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title: "À Alterlaa, l’utopie tient encore parce qu’elle a des piscines à gérer"
locale: "fr"
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category: "creative"
tags: ["architecture", "logement social", "Vienne", "documentaire", "habitat collectif"]
published_at: "2026-08-23T16:47:00.000Z"
author: "Léa Perrin"
translation: "https://irz.fr/en/articles/27-storeys-alterlaa-utopia-held-en.md"
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# À Alterlaa, l’utopie tient encore parce qu’elle a des piscines à gérer

Le documentaire 27 Storeys retourne dans le Wohnpark Alterlaa, à Vienne. Ce qui a tenu n’est pas seulement la forme pyramidale, mais l’entretien quotidien des clubs, piscines, conseils et habitudes.

On peut regarder Alterlaa comme une énorme forme en gradins au sud de Vienne : des terrasses, des balcons plantés, des tours qui montent jusqu’à vingt-sept étages et des piscines sur les toits. C’est spectaculaire, donc facile à réduire à une image.

Le documentaire **27 Storeys** fait autre chose. Bianca Gleissinger y retourne comme dans un ancien logement familial, avec le privilège et le piège de celle qui a grandi dans le décor qu’elle filme.[1](https://www.mischief-films.com/filme/27-storeys?lang=en) Le film ne demande pas seulement si l’utopie architecturale était belle en 1970. Il demande ce qu’il en reste quand les enfants ont vieilli, quand les clubs sont surtout remplis d’habitués, quand les couloirs et les parkings souterrains ont accumulé quarante ans d’usages.

La réponse la plus utile n’est pas héroïque : ce qui tient à Alterlaa tient parce que quelqu’un continue de l’organiser.

## Une promesse habitée

Mischief Films présente Alterlaa comme le plus grand ensemble de logement social d’Autriche et résume la prémisse attribuée à l’architecte Harry Glück par une formule nette : « living like the rich for everyone ».[1](https://www.mischief-films.com/filme/27-storeys?lang=en) Designboom rappelle le même socle : un ensemble construit dans les années 1970, pensé comme une ville dans la ville, où l’on peut nager, faire ses courses, aller à l’école et vivre avec des services collectifs.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/)

ArchDaily donne l’échelle : plus de 3 000 appartements, près de 9 000 habitants, une construction menée entre 1973 et 1985, avec commerces, écoles, services médicaux et équipements culturels intégrés.[3](https://www.archdaily.com/1037099/wohnpark-alterlaa-viennas-monumental-vision-for-everyday-life) Le chiffre compte, mais il ne suffit pas. Beaucoup de grands ensembles ont eu des chiffres impressionnants et des promesses fatiguées.

Alterlaa devient intéressant parce que ses équipements ne sont pas de simples arguments de brochure. Les piscines, les clubs, les circulations, les parkings et les services forment une machine sociale qui a dû survivre après l’enthousiasme initial.

> **Ce que le film vérifie**
> - vivre avec des équipements autrefois réservés aux plus riches: Promesse
> - clubs vieillissants, routines, conseils, entretien, conflits d’usage: Épreuve
> - terrasses et piscines sur les toits: Image
> - l’infrastructure continue seulement si des habitants la font tourner: Usage
> Synthèse IRZ d’après Mischief Films, Designboom et ArchDaily.

## La lenteur comme preuve

Designboom insiste sur les plans longs du film : un hall d’ascenseur, du papier peint, une personne qui attend dans un parking, des scènes assez banales pour faire sentir l’habitude.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/) C’est précisément là que le documentaire devient plus intéressant qu’une visite architecturale.

