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title: "Gaia Alari dessine 650 images à la main parce qu’un mouvement trop propre perd quelque chose"
locale: "fr"
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category: "creative"
tags: ["animation", "illustration", "charbon", "papier", "frame by frame"]
published_at: "2026-08-23T20:55:00.000Z"
author: "Hugo Marchal"
translation: "https://irz.fr/en/articles/gaia-alari-grain-hand-drawn-motion-en.md"
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# Gaia Alari dessine 650 images à la main parce qu’un mouvement trop propre perd quelque chose

Chez Gaia Alari, le papier ne sert pas à faire rétro : chaque nouveau dessin réintroduit grain, pression et petits écarts dans le mouvement au lieu de les éliminer.

Pour raconter les cent ans de Pasqua Wines, Gaia Alari n’a pas livré une animation dont le trait au charbon aurait été fabriqué une fois puis déplacé proprement d’une image à l’autre. Son installation *Three Movements* est composée de **650 dessins faits et colorés à la main**, au pastel à l’huile et au charbon sur papier.[1](https://www.gaiaalari.com/work/commercial)

Ce chiffre pourrait n’être qu’une manière coûteuse d’obtenir une esthétique artisanale. Il dit en réalité quelque chose de plus précis sur son mouvement : **chaque image recommence le trait**. La pression change, le grain accroche autrement, une hachure ne retombe jamais exactement au même endroit. Ce que beaucoup de workflows essaient de stabiliser devient ici une partie de l’animation.

Alari le formule elle-même lorsqu’elle parle de son goût pour l’effet granuleux de l’animation traditionnelle.[2](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/) Ailleurs, elle décrit le papier comme un point d’ancrage qui lui laisse malgré tout une zone où les images peuvent presque lui échapper.[3](https://www.commarts.com/fresh/gaia-alari) Le tremblement n’est donc pas un défaut oublié au nettoyage. Il vient du système de production.

## 650 fois

Le portfolio commercial permet de mesurer ce choix sans romantiser le « fait main ». *Three Movements* : **650 dessins**. La campagne *The Ladybug* pour Aritzia : **120 dessins** aux crayons de couleur. *Cyber Week* pour Anthropologie : encore **120**. Le lancement Marei 1998 2026/2027 : **100 dessins**, réalisés en animation *straight-ahead*. Pour Beats by Dre, *Never Beaten* compte environ **200 dessins rotoscopés**, traités comme un flip-book.[1](https://www.gaiaalari.com/work/commercial)

Et *tethered*, court métrage réalisé en 2021 autour d’un poème de James Morehead, monte à **750 dessins** pour environ 90 secondes d’animation traditionnelle.[2](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/)

> **Un mouvement, beaucoup de papier**
> - dessins pour Marei 1998: 100
> - dessins pour The Ladybug: 120
> - dessins rotoscopés pour Beats by Dre: ≈200
> - dessins pour Three Movements: 650
> tethered pousse encore plus loin : 750 dessins pour environ 90 secondes.

Ces nombres ne donnent pas un nombre d’images par seconde fiable : montage, répétitions, poses tenues et timing varient d’un film à l’autre. Ils montrent autre chose. Même dans une commande commerciale où la cohérence visuelle est une contrainte réelle, Alari choisit régulièrement de refaire physiquement les images plutôt que de réduire le dessin à quelques formes numériques parfaitement réutilisables.

## Grain vivant

Sur *tethered*, Alari explique aimer précisément le **grain** de l’animation traditionnelle.[2](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/) La matière n’est donc pas seulement un look ajouté après le mouvement. Crayon, charbon ou pastel interviennent au moment où chaque frame est fabriquée.

> Illustration: Montage de plusieurs dessins noir et blanc de tethered montrant un visage et une silhouette animés à la main. tethered a demandé 750 dessins. D’une image à l’autre, le trait, les ombres et la densité du noir sont réellement redessinés au lieu d’être une texture fixe déplacée sur un mouvement. Credit: [Gaia Alari / James Morehead — via Viewless Wings](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/).

