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title: "AirForce transforme un seul tube gonflable en animatronique de huit mètres"
locale: "fr"
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category: "tech"
tags: ["fabrication", "robotique", "pneumatique", "animatronique", "recherche"]
published_at: "2026-08-19T08:20:00.000Z"
author: "Camille Morel"
translation: "https://irz.fr/en/articles/airforce-inflatable-animatronics-en.md"
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# AirForce transforme un seul tube gonflable en animatronique de huit mètres

AirForce plie, étrangle et actionne un tube continu pour fabriquer des structures animées à échelle humaine. L’intérêt n’est pas seulement le poids : structure, actionneurs et logistique deviennent le même matériau.

À huit mètres de haut, une structure animatronique évoque normalement charpente, articulations, vérins, câbles, caisses de transport et assez de monde pour que le montage ressemble déjà à un petit chantier. AirForce essaie de faire disparaître plusieurs de ces catégories d’un coup.

Le système présenté à CHI 2026 par l’équipe du Hasso Plattner Institute fabrique de grandes structures porteuses et animées à partir d’un **seul tube gonflable continu**.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)[3](https://dl.acm.org/doi/10.1145/3772318.3791706) Le tube ne sert pas seulement de peau autour d’un squelette : il devient le squelette, les liaisons, parfois même l’actionneur.

C’est là que ça change.

Qu’est-ce que ça change, concrètement ?

La démonstration la plus spectaculaire est un T-Rex de 16 mètres de long et 8 mètres de haut. La structure pèse environ 60 kg. Elle peut ouvrir sa mâchoire, déplacer sa queue et incliner son corps grâce à trois familles d’actionneurs pneumatiques intégrées au même matériau.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)[2](https://www.chiaofang.tw/research/af/)

Le dinosaure attire naturellement l’œil. Mais l’expérience vaut surtout pour ce qu’elle fait à la chaîne de fabrication : **structure et mouvement sortent ici du même matériau, en suivant le même ordre d’opérations.**

## Le tube remplace le stock de pièces

AirForce part d’un matériau très peu spectaculaire : un long tube souple, fermé par soudure thermique. Pour produire une charpente, le tube est pré-gonflé, étranglé à certains endroits puis plié et attaché pour former des triangles. Une fois entièrement gonflée, cette succession de segments devient une structure en treillis.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)

Dans une construction rigide classique, chaque segment aurait sa longueur, son extrémité et sa fixation. Ici, la continuité du tube réduit cet inventaire : au lieu de préparer des barres distinctes à assembler, on transforme localement la même bande de matière.

Cette continuité joue aussi sur la logistique. On dégonfle, on déplie, on reconfigure, en gardant la matière. Les chercheurs parlent de réutilisation matérielle à 100 % dans leur procédé : le tube change de géométrie au lieu d’être découpé en éléments jetables.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)

Il faut garder cette formulation à sa bonne taille. Le projet ne fournit pas d’analyse de cycle de vie. « 100 % réutilisable » ne veut pas dire que le polymère devient écologiquement neutre. La promesse est plus concrète : en changeant la géométrie, la fabrication n’oblige pas à jeter la matière.

## Les actionneurs ne sont plus rapportés après coup

À grande échelle, le gonflable reste facile à transporter tant qu’il ne bouge pas. Dès qu’il faut transmettre des efforts, les ennuis commencent.

AirForce intègre trois types d’actionneurs dans le tube lui-même.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)

Le premier exploite le flambage pour produire de la poussée sur de grandes amplitudes ; sur le T-Rex, il ouvre la mâchoire. Le deuxième agit en muscle pneumatique pour tirer la queue. Le troisième, télescopique, encaisse davantage d’effort et permet d’incliner le corps.

Dans l’évaluation publiée, ces trois familles atteignent respectivement des pics de force de 480 N, 1 420 N et 2 330 N.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)[2](https://www.chiaofang.tw/research/af/) Le système de tube soudé fonctionne autour de 200 mbar dans la description du projet.[2](https://www.chiaofang.tw/research/af/)

Ces chiffres ne font pas d’AirForce le remplaçant universel du vérin industriel. Ils montrent quelque chose de plus précis : en dessinant l’enveloppe pour qu’elle porte l’effort, on peut éviter de rapporter toute la mécanique à l’extérieur.

Pour qui fabrique soi-même, la différence est très concrète. Ajouter moteur ou vérin sur ce type de structure demande des ancrages rigides, de quoi reprendre les efforts, puis du temps pour raccorder tout ça. Ici, l’actionneur apparaît en modifiant le tube.

## Le logiciel prépare une recette de fabrication

Comme toute la structure part d’une seule bande continue, l’ordre des opérations devient crucial. Quand la longueur dérive ou qu’un étranglement tombe au mauvais endroit, l’erreur se propage dans tout ce qui suit.

L’équipe a développé un plugin Blender qui permet de placer les actionneurs dans le modèle, d’organiser les chemins d’air puis d’exporter des instructions de fabrication.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)[2](https://www.chiaofang.tw/research/af/) Le résultat dépasse le fichier 3D. Il indique où souder, étrangler, plier, ajouter l’air, puis comment préparer les soufflantes.

C’est probablement la partie la plus transférable du projet.

Dans beaucoup d’ateliers de fabrication numérique, le modèle finit directement en machine. Ici, le travail manuel reste au centre : Blender produit la **procédure d’assemblage**, avec l’ordre des plis, des étranglements, des raccords que l’opérateur suit ensuite.

Le logiciel ne remplace pas la main. Mais quand l’opération s’étire sur plusieurs dizaines de mètres de tube, il évite surtout de se perdre en route.

## Une grande machine qui voyage comme une petite

L’équipe montre aussi la plateforme de mouvement à six degrés de liberté, capable de soulever des personnes.[1](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html) Ce deuxième démonstrateur évite de réduire AirForce à un projet de sculpture spectaculaire. Le même vocabulaire de tube, de treillis et d’actionneurs peut produire un dispositif où les charges et la précision deviennent plus contraignantes.

L’avantage recherché tient au rapport entre taille déployée et volume transporté. La version rigide occupe déjà plusieurs mètres avant de servir. La version pneumatique, en se dégonflant, revient surtout aux soufflantes, aux raccords, à la matière pliée.

Pour un décor, de l’exposition ou de l’animatronique itinérante, le calcul est vite fait : gagner du volume en transport et du temps au montage peut compter davantage qu’un petit gain mécanique. Le camion fait partie du design.

## Le gonflable cesse d’être seulement une peau

On connaît déjà très bien deux qualités du gonflable : prendre beaucoup de volume avec peu de matière, puis presque disparaître en vidant l’air.

AirForce ajoute un troisième rôle : **organiser les efforts et le mouvement**.

C’est ce déplacement qui compte. Le tube arrive dès la conception et impose plusieurs règles : en restant continu, il fixe l’ordre des plis ; sous pression, il dicte les sections ; avec les actionneurs, il oblige à penser le trajet de l’air. Pour pouvoir tout déplier ensuite, les assemblages irréversibles deviennent vite une mauvaise idée.

Le T-Rex de huit mètres fait très bien l’affiche. La proposition d’AirForce est plus simple : parfois, une grande machine devient plus facile à fabriquer quand on supprime des catégories de pièces au lieu de miniaturiser chacune d’elles.

## References

1. [Hasso Plattner Institute, AirForce project page](https://hpi.de/baudisch/projects/airforce.html)
2. [Chiao Fang, AirForce research page](https://www.chiaofang.tw/research/af/)
3. [ACM Digital Library, AirForce, CHI 2026](https://dl.acm.org/doi/10.1145/3772318.3791706)
