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title: "Les livres de design n’ont pas le même format. Ils vendent la même promesse"
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category: "ideas"
tags: ["design", "édition", "livres", "graphisme", "impression"]
published_at: "2026-08-20T10:58:00.000Z"
author: "Léa Perrin"
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# Les livres de design n’ont pas le même format. Ils vendent la même promesse

Un mini-corpus de 12 livres contredit l’idée d’un format unique. La convergence est ailleurs : objet premium, forte densité d’images et sujets dont l’autorité est déjà facile à vendre.

Ce matin, Radim Malinic pose dans *Creative Review* une question volontairement agaçante : **pourquoi les livres de design sont-ils devenus si ennuyeux ?** Il cite le retour permanent des mêmes classiques, d’*Interaction of Color* à *The Art of Looking Sideways*, et estime que l’édition consacrée au design a moins bougé que les disciplines qu’elle prétend documenter.[1](https://www.creativereview.co.uk/design-books-boring-publishers-radim-malinic/)

L’intuition est séduisante. Elle mélange toutefois deux reproches différents : les livres **se ressembleraient**, et les éditeurs **prendraient toujours les mêmes paris**.

IRZ a donc commencé par le morceau le plus facile à vérifier : les objets eux-mêmes.

## Douze livres

Nous avons constitué un petit corpus de **12 titres**, trois chez TASCHEN, trois chez Phaidon, trois chez Thames & Hudson et trois chez Lars Müller Publishers.[5](https://www.taschen.com/en/books/graphic-design/00604/the-elements-of-brand-design/)[8](https://www.phaidon.com/en-us/products/the-design-book)[11](https://www.thamesandhudson.com/products/margaret-calvert-woman-at-work)[14](https://www.lars-mueller-publishers.com/helvetica-forever-2) Ce n’est ni un échantillon aléatoire ni une étude exhaustive du marché : les titres ont été choisis parmi les ouvrages actuellement vendus, nouveaux ou mis en avant dans les catalogues de design consultés le 20 août 2026.

Le but est plus modeste : vérifier si un lecteur peut réellement parler d’un moule physique unique sans regarder les chiffres.

La réponse est non.

Le plus petit objet de notre sélection, *The Design Book* chez Phaidon, mesure **16,3 × 12,3 cm** et contient 544 pages.[8](https://www.phaidon.com/en-us/products/the-design-book) À l’autre extrême, *The Elements of Brand Design* chez TASCHEN atteint **24,6 × 37,2 cm**, pèse 3,78 kg et déploie 496 pages.[5](https://www.taschen.com/en/books/graphic-design/00604/the-elements-of-brand-design/)

En surface de couverture, le rapport entre ces deux formats atteint **4,56**. La pagination du corpus va de **96 à 608 pages**, avec une médiane à 344 ; le minimum vient de *Graphic Design. 1890–Today* chez TASCHEN.[7](https://www.taschen.com/fr/books/graphic-design/41238/graphisme-1890-aujourd-hui/) Certains livres sont verticaux, d’autres presque carrés ou franchement horizontaux ; *Margaret Calvert: Woman at Work* fait 28,5 × 21 cm,[11](https://www.thamesandhudson.com/products/margaret-calvert-woman-at-work) quand *Logo Design. Global Brands* tient dans 14 × 19,5 cm.[6](https://www.taschen.com/fr/books/graphic-design/43968/)

> Illustration: Douze rectangles à échelle relative montrant les dimensions et nombres de pages de livres de design chez TASCHEN, Phaidon, Thames & Hudson et Lars Müller. Le mini-corpus IRZ ne montre pas un format unique : l’écart de surface atteint ×4,56 et la pagination va de 96 à 608 pages. Credit: Corpus et illustration IRZ, données éditeurs consultées le 20 août 2026.

Visuellement, on peut toujours repérer des modes. Mais réduire cette sélection à « tous les mêmes livres » demande déjà d’ignorer beaucoup de matière, littéralement.

## Neuf reliés

Une convergence apparaît pourtant très vite ailleurs : **neuf titres sur douze sont reliés ou cartonnés**. Les trois exceptions retenues sont *Formafantasma*, *Jeong* et la nouvelle édition de *Helvetica forever*, toutes en paperback.[9](https://www.phaidon.com/en-gb/products/formafantasma)[10](https://www.phaidon.com/en-gb/products/jeong-the-spirit-of-korean-craft-and-design)[14](https://www.lars-mueller-publishers.com/helvetica-forever-2)

Notre mini-corpus est trop petit pour transformer 75 % en statistique de l’industrie. Le catalogue complet « Design » de Phaidon donne cependant un indice plus solide : au moment de notre relevé, son filtre compte **97 hardbacks pour 111 titres**, contre 14 paperbacks.[4](https://www.phaidon.com/en-us/collections/design)

Autrement dit, l’uniformité la plus visible n’est peut-être pas la grille de couverture. C’est le statut matériel du livre.