C’est une différence importante avec une animation qui reproduirait artificiellement un trait irrégulier tout en gardant sa texture parfaitement attachée à la forme. Ici, la forme et sa surface naissent de nouveau ensemble. Une joue qui tourne n’emporte pas simplement « son » charbon avec elle ; le charbon suivant est un nouveau dépôt sur une nouvelle feuille.

Le résultat n’est pas aléatoire pour autant. Alari construit des mouvements très lisibles et peut partir de rotoscopie, de character design ou d’une direction d’animation précise selon le projet.[1](https://www.gaiaalari.com/work/commercial) L’instabilité se situe à une échelle plus petite : bord, remplissage, hachure, quantité de matière, petites variations de proportions. **La continuité du geste survit alors que la continuité du pixel disparaît.**

> **Deux continuités**
> - Une forme ou texture numérique peut être transformée et réutilisée d’une frame à l’autre.: Même élément
> - Chez Alari, le mouvement peut rester cohérent alors que le trait physique est recréé à chaque image.: Nouveau dessin
> Ce n’est pas une hiérarchie entre outils : c’est une différence dans l’endroit où la variation entre dans le film.

## Papier ancre

Cette méthode pourrait passer pour une simple préférence de matériau si Alari ne décrivait pas elle-même le papier comme une partie de son raisonnement. Dans *Communication Arts*, elle explique que le papier lui donne un **ancrage** pour explorer, tout en laissant même dans ses commandes un coin plus mystérieux où l’image peut presque sortir de son contrôle.[3](https://www.commarts.com/fresh/gaia-alari)

Cette phrase explique mieux le dispositif que l’opposition « analogique contre numérique ». Le support crée une contrainte stable : surface finie, matériau réel, geste irréversible ou au moins coûteux à reprendre. À l’intérieur de cette contrainte, il reste assez d’incertitude pour que deux dessins successifs ne soient jamais des copies parfaites.

Alari vient d’ailleurs d’un parcours peu compatible avec le cliché de l’artiste qui refuserait la discipline. Elle a étudié la médecine avant de devenir illustratrice et animatrice autodidacte, et attribue à cette formation une manière analytique de travailler ainsi qu’une capacité à polir obstinément son style.[3](https://www.commarts.com/fresh/gaia-alari)[4](https://aitistanbul.com/dialogue/ait-dialogue-6-gaia-alari) La liberté visuelle n’est pas l’absence de méthode ; elle arrive après beaucoup de méthode.

AIT décrit depuis 2021 une pratique spécialisée dans l’animation **frame by frame, dessinée à la main en une couche**, au charbon et aux pastels à l’huile sur papier, souvent réalisée seule.[4](https://aitistanbul.com/dialogue/ait-dialogue-6-gaia-alari) Une seule couche signifie aussi moins de séparation entre personnage, texture et matière : le dessin complet porte directement le changement.

## Travail client

L’intérêt du portfolio commercial est de montrer que ce système ne survit pas seulement dans des courts métrages personnels. Les crayons de couleur passent chez Aritzia et Anthropologie ; le charbon et le pastel deviennent une installation pour Pasqua ; HOKA x UNNA reçoit des animations dessinées et colorées sur papier.[1](https://www.gaiaalari.com/work/commercial)

> Illustration: Illustration colorée sur papier réalisée par Gaia Alari pour Feudi di San Gregorio. Pour Feudi di San Gregorio, le portfolio d’Alari décrit à nouveau une animation dessinée et colorée à la main au crayon sur papier, accompagnée d’illustrations au pastel à l’huile. Credit: [Gaia Alari](https://www.gaiaalari.com/work/commercial).

Autrement dit, les clients n’achètent pas seulement une image finale qui pourrait être reproduite par n’importe quelle chaîne plus efficace. Ils achètent aussi un comportement du mouvement. La campagne peut demander un calendrier, un format social, une marque reconnaissable et une direction précise ; les écarts minuscules du dessin restent tout de même visibles parce qu’ils font partie de la signature attendue.

