déjà testé amortisseurs à friction et poussée inverse pour poser des multirotors sur des véhicules rapides, puis des architectures capables de se poser sur des toits très inclinés.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)[4](https://www.linkedin.com/in/isaac-tunney-10094912a) Ice Dart réunit cette expérience avec une contrainte plus sale : la surface peut être cassante, humide, sculptée, et sa forme exacte reste difficile à lire depuis l’air.

## Vingt-quatre impacts

Les essais contrôlés couvrent des descentes de 1 à 3 m/s et des pentes de glace jusqu’à 60°.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411) En Islande, la machine a quitté la plaque préparée du laboratoire pour différentes formes et qualités de glace, au glacier de Fjallsjökull et sur les icebergs de sa lagune.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)

> Essais terrain
> **La marge réelle**
> - atterrissages réussis: 24
> - pente maximale: 58°
> - écart d’orientation: 45°
> - vent maximal rapporté: 30 km/h
> Campagne islandaise : 100 % de réussite sur les 24 atterrissages rapportés dans l’étude.

Nous pouvons donc donner un dénominateur au « 100 % » : **24 essais terrain, 24 succès**.[1](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411) Cela décrit cette campagne, pas toutes les faces d’iceberg imaginables. Le papier rapporte aussi des écarts d’orientation jusqu’à 45°, ce qui montre que l’appareil n’exige pas un alignement parfait avec la ligne de plus grande pente.

La mécanique ne ferme pourtant pas le dossier. Le choix autonome d’une bonne zone d’atterrissage reste à développer, tout comme un décollage d’urgence si l’iceberg se retourne ou se fracture.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones) Un capteur parfaitement accroché à une plaque qui chavire serait, techniquement, très bien accroché au mauvais endroit.

## Dormir dessus

Ice Dart met en évidence une frontière qu’on regarde peu en robotique aérienne : on compare volontiers la vitesse, l’autonomie en vol ou les capteurs, alors qu’ici la fonction décisive consiste à **savoir cesser de voler**.

Avec ses 2,65 kg, le châssis reste un petit vecteur plutôt qu’une station scientifique géante.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones) Il peut déposer une instrumentation légère sur une surface que navires, humains ou balises larguées atteignent mal, puis partager son mouvement au lieu de repartir aussitôt.

IEEE Spectrum indiquait en août qu’une mission dans l’Arctique canadien devait employer le drone pour se poser sur des icebergs et recueillir des mesures destinées à valider des systèmes de détection depuis les navires.[2](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones) Les résultats de cette campagne n’étant pas encore publiés, elle appartient à la suite du programme, pas au bilan déjà démontré.

Le prototype islandais a déjà franchi la transition la plus spectaculaire : à trois mètres par seconde, Ice Dart arrive encore comme un drone, puis le train se comprime, les griffes mordent et les moteurs poussent une dernière fois vers la glace. Quelques instants plus tard, la partie aérienne du travail est terminée. **La mission du capteur, elle, peut enfin commencer.**

## References

1. [Isaac Tunney, John P. Bass, Alexis Lussier Desbiens, « The Ice Dart: Landing on Steep Ice Using Spiny Feet, Dissipative Landing Gear, and Reverse Thrust », IEEE Transactions on Field Robotics, 2026](https://doi.org/10.1109/TFR.2026.3698411)
2. [IEEE Spectrum, « Drones With Claws Perch on Arctic Icebergs », août 2026](https://spectrum.ieee.org/arctic-iceberg-drones)
3. [Alexis Lussier Desbiens, retour sur le développement et les essais Ice Dart, août 2026](https://www.linkedin.com/posts/alexis-lussier-desbiens_fieldrobotics-aerialrobotics-dronetechnology-activity-7475002095901769728-09EU)
4. [Isaac Tunney, retour de thèse sur les technologies d’atterrissage extrême, 2026](https://www.linkedin.com/in/isaac-tunney-10094912a)