Un ouvrage de design doit supporter de grandes images, rester ouvert sur une table, survivre aux consultations et, surtout, conserver une présence qui justifie encore l’achat physique face à Behance, Instagram, Are.na, aux archives numériques et aux portfolios des studios.

Le « coffee-table book » n’est pas seulement une moquerie. C’est un positionnement de produit.

## Objet preuve

AIGA demandait déjà en 2016 pourquoi tant de graphistes écrivaient des livres. Malinic y expliquait avoir voulu ouvrir son processus et montrer comment il était arrivé à son travail ; l’article relevait aussi la fonction très pratique du livre comme journal public, démonstration de savoir-faire et outil de promotion.[2](https://eyeondesign.aiga.org/why-do-graphic-designers-write-books/)

Ce rôle n’a pas disparu. Un livre de design peut être simultanément manuel, portfolio, archive, manifeste, carte de visite de studio et objet qui indique quelque chose sur le goût de son propriétaire.

Cette accumulation de fonctions produit naturellement des conventions. Il faut assez d’images pour que l’objet donne envie d’être feuilleté, assez de texte pour qu’il puisse être défendu comme autre chose qu’un catalogue, une fabrication assez soignée pour matérialiser la compétence dont il parle.

Cela explique mieux la sensation de familiarité qu’une théorie où tous les directeurs artistiques auraient secrètement choisi le même gabarit InDesign.

## Le canon revient

Le second reproche de Malinic résiste beaucoup mieux à notre vérification : les **sujets familiers reviennent**.

La page « Graphic Design Books » de Lars Müller mise en avant pour la rentrée 2026 aligne notamment *100 Years of Swiss Graphic Design*, *Ruder Typography Ruder Philosophy*, *Helmut Schmid Typography*, *Typography* de Wolfgang Weingart et *Designing Programmes* de Karl Gerstner.[16](https://www.lars-mueller-publishers.com/100-years-swiss-graphic-design)[17](https://www.lars-mueller-publishers.com/semesterstart-2026-graphic-design)

La nouvelle édition d’*Helvetica forever* est datée 2026.[14](https://www.lars-mueller-publishers.com/helvetica-forever-2) *Univers + Helvetica ≠ Unica*, également annoncé pour 2026, reconstruit l’histoire d’une fonte née au milieu des années 1970.[15](https://www.lars-mueller-publishers.com/univers-helvetica-unica)

Ce ne sont pas de mauvais sujets. Ils constituent précisément le problème économique : **ils ont déjà une raison d’être sur l’étagère**. Helvetica, le graphisme suisse ou une grande figure historique viennent avec une audience, un enseignement universitaire, une iconographie disponible et un récit de légitimité immédiatement compréhensible.

Un éditeur n’achète pas seulement une idée. Il finance droits, reproduction d’images, traduction éventuelle, photogravure, papier, impression, reliure, stockage, transport et retours. Plus l’objet est ambitieux, plus un sujet rassurant devient tentant.

## Le risque coûte

Leonardo de Vasconcelos avait montré une autre conséquence de cette économie avec son projet *Judging by the Cover*. En étudiant dix grands éditeurs de livres de design, il trouvait une représentation très faible des auteurs et contributeurs noirs. Interrogé par *Creative Review*, il reliait une partie du conservatisme de l’édition à la difficulté économique du marché ; Adrian Shaughnessy rappelait de son côté qu’il est déjà difficile de gagner de l’argent avec des figures établies.[3](https://www.creativereview.co.uk/design-book-publishing-diversity/)

Ce point dépasse la question de la diversité. Lorsqu’un secteur fonctionne avec des tirages spécialisés, des coûts iconographiques élevés et un produit physique lourd, **la répétition peut être une stratégie de réduction du risque**.

Elle peut concerner l’auteur, le mouvement historique, la forme « monographie définitive », le manuel de référence ou le beau volume rétrospectif. Ce sont des catégories que libraire, service presse, enseignant et acheteur comprennent immédiatement.

La prévisibilité commence donc avant la maquette.

> Illustration: Trois panneaux comparant variation des formats, dominance de la reliure et retour de sujets canoniques dans l’édition design. Le corpus varie fortement en taille, mais privilégie l’objet relié et retrouve un canon éditorial très familier. La convergence ressemble davantage à une stratégie de produit qu’à une grille graphique unique. Credit: Analyse IRZ à partir des catalogues éditeurs.

## Même promesse

Regardons quelques contre-exemples au supposé moule.