Cela ne signifie pas que chaque imperfection est sacrée. Une animation traditionnelle implique évidemment sélection, timing, montage, corrections et décisions de continuité. Le point est plus étroit : **le nettoyage n’a pas pour objectif de rendre les frames matériellement identiques**. Si c’était le cas, il supprimerait une partie de ce qui justifie de les avoir dessinées séparément.

## Mouvement étiré

Cette instabilité rejoint un autre motif de son travail : les formes qui se transforment, s’étirent et glissent d’un état vers un autre. Dans l’entretien AIT, Alari imagine l’animation comme un mouvement fluide de métamorphose et de shapeshifting, davantage destiné à explorer un mystère qu’à le résoudre.[4](https://aitistanbul.com/dialogue/ait-dialogue-6-gaia-alari)

Le dessin physique convient bien à cette logique parce qu’aucune géométrie n’a besoin de rester juridiquement la même entre deux images. Un bras peut s’allonger, une silhouette devenir autre chose, une masse de charbon changer de rôle ; la frame suivante n’a pas à préserver un squelette vectoriel ou un objet 3D caché si le mouvement n’en a pas besoin.

> **La méthode visible**
> - Chercher l’atmosphère, le personnage et la trajectoire du mouvement.: 1
> - Redessiner image après image sur papier.: 2
> - Laisser matière et petites différences entrer dans la continuité.: 3
> - Monter les dessins en film sans effacer leur origine physique.: 4
> Alari peut aussi utiliser rotoscopie et direction d’animation : traditionnel ne veut pas dire improvisé.

Cette liberté a un coût très banal : du temps. Dans l’entretien de 2021, quand ses idées deviennent claires, Alari résume la suite par une accumulation de dessin, encore du dessin, puis encore du dessin.[2](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/) Les centaines de frames du portfolio donnent une échelle à cette répétition.

## Pas nostalgique

Il serait facile de conclure qu’Alari défendrait le papier contre l’ordinateur. Les sources consultées ne disent pas cela. Ses films finissent évidemment dans des workflows numériques de montage et de diffusion, et ses commandes vivent sur des sites, des campagnes sociales ou des écrans.

Ce qu’elle conserve physiquement se situe plus tôt : **le moment où une image devient la suivante**.

Le papier impose alors un petit coût à la perfection. Pour obtenir une nouvelle pose, il faut refaire le trait ; pour refaire le trait, il faut accepter qu’il soit légèrement différent. Le grain, la pression et le tremblement cessent d’être des défauts ajoutés artificiellement ou supprimés par réflexe. Ils deviennent la preuve visible que le mouvement est passé par plusieurs dessins distincts.

C’est une leçon assez utile au-delà de l’animation traditionnelle. Une interface de création cherche souvent à rendre les opérations répétables, éditables et cohérentes, ce qui est généralement une excellente idée. Mais lorsque **la variation elle-même porte l’expression**, nettoyer davantage peut réduire l’information au lieu de l’améliorer.

Chez Gaia Alari, les 650 dessins de *Three Movements* ne sont donc pas une façon très lente de fabriquer ce qu’un seul asset aurait pu faire. Ils sont le matériau temporel du film : 650 occasions pour le mouvement de rester reconnaissable sans devenir parfaitement identique à lui-même.

## References

1. [Gaia Alari, portfolio commercial](https://www.gaiaalari.com/work/commercial)
2. [Viewless Wings, entretien avec Gaia Alari autour de tethered, 18 juillet 2021](https://viewlesswings.com/2021/07/18/animator-gaia-alari-brings-tethered-to-life-with-traditional-animation/)
3. [Communication Arts, Fresh — Gaia Alari](https://www.commarts.com/fresh/gaia-alari)
4. [ait Dialogue #6 — Gaia Alari](https://aitistanbul.com/dialogue/ait-dialogue-6-gaia-alari)
