Le chiffre qui voyage le mieux est 38,49 %. Des chercheurs de l’Université de l’aviation civile de Chine et de Tsinghua l’obtiennent avec leur récepteur, éclairé par un faisceau vert sous 1,2 W/cm².1 Raconté trop vite, le résultat devient aussitôt celui d’un drone que l’on « recharge en vol » sans jamais le poser, alors que l’expérience publiée s’arrête bien avant ce scénario.
Le récepteur est intégré dans l’aile d’une maquette, éclairé à 520 nm et refroidi par un flux d’air simulant le vol ; sa sortie électrique fait tourner l’hélice.12 Le passage à l’appareil réel, en extérieur, figure seulement parmi les étapes suivantes.2 Ce décalage ne diminue pas le résultat : il oblige surtout à demander où commencent et où finissent ces 38,49 %.
Après le laser
Le rendement annoncé commence avec la lumière déjà posée sur le récepteur : il compare la sortie électrique du tandem photovoltaïque-thermoélectrique à la puissance optique incidente. Sous 1,2 W/cm², le dispositif modifié fournit 461,86 mW/cm² et atteint 38,49 %.1 Restent hors du calcul la consommation électrique nécessaire pour produire le faisceau, les pertes dans l’optique et l’atmosphère, l’énergie qui manque sa cible, puis les conversions situées entre le récepteur et la batterie.
La DARPA fournit un point de comparaison avec PRAD. En 2025, le programme POWER a délivré plus de 800 W électriques à 8,6 km ; lors d’essais plus courts, l’agence a mesuré plus de 20 % entre puissance optique sortant du laser et puissance électrique sortant du récepteur, tout en précisant que l’efficacité n’était pas l’objectif principal de la démonstration.5 Ce périmètre ne va toujours pas de la prise électrique à la charge finale, mais il englobe déjà le trajet du faisceau laissé en amont par le chiffre de 38,49 %.
La chaleur gagne
Le nouveau récepteur répond surtout à un problème moins spectaculaire que le suivi du drone : plus la cellule chauffe, plus la conversion du faisceau se dégrade.
À 1,2 W/cm², les auteurs mesurent environ 85,3 °C une fois la température stabilisée.1 Le rendement photovoltaïque souffre donc au moment précis où davantage de puissance optique est envoyée pour produire davantage d’électricité.
Leur solution empile deux conversions : la pérovskite CsPbBr₃ tire directement du courant de la lumière, tandis que le module thermoélectrique placé dessous récupère une partie du gradient de température qui serait autrement perdu.1
Ils ajoutent aussi des nanobâtonnets de Sb₂Se₃, séléniure d’antimoine, dont la faible conductivité thermique freine le passage de chaleur. Le papier rapporte en parallèle des cristaux mieux formés et un transport des charges plus favorable.1 Sous 1,2 W/cm², le tandem sans cet ajout atteint 34,65 %, contre 38,49 % avec les nanobâtonnets.1

Le dessin de l’aile devient ainsi une partie du circuit énergétique. Les chercheurs y aménagent un canal afin que l’air refroidisse le côté froid du module thermoélectrique, et leurs simulations vérifient l’intégration aérodynamique.1
Viser une aile
Même le meilleur convertisseur reste inutile lorsque le faisceau passe à côté de sa surface active.
Un autre article publié en juillet 2026 par le Politecnico di Torino et ORIS traite cette moitié du problème. L’architecture combine une position RTK pour l’acquisition grossière de la cible et un retour optique du récepteur pour les corrections fines.3 Les essais portent sur la propagation, la taille du spot, la précision de pointage et le contrôle en boucle fermée en laboratoire et à l’extérieur.3
La géolocalisation amène ainsi le faisceau dans la bonne région, puis l’optique doit le maintenir sur la surface active malgré mouvement, vibration et distance ; sans cette seconde boucle, la précision de navigation ne suffit pas.
La perte de pointage est brutale : contrairement au panneau solaire éclairé par une large portion du ciel, le récepteur ne transforme rien de la partie du faisceau qui déborde. L’inclinaison de l’appareil complique encore le bilan en réduisant la surface projetée et en rendant l’éclairement moins uniforme.3
Le suivi optique fait donc partie du rendement énergétique, au même titre que la cellule elle-même.
Le vol existe déjà
Il faut aussi retirer une fausse nouveauté, puisque l’alimentation optique d’un aéronef précède largement 2026.
En 2012, Lockheed Martin et LaserMotive avaient déjà alimenté le Stalker UAV avec un faisceau lors d’un essai extérieur ; la même technologie avait auparavant maintenu l’appareil en fonctionnement pendant 48 heures dans une soufflerie.6
En avril 2026, PowerLight, issu de LaserMotive, affirme avoir transmis de l’énergie par laser à un UAS pendant un vol réel lors d’une démonstration américaine.4 Cette preuve répond à la question dynamique que le nouveau récepteur chinois ne teste pas encore.

La comparaison garde pourtant une limite importante : PowerLight démontre l’intégration dynamique, mais son communiqué public ne donne pas le bilan détaillé qui permettrait de rapprocher le rendement complet de son système des 38,49 % mesurés sur le nouveau récepteur.4 Les deux travaux répondent ainsi à des questions différentes, entre conversion thermique et optique côté cellule, et maintien d’une livraison d’énergie vers un aéronef en mouvement côté système.
Un faisceau dans le ciel
La sécurité appartient elle aussi à l’architecture, puisque la ligne énergétique traverse un espace qui n’est jamais réservé au seul récepteur.
Aux États-Unis, la FAA rappelle que viser volontairement un aéronef avec un laser constitue un crime fédéral et que les illuminations laser représentent un risque sérieux pour les pilotes.7 Un système contrôlé de transfert d’énergie relève évidemment d’un autre usage, mais le problème physique reste le même : un faisceau énergétique traverse un espace aérien partagé.
Les systèmes réels doivent donc associer suivi de cible, contrôle de la ligne de visée et coupure de sécurité. PowerLight décrit précisément ce type d’interverrouillages dans son architecture publique.4

Brouillard, nuages, pluie ou simple obstruction ajoutent enfin une dépendance qu’une batterie déjà embarquée ne connaît pas : le transfert déporte une partie de la masse énergétique au sol, en échange d’une visibilité suffisante et d’une infrastructure capable de garder la liaison.
Le bon dénominateur
Le travail chinois reste important précisément lorsqu’on retire la promesse de « drone infini » et que l’on revient au composant réellement étudié.
Un récepteur léger doit supporter une forte intensité optique sans se dégrader, continuer à produire sous flux d’air et s’intégrer dans une aile sans annuler l’intérêt aérodynamique du drone. Le tandem pérovskite-thermoélectrique propose une réponse crédible à cette partie du problème.12
Mais le réseau d’énergie ne devient rationnel que lorsque le bilan complet tient, depuis l’électricité tirée au sol jusqu’à celle réellement stockée ou consommée à bord, en passant par les pertes du faisceau, la masse du récepteur, le coût du suivi et le temps pendant lequel la géométrie autorise le transfert. Le 38,49 % répond très bien à l’une de ces questions ; c’est déjà beaucoup, et c’est très différent de 38,49 % pour toute la machine.