TASCHEN peut transformer le branding en objet XL de **3,78 kg** avec *The Elements of Brand Design*, puis condenser des milliers de logos dans un petit volume de 14 × 19,5 cm.[5](https://www.taschen.com/en/books/graphic-design/00604/the-elements-of-brand-design/)[6](https://www.taschen.com/fr/books/graphic-design/43968/) Phaidon vend à la fois le minuscule *Design Book* et deux volumes contemporains beaucoup plus larges, *Formafantasma* en 29 × 21,4 cm et *Jeong* en 27 × 20,5 cm.[8](https://www.phaidon.com/en-us/products/the-design-book)[9](https://www.phaidon.com/en-gb/products/formafantasma)[10](https://www.phaidon.com/en-gb/products/jeong-the-spirit-of-korean-craft-and-design)

Thames & Hudson utilise un cartonnage sans jaquette pour la monographie Margaret Calvert et pour ses 472 pages sur sa propre histoire éditoriale, alors que *Hare + Klein Design* revient au hardback.[11](https://www.thamesandhudson.com/products/margaret-calvert-woman-at-work)[12](https://www.thamesandhudson.com/products/the-art-of-the-book)[13](https://www.thamesandhudson.com/products/hare-klein-design)

Ce ne sont pas les mêmes objets.

Ils partagent davantage une **promesse de permanence** : voici une sélection assez construite, assez imprimée, assez documentée et assez belle pour que vous souhaitiez encore la posséder après avoir fermé l’onglet du navigateur.

Dans une discipline qui produit chaque jour des milliers d’images gratuites, cette promesse est logique. Elle favorise aussi mécaniquement ce qui ressemble déjà à une référence.

## Sortir du rayon

Si l’on veut secouer les livres de design, changer seulement la couverture serait donc une réponse assez ironique.

Le vrai déplacement peut se produire plus tôt : publier un corpus qui n’a pas déjà son panthéon, confier le récit à des gens qui ne figurent pas encore dans dix bibliographies universitaires, accepter un livre provisoire plutôt qu’une « definitive survey », fabriquer une édition légère que l’on annote et use au lieu d’un objet-trophée, ou traiter le livre comme une version datée d’une recherche qui pourra évoluer.

Il peut aussi se produire dans la distribution. Malinic a lui-même choisi l’autoédition pour *Book of Ideas*, écrivant, concevant et produisant le projet au lieu d’attendre une proposition d’éditeur.[2](https://eyeondesign.aiga.org/why-do-graphic-designers-write-books/) Ce choix déplace le risque vers l’auteur, mais lui rend aussi des décisions que l’économie d’une grande maison tend à normaliser.

Le livre de design « ennuyeux » n’est donc pas forcément un problème de mauvais designers.

C’est peut-être le résultat assez rationnel d’un marché qui demande à un objet coûteux de faire trois choses à la fois : **enseigner, prouver le goût et rester vendable plusieurs années**.

Les douze livres que nous avons mesurés ne se ressemblent pas autant qu’on le raconte. Ils essaient surtout de convaincre le même acheteur qu’ils méritent une place physique dans sa bibliothèque.

## References

1. [Radim Malinic, Why have design books gotten so boring?, Creative Review, 20 août 2026](https://www.creativereview.co.uk/design-books-boring-publishers-radim-malinic/)
2. [AIGA Eye on Design, Why Do Graphic Designers Write Books?](https://eyeondesign.aiga.org/why-do-graphic-designers-write-books/)
3. [Creative Review, Diversity in design book publishing](https://www.creativereview.co.uk/design-book-publishing-diversity/)
4. [Phaidon, catalogue Design](https://www.phaidon.com/en-us/collections/design)
5. [TASCHEN, The Elements of Brand Design](https://www.taschen.com/en/books/graphic-design/00604/the-elements-of-brand-design/)
6. [TASCHEN, Logo Design. Global Brands](https://www.taschen.com/fr/books/graphic-design/43968/)
7. [TASCHEN, Graphic Design. 1890–Today](https://www.taschen.com/fr/books/graphic-design/41238/graphisme-1890-aujourd-hui/)
8. [Phaidon, The Design Book](https://www.phaidon.com/en-us/products/the-design-book)
9. [Phaidon, Formafantasma](https://www.phaidon.com/en-gb/products/formafantasma)
10. [Phaidon, Jeong: The Spirit of Korean Craft and Design](https://www.phaidon.com/en-gb/products/jeong-the-spirit-of-korean-craft-and-design)
11. [Thames & Hudson, Margaret Calvert: Woman at Work](https://www.thamesandhudson.com/products/margaret-calvert-woman-at-work)
12. [Thames & Hudson, The Art of the Book](https://www.thamesandhudson.com/products/the-art-of-the-book)
13. [Thames & Hudson, Hare + Klein Design](https://www.thamesandhudson.com/products/hare-klein-design)
14. [Lars Müller Publishers, Helvetica forever](https://www.lars-mueller-publishers.com/helvetica-forever-2)
15. [Lars Müller Publishers, Univers + Helvetica ≠ Unica](https://www.lars-mueller-publishers.com/univers-helvetica-unica)
16. [Lars Müller Publishers, 100 Years of Swiss Graphic Design](https://www.lars-mueller-publishers.com/100-years-swiss-graphic-design)
17. [Lars Müller Publishers, Semesterstart 2026 Graphic Design](https://www.lars-mueller-publishers.com/semesterstart-2026-graphic-design)