Une utopie résidentielle se vend souvent par ses coupes, ses maquettes et ses vues aériennes. Or la vie réelle laisse plutôt des traces molles : une table dans un club, un rangement bricolé, une affiche, un trajet répété, une piscine qui n’est plus une promesse futuriste mais un lieu où des adolescents trouvent surtout que les clubs sont pour les vieux.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/)

Le film suit aussi des habitants de longue date. Designboom cite Peter, installé depuis l’ouverture, dont l’appartement garde une esthétique très années 1970 et qui dit qu’il ne quittera Alterlaa que mort, pas volontairement.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/) Cette phrase serait dangereuse si on la transformait en sondage. Elle ne prouve pas que tout le monde aime l’ensemble. Elle prouve qu’un habitant précis a construit assez de vie dans ce lieu pour y attacher sa fin.

## Des clubs plutôt qu’un miracle

La partie la plus instructive d’Alterlaa n’est peut-être pas la piscine. C’est la liste des clubs : modélisme, cartes, photo et vidéo, timbres, tir, poterie, et même un petit musée Freddy Quinn gardé par les parents d’une amie d’enfance de la réalisatrice.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/)

Ces clubs rendent visible une chose que l’architecture seule ne peut pas garantir. Un bâtiment peut réserver des pièces communes. Il ne peut pas forcer une culture de l’association à apparaître, ni l’empêcher de vieillir.

Designboom note justement la tension générationnelle : les jeunes résidents rangent les clubs du côté des vieux, tandis que les plus âgés interprètent l’attachement des jeunes aux technologies comme une forme d’isolement.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/) Le succès d’Alterlaa n’efface donc pas le problème classique des infrastructures collectives : elles peuvent continuer à fonctionner tout en devenant socialement datées.

Cette nuance compte pour les villes qui regardent à nouveau le logement abordable. Copier les équipements ne copie pas les pratiques qui les gardent vivants.

## La gouvernance compte

Le film, tel que le décrit Designboom, montre aussi une organisation plus invisible : conseil de locataires, réunions, newsletters, société à but charitable où les résidents détiennent des parts et peuvent s’opposer à certaines transformations.[2](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/)

Là encore, le détail est moins photogénique qu’une piscine sur un toit. Mais il explique mieux la durée. Une utopie bâtie qui ne possède aucun mécanisme de décision partagé dépend seulement de la bonne volonté d’un gestionnaire. Alterlaa semble avoir produit une autre couche : des habitants qui utilisent les équipements, y détiennent une part et discutent à l’intérieur d’un ordre collectif.

On ne sait pas, à partir des sources ouvertes consultées ici, mesurer précisément la satisfaction actuelle, les loyers, la composition sociale ou l’accès réel aux logements. Il ne faut donc pas transformer **27 Storeys** en preuve totale que le modèle est réplicable tel quel. Le film est une enquête située, personnelle, parfois ironique, sur un lieu qui a déjà beaucoup vécu.[1](https://www.mischief-films.com/filme/27-storeys?lang=en)

Mais cette limite fait aussi sa force. Au lieu de demander si Alterlaa a “réussi” au sens abstrait, il montre ce que réussir veut dire après plusieurs décennies : maintenir des usages, accepter le vieillissement, laisser les conflits apparaître, et continuer malgré tout à faire fonctionner des communs.

La promesse de Glück était grande. Ce que le film rend visible est plus petit et plus utile : une utopie résidentielle ne survit pas seulement parce qu’elle a été bien dessinée. Elle survit parce que les piscines ouvrent, les clubs se réunissent, les conseils discutent et les habitants s’approprient assez le lieu pour devenir parfois très difficiles à déplacer.

## References

1. [Mischief Films, 27 Storeys](https://www.mischief-films.com/filme/27-storeys?lang=en)
2. [Designboom, 27 Storeys revisits Vienna’s Alterlaa](https://www.designboom.com/architecture/27-storeys-alterlaa-forever-documents-vienna-utopic-social-housing-project/)
3. [ArchDaily, Wohnpark Alterlaa: Vienna’s Monumental Vision for Everyday Life](https://www.archdaily.com/1037099/wohnpark-alterlaa-viennas-monumental-vision-for-everyday-life)